Le chant corse : à l'iniziu
c'era a voce
Au commencement était le Verbe. Ces
mots de la Génèse prennent tout
leur sens dans l'Ile de Beauté où les premiers textes écrits en langue
corse ne sont apparus que vers le XVIIIe siècle.
Société de tradition orale, la Corse a toujours manifesté une véritable
passion pour toute forme d'expression orale. Cette passion trouve son
plus bel aboutissement dans le chant qui, de tout temps, a rythmé la
vie quotidienne.
Traditionnellement en Corse, le
chant est polyphonique (même si le mot "pulifunia" est un néologisme).
Il se transmet de père en fils. Ces chants évoquent les travaux et les
jours, l'exil, les séparations, l'horreur de la guerre de 14-18 ou
reprennent des textes littéraires, notamment La Divine Comédie
de Dante.
Chaque
moment, de la naissance à la mort, a son chant, profane ou sacré
et le plus souvent interprété a cappella. Certains, comme le chjama
è rispondi (littéralement : appel et réponse) mettent
essentiellement en valeur les talents d'improvisation et l'esprit
d'à-propos des chanteurs qui s'interpellent et se défient, rivalisant
en traits d'esprit à l'humour parfois dévastateur. Il s'agit là de
véritables joutes oratoires où le fond prime sur la forme musicale,
proche de la mélopée du théâtre antique.
D'autres, comme la paghjella,
forme la plus représentative du chant corse, font la part belle à la
voix humaine, à l'émotion qu'elle véhicule, bien au-delà des mots.
Les chants sacrés, messes des morts ou messes des vivants,
occupent une place importante. La tradition s'en est maintenue dans
certains villages comme Sermanu ou Rusiu.
Le chant profane distingue :
- le Lamentu : complainte du malheur, du départ, de l’exil, du bandit.
- le Madricale : forme polyphonique spécifique de la région de Tagliu
Isulacciu
- les Terzetti : Chants composés de couplets de trois vers
endécasyllabiques dont la rime est agencée en ABA, BCB, CDC ... Très
prisés au Moyen-Âge, ils sont écrits en toscan littéraire et ont
généralement une ligne mélodique harmonieuse.
- les Terzine : semblables aux terzetti.
Les fioritures et les mélismes ("riccucate"), jouant sur des
intervalles variés et serrés, sont très libres.
La polyphonie sartenaise, qui tire ses origines des franciscains, se
distingue de celle du nord de la Corse par ses structures vocales
différentes, une moindre liberté d'improvisation et un peu moins
d'ornementation. Elle a souvent un caractère plus choral.
Jean-Claude
Acquaviva note :
"La polyphonie est viscéralement attachée à l'île et reflète une
culture, une façon d'être de la société corse".
Les musicologues ou les chercheurs n'ont pu définir avec précision les
origines, le moment démergence et le parcours de ce chant, qui ignore
toute virtuosité pure comme tous effets sans expressivité. La voix
seule n'est pas un but en soi. Ce qui compte, c'est l'émotion et la
communion. Les chanteurs se touchent en chantant et vibrent ensemble.
Les
confréries
On ne dira jamais assez l'importance des confréries dans la transmission du chant sacré.
La paghjella
Chant polyphonique dont l'origine pourrait être pré-grégorienne, la
paghjella, composée en forme de sizain octosyllabique, s'interprète
toujours, en dépit de son éthymologie - de paghju : paire , à... trois
voix, ou plutôt trois tessitures car les voix, notamment la basse, sont
souvent doublées, et les chanteurs peuvent être quatre, cinq ou six.
Les trois voix entrent de manière quasi immuable. Vient d'abord a
seconda qui donne le ton et projette le chant, suivie et soutenue par u
bassu - la basse -, bientôt rejointe par le registre haute-contre de a
terza - la tierce, qui improvise à partir des mélismes (e
riccucate) de l'ornementation de la seconda. Et quand elle
est bien chantée apparaît la "quintina", harmonique née de la
résolution des fondamentales.
Deux exceptions notables à ce principe : , la polyphonie en "versu
aschese" comme Sè tu passi où c'est la basse qui
attaque le chant, et le versu de Tagliu, dans lequel a terza marque
l'accord, constamment calée sur u bassu, laissant l'ornementation à a
secunda. Cela donne les harmoniques tenues si caractéristiques.
L'image
des chanteurs de paghjella disposés en demi-cercle, le bras passé
parfois sur l'épaule du voisin, la main à l'oreille (soit pour écouter
les autres chanteurs, soit pour mieux entendre son propre chant), est
désormais connue du monde entier.
Je
me suis permis d'emprunter à Benedettu Sarocchi ces deux textes sur la
paghjella, trouvés sur le site
paghjella.com
:
La paghjella est une des
formes du chant polyphonique traditionnel. C’est le chant de fête par
excellence car on l’entonne durant toutes les manifestations festives
(fêtes patronales, banquets, noces etc.) Ne pas confondre la paghjella
avec d’autres formes de polyphonies qui s’en inspirent dans le style de
chant comme les « Terzetti » ou « Terzine » (tercets hendécasyllabiques
le plus souvent rédigés en toscan), les « madricali » (chants d’amour à
métrique libre en toscan également) et surtout le chant religieux tiré
de la liturgie romaine, la plupart du temps en latin parfois appelé «
messa in paghjella » (messe en paghjella). Il s’agit d’une poésie
profane composée d’un sixtain d’octosyllabes, certains pensent qu’il
s’agit plutôt de 3 vers de seize pieds.
Exemple de paghjella :
Què sò voci muntagnole / Spurgulate di cannella
Beienu tutte le mani / L’acqua di la funtanella
A’ lu frescu di lu fovu / ‘Ntonanu la so paghjella.
Traduction :
Voici des voix montagnardes
claires de la gorge
Elles boivent tous les matins
l’eau de la source
Sous la fraîcheur du hêtre,
elles entonnent leur paghjella.
Les thèmes poétiques sont très variés. Il n’y
a, à ma connaissance, aucun thème interdit. La paghjella peut être
souvent d’un niveau poétique élevé comme parfois très bas, voire
vulgaire, dans le cas bien entendu de paroles grivoises.
Il est intéressant de noter que le haut style poétique en toscan (in
crusca), présent dans la poésie traditionnelle est quasiment absent
dans la paghjella.
Ces poèmes que sont les paghjelle sont véhiculés par la tradition orale
et transmis directement le plus souvent de chanteur à chanteur.
La paghjella sous forme de poésie improvisée est peu fréquente voire
inexistante.
Il faut croire qu’un individu invente une paghjella et que celle-ci est
véhiculée et parfois transformée par d’autres ; ce qui laisse à penser
que l’on a affaire dans bien des cas à une « réappropriation populaire
» de l’œuvre qui devient de ce fait création collective. En ce qui concerne la
musique de la paghjella, il s’agit essentiellement d’un chant à trois
voix : la siconda (ou seconda), voix principale mélodique qui démarre
le chant et sur laquelle viennent se greffer les autres voix que sont
la basse (u bassu), voix grave plus harmonique assez bourdonnante qui
peut être doublée ou triplée (ce qui explique que l’on trouve souvent 4
ou 5 chanteurs entonnant une paghjella) et la terza (qui peut se
traduire par « tierce » mais aussi par « troisième ») voix aiguë à la
fois mélodique et harmonique qui vient compléter l’accord mais aussi
enjoliver de mélismes (fioritures rapides appelées rivucate) certains
passages du chant.
Ceci dit la paghjella ancestrale se chantait à trois.
En principe, l’harmonie de la paghjella est fixe et déterminée à
l’avance alors que la mélodie et les mélismes de la siconda ainsi que
les mélismes de la terza sont improvisés (ou du moins spécifiques à
chaque chanteur) tout en restant bien entendu dans une certaine
harmonie générale du morceau, un peu comme dans un phrasé de jazz.
Il va de soi que la paghjella existait avant le tempérament égal
(système qui divise la gamme en 12 demi-tons pour des raisons au départ
plus pratiques qu’esthétiques comme par exemple sur le clavier d’un
piano) ; par conséquent la « vraie » paghjella, celle de nos anciens,
utilisera souvent une gamme qui semble microtonale pour une oreille
occidentale et qui fluctue plus ou moins entre majeur et mineur (avec
souvent l’utilisation d’une tierce naturelle.)
Une paghjella « réussie » doit allier la singularité vocale des
chanteurs et leur cohésion harmonique à mélanger leur voix à celle des
autres ; autant dire que la paghjella parfaite est un idéal jamais
atteint.
Il se dégage d’une paghjella « réussie » des harmoniques, des notes
supplémentaires de celles produites par les chanteurs eux-mêmes et qui
donne l’impression d’un plus grand nombre de participants au chant.
Pour des raisons de tessiture, la paghjella est plutôt un chant
d’hommes ; comme le voceru (chant funèbre improvisé par les pleureuses)
et la nanna (berceuse) sont plutôt des chants de femmes.
Dernier point , le chanteur de paghjella porte souvent la main à son
oreille : c’est dans le but d’avoir un retour naturel qui lui permet de
varier son propre volume d’écoute par rapport aux autres chanteurs et
surtout de ne pas s’égosiller.
Benedettu Sarocchi
La
paghjella, cette machine à remonter dans le temps .
"Je ne me souviens pas de la première fois que
j’ai entendu la Paghjella, probablement enfant au village. Je me
souviens en revanche de cette équipe de chantres qui, d’une certaine
manière, ont perpétué sinon établi la renommée de ce chant
polyphonique. J’ai eu la chance, moi qui, enfant, les considérais comme
les détenteurs inaccessibles d’un savoir mystérieux réservé aux
représentants d’une génération vénérable, de les côtoyer durant mon
adolescence au point de me fondre avec eux à maintes occasions. Car la
paghjella c’est avant tout cela : quelque chose qui efface les
différences d’âge, qui gomme le fossé des générations, qui permet à des
jeunes et des moins jeunes de festoyer ensemble trois jours et trois
nuits sans s’ennuyer une seconde en partageant pour ainsi dire tout :
la joie, la convivialité, l’humour même, l’ivresse parfois mais surtout
le plaisir de l’harmonie des voix, la sensation de chanter une
paghjella parfaite, de faire vibrer les harmoniques, ces notes générées
par les autres notes chantées, que l’on entend mais que personne dans
le cercle ne produit directement et que certains anciens attribuent
volontiers à une participation posthume de chanteurs défunts.
Il faut se rendre dans un village où la paghjella n’a plus été chantée
pendant des décennies pour découvrir, dès les premiers accords de voix
lancés, un petit vieux essuyer discrètement une larme sur le coin de
l’œil ou un enfant bouche bée écarquiller les yeux d’étonnement.
Car la paghjella c’est aussi cela : quelque chose qui vous projette à
la fois dans le passé et dans le futur, quiconque l’a bien connue n’en
ressort pas indemne et il en est souvent de même pour celui qui la
découvre.
Le chanteur de paghjella durant ses premières années d’apprentissage
est souvent frustré dans son art : il faut être trois pour chanter la
paghjella et de plus les occasions sont rares ; par conséquent il
connaît bien cette sensation étrange qui fait que, une fois qu’il a
entendu les premiers accords de voix résonner au loin, son sang se met
à chauffer, il sent son cœur battre très fort au niveau des tempes en
même temps que ses entrailles semblent se liquéfier alors qu’un
irrésistible réflexe pousse ses jambes en direction de ces notes
familières tant attendues.
Parfois, il s’imposera malgré tout une attitude nonchalante dans son
déplacement afin de ne pas éveiller les soupçons de son entourage ;
sachant qu’il est « accro », il peut ne pas vouloir le montrer ; c’est
peine perdue !
Le temps qu’il va passer avec ses acolytes et l’énergie qu’il mettra à
le prolonger attestera d’une manière indéniable sa passion pour cette
forme de chant.
Car la paghjella c’est parfois cela : un sport d’endurance en même
temps qu’une drogue régénérante qui insuffle une sensation de toute
puissance, d’efficacité d’action, de surpassement de soi et qui, selon
mes propres observations, permet effectivement à l’individu de
repousser ses limites jusqu’à l’extrême.
Les années de pratique venant, le chanteur de paghjella devient plus
sûr de lui et pourtant, périodiquement, il va connaître le doute : au
moment où il était persuadé d’avoir atteint le sommet de son art, ne
voilà-t-il pas qu’il se rend compte qu’il a encore beaucoup de choses à
apprendre : une subtilité dans le mélisme (ma ùn a facciu micca à fà
sta rivuccata !), une perfection dans la gamme (ma cumu ferà per cantà
cusì à l’usu anticu ?), une précision dans le rythme (ma cumu serà chì
u mo versu ùn chjocca micca cum’ellu ci vole ?).
Car la Paghjella c’est surtout cela : quelque chose que l’on pourrait
définir d’une manière simpliste comme un cri animal mais qui est en
fait un style de chant raffiné très complexe qui fait tendre ses
interprètes vers une perfection qu’ils n’atteindront pour ainsi dire
jamais tant les difficultés qu’ils surmontent laisseront
immanquablement la place à de nouvelles complications.
Comme la paghjella ne nous a pas tout dit, elle nous empêchera encore
longtemps de dormir."
Benedettu Sarocchi sur
http:www.paghjella.com
Des
origines obscures
Certains musicologues plaident pour une origine religieuse de la paghjella, compte tenu de la christianisation précoce de la Corse et de la
grande influence des franciscains; D'autres au contraire penchent pour
une récupération chrétienne d'un substrat païen. Ce qui est certain, en
tout cas, c'est la prépondérance, encore de nos jours, des Confréries
dans la transmission du chant. Dès lors, "la paghjella a autant de
raisons d'être lue comme une expression polyphonique authentiquement
profane de la vie communautaire que comme une survivance d'une
tradition liturgique transposée hors du champ sacré" (Ph. J. Catinchi).
La
renaissance du chant corse
Paradoxalement, le chant
corse a été découvert au moment où il allait disparaître sous l'effet
de la saignée démographique de la guerre de 1914-18, de l'abandon
progressif des modes de vie ancestraux, du mépris de ces traditions
"paysannes"...
Xavier Tomasi, lorsqu'il publie Les Chants de Cyrnos en
1932, passe entièrement sous silence la polyphonie.
En 1948 l'ethnomusicologue Félix Quilici (1909-1980) découvre à Rusiu
l'existence d'une polyphonie sacrée à trois voix pratiquée lors de
différentes messes.
Il
découvre aussi la paghjella, qui était conservée au sein de quelques
familles, dont les Bernardini. Il sillonnera la Corse pour recueillir
les vestiges de ces chants immémoriaux, et poursuivra ce travail au
début des années 60 pour le CNRS.
Cette collecte sonore qu'il présentera aux Universités d'été de Corte
restitue les paghjelle, lamenti, voceri, sirinati et nanne qui
composent la vision insulaire du monde.
Des vérités assez mal accueillies à une époque où ces chants semblaient
trop rugueux, trop orientaux, trop "arabes". En 1949, un auditeur d'une
diffusion des chants collectés par Quilici se crut sur un poste de
radio AOF, alors qu'un Ajaccien raffiné se demandera avec effroi "ce
que vont penser de nous les continentaux..."
Ces préjugés sont tenaces, puisqu'à de récentes Rencontres de Calvi, un
spectateur demandait au groupe L'Alba si sa musique
n'était pas "un peu arabe", à quoi il lui fut répondu que la Corse
était en Méditerranée et avait subi des influences multiples...
Ces enregistrements peuvent désormais être consultés pour partie au
musée de Corte, le reste à la Bibliothèque Nationale de France.
Ce même souci de sauvegarde a été le fer de lance du mouvement dit du
riacquistu autour de
Canta u Populu corsu.
avec notamment Minicale, Alain Bitton-Andreotti, Alain Nicoli, Natale
Luciani et Ghjuvan-Paulu Poletti, et aussi Ghjermana de Zerbi et
Mighele Rafaelli. Il faut citer également Ghjuliu Bernardini, père des
Muvrini Alain et Jean-François. Ces chanteurs prennent alors le
contre-pied de la chanson sirupeuse des roucoulades et mandolines
dominante à l'époque.
Dans les années 80
E Voce di U
Cumune, avec Nando Acquaviva, ont mené des travaux
de recherche systématique sur des sujets précis.
Il faut citer
aussi le travail accompli par
Iviu
Pasquali de San Damianu, créateur en 1986 de la première école de
chant polyphonique traditionnel à Fulelli. On y apprenait le chant "in
paghjella" : paghjelle, terzetti,
madricali, curentine,
messe. Plus de soixante enfants ont appris à chanter avec
MADRICALE.
Plus tard le groupe
issu de cette école a enregistré deux CD (en 1992 et 1995) et donné des
centaines de concerts
en Corse, sur le continent, au Pays basque et en Sardaigne. Ces jeunes
tous issus de Castagniccia étaient portés par l'amour du chant, mais
aussi et surtout par une fraternité qui a fait de MADRICALE un groupe
unique.
Les perspectives du chant corse
C'est quasiment un miracle qu'a vécu le chant corse. Aujourd'hui, des
groupes aussi divers que I Muvrini, A Filetta, Les Nouvelles
Polyphonies Corses,etc., sont connus dans le monde entier. Et à partir
d'un répertoire traditionnel, tous ces groupes ont connu des évolutions
très contrastées, de la variété, de
la création polyphonique, de la polyphonie traditionnelle, de la world
music... Après la salutaire et nécessaire phase de
sauvegarde, le chant polyphonique corse doit naviguer entre deux
écueils : n'être qu'un conservatoire du passé, ou à l'inverse se
banaliser dans une world music sans âme.
Certains prônent le retour à la tradition, mais quelle tradition ? Il
faut bien voir que les chants qui ont pu être sauvés ne représentent
probablement qu'une faible part de la diversité du chant corse. Il faut
éviter une certaine volonté "académique", visant à codifier le chant, à
faire des versions connues aujourd'hui des versions définitives
indépassables. Et également de vouloir nier tout apport exogène en
voulant constituer un modèle pur de toute influence extérieure.
A cet égard la démarche d'A Filetta nous semble exemplaire
dans la mesure où, tout en étant solidement enraciné dans la tradition,
le groupe ne se fixe absolument aucune barrière, si ce n'est celle de
la qualité, et n'hésite pas à créer musiques de films, polyphonies
contemporaines, choeurs pour le théâtre, tel le choeur antique du Médée
de Sénèque, opéras, en s'approchant de très près de la musique
classique contemporaine.
Médée est en quelque sorte une pierre angulaire dans la vie d'A
Filetta, sortant de la tradition, tout en y restant amarrée.
Jean-Claude Acquaviva voit la polyphonie corse non comme un chant
endogène mais comme un langage qui s'est modelé au fil des siècles,
intégrant des influences discrètes mais bien réelles. Ce qui justifie
l'intégration de nouveaux apports.
Un
concert à Pigna
« Le
soleil du soir illumine
le village de Pigna en Balagne, saillie dans le rocher sur la colline
qui domine la mer. De l'arrière de l'auditorium sortent des sons qui
évoquent le cri d'un oiseau de proie sur les montagnes. Essai de voix
du groupe "A Filetta" avant son entrée en scène.
A
Filetta (Jean-Claude
Acquaviva, Jean Antonelli, Jose Filippi, Jean-Luc Geronimi, Paul
Giansily, Jean Sicurani, Maxime VuilIamier et Valerie Salducci) a été
fondé en 1978 et est un des rares groupes de chants polyphoniques
corses qui peuvent vivre de leur musique. La plupart des groupes
répètent et chantent pendant leur temps libre. Il y a plus de 100
groupes polyphoniques en Corse; c'est traditionnellement un domaine
réservé aux hommes, toutefois quelques groupes de femmes ont été créés
au cours des années récentes.
Le
chant polyphonique n'est pas le seul style
de musique corse traditionnelle, mais il est celui qui est de loin le
plus répandu et qui a le plus de vigueur. "Polyphonie" signifie
"plusieurs voix" : de trois à huit voix contribuent dans des tessitures
différentes. La plupart des groupes de chants polyphoniques se
composent de cinq ou six chanteurs et chantent „a capella " (sans
accompagnement instrumental). L'histoire des polyphonies corses est
complètement obscure. La technique de chant et les chansons ont été
transmises dans la famille ou la communauté de village de génération à
génération, sans jamais avoir été écrits. Comme pour les histoires et
les légendes, il s'agit de tradition exclusivement orale. Elle
représente probablement un mélange des traditions musicales de tout le
de bassin méditerranéen occidental. Des ressemblances avec la musique
espagnole et arabe sont indubitables. Généralement elle sont chantées
en corse, mais quelques morceaux se basant sur des thèmes liturgiques
ou légendaires ont des textes latins et sonnent parfois comme du chant
grégorien.
Tandis
que les chanteurs sont encore occupés
à répéter et à se changer, la salle se remplit à partir du bas-côté .
Ce n'est que lentement que les yeux s'habituent à l'amphithéatre peu
éclairé et aux hautes parois foncées crépies, seulement percées de
petits créneaux décoratifs ressemblant à des meurtrières. Un cercle de
lumière éclaire faiblement le milieu de la scène tout en bas. Les
quelques 100 sièges s'étagent en pente raide de la scène à l'entrée,
située inhabituellement en haut de la salle de concert. Les spectateurs
sont pour la plupart des corses, certains venus d'autres parties de
l'île. Des familles avec des enfants et des bébés parfois de loin, et
des personnes âgées du voisinage. Il sera vendu plus de billets que de
places assises. Les marches servent de siège, et quelques visiteurs
restent sur la balustrade à l'entrée.
Six
hommes habillés de noir pénètrent sur la
scène, le rayon de la poursuite devient plus fort, plongeant les
chanteurs dans une lumière éblouissante et jetant le reste de la scène
dans une obscurité impénétrable. Les hommes forment un arc de cercle
étroit, le haut du corps souvent plié en avant, une main sur l'oreille
pour étouffer la voix du voisin. Le leader du groupe se charge du rôle
du "comédien", d'un acteur qui donne de la dynamique aux chants avec sa
voix et les mouvements un peu violents de la partie supérieure du corps
aux textes des chants et par la tension dans la voix. Les autres
chanteurs contribuent fermement à la cohésion des timbres de
l'ensemble, dans des tessitures allant de la basse au contre-ténor.
Parfois, ces voix ne donnent qu'un rythme ou un son continu, puis ils
se détachent soudain du brouhaha et assument, en solo ou avec le
"Comediante", des sections de texte et de mélodie. Par un balancement
en avant et en arrière du haut du corps, les chanteurs orientent
l'influence de leur voix dans le son global. Dans quelques chants les
hommes se rapprochent très étroitement, ferment presque le demi-cercle
et tiennent leur voisin par le dos avec leur bras libre. Même si tout
n'est peut-être pas perçu par l'auditeur, les chants sont composés
strictement, avec peu de place pour l’improvisation. Cela place le
chant polyphonique corse, qui est en réalité une "musique du peuple"
dans le sens original du mot, à parité avec la musique classique.
Un
concert d'A Filetta ne dure qu'environ 45
minutes. Il est composé de quatre parties. Les trois premières se
composent respectivement de trois chansons et durent environ 13-14
minutes chacune. La quatrième partie (la partie finale) est très courte
et dure seulement environ 3-5 minutes. Entre les parties Jean-Claude
Acquaviva présente le contenu des morceaux précédents et/ou suivants et
dit quelque chose concernant son contexte. Il traduit généralement
aussi les déclarations corses en français.
À peu d'exceptions près, les
morceaux sont composés par A Filetta, la plupart par Jean-Claude
Acquaviva qui écrit aussi bien les textes que la musique. Les chants
d'un concert appartiennent à deux catégories différentes. D’un côté les
chants religieux, qui concernent souvent un décès ou un deuil. Même si
quelque
Kyrie retentit après une chanson traditionnelle, la plupart des
chants religieux sont des recompositions. Les chants profanes qui sont
aussi qualifiés de "Paghjelle" sont la deuxième catégorie. Ils peuvent
traiter de tous les thèmes du quotidien qui sont émotionnellement
fortement occupés, et qui peuvent être transposés plus directement sur
le chant que sur le mot parlé. La Paghjella est plus ouverte aux
improvisations que le chant religieux, mais des groupes comme A Filetta
prèsentent également les Paghjelle dans un arrangement très travaillé
jusqu'à ce qu'il sonne comme naturel.
Celui
qui voudrait s'en faire une idée peut visionner le film beau et
sensible "
A Filetta, Voix Corses" du réalisateur Don Kent, qui a
longuement accompagné le groupe en 2000 et 2001.
La
musique polyphonique corse a connu une
renaissance forte surtout depuis les années 1970. Cette renaissance
était en rapport avec la situation politique corse et la rédécouverte
de la culture corse. Cette musique a aussi eu (et a parfois encore) une
dimension politique, puisque la partie profane des chansons (les
Paghjella) peut être organisée librement sur le plan du texte, pouvant
ainsi véhiculer des idées politiques. Des groupes comme A Filetta ont
réussi toutefois à empêcher largement que la musique soit détournée à
des fins politiques ou glisse dans le folklore.
"I had the
impression of hearing a voice from the entrails of the earth. Song from
the beginning of the world" (j'avais l'impression d'entendre une voix
venu des entrailles de la terre. Le chant de l'origine du monde),
écrivait justement Dorothy Carrington, après avoir entendu des chants
polyphoniques à Noël dans une chapelle dans le Fiumorbo. Et nul ayant
eu l'occasion d'écouter le concert d'un bon groupe polyphonique en
Corse ne pourra empêcher un léger frisson de lui parcourir le dos. La
musique est comme une force créatrice et agit parfois comme si elle
planait sur la salle de concert, détachée des gorges humaines qui la
produisent.
La
Polyphonie décrit la Corse, son paysage et
sa culture peut-être mieux que ne le ferait un texte.»
Source
: "Reise Know-how Korsika“
de Wolfgang Kathe
Nonobstant
la maladresse de ma traduction (je ne suis pas un germanophone émérite)
et les quelques erreurs ou approximations qui l'émaillent, ce texte,
communiqué par Ursula, m'a paru intéressant dans la mesure où il
communique bien ce que peut ressentir un auditeur non initié découvrant
la
polyphonie corse.
La
paghjella sacrée par l'Unesco !
C'est la
question que posait Noël Kruslin dans le numéro de "La Corse
Votre hebdo" daté du 4 avril 2008. "A l'initiative de quelques voix
emblématiques, le chant polyphonique corse s'est engagé sur la route
d'une reconnaissance au patrimoine mondial immatériel de l'Unesco. Une
démarche pour la sauvegarde d'un art toujours menacé malgré sa pratique
répandue à l'échelle insulaire."
Eh bien, c'est fait ! Le 2 octobre 2009, le dossier a été retenu par
l'organisation internationale (voir ci-dessous).
L'article
complet du 4 avril 2008 est reproduit ici
(fichier pdf)
Le
sujet a même été
évoqué par Jean-Pierre Pernaut sur TF1 : "Les chants corses comme
patrimoine de l'UNESCO?"
A
voir sur le site 13h.tf1.fr,
rubrique
"les magazines de la semaine"
Pour
une reconnaissance des canti in
paghjelle par l'UNESCO
Publié
le mardi 22 juillet 2008 par Corse Matin
Photo
: Mario Grazi
Au-delà de la
reconnaissance, l'inscription au patrimoine mondial
immatériel de l'UNESCO des canti in paghjelle permettrait la création
de lieux d'échange et de transmission.
Dernière ligne droite
pour le chanteur Petru Guelfucci, sa femme, Michèle, et tous ceux qui
militent depuis plusieurs années pour que les polyphonies corses
fassent leur entrée au patrimoine mondial immatériel de l'UNESCO. Fin
septembre, un dossier de candidature va être déposé à l'Organisation
des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture, afin que
les chants traditionnels de nos villages intègrent une liste dite de
sauvegarde d'urgence.
Hier,
les auteurs de cette
démarche ambitieuse se sont livrés à une présentation du projet devant
les membres du Conseil économique, social et culturel de Corse, réunis
à Piediggrigio en présence de Simone Guerrini, conseiller exécutif en
charge des affaires culturelles. Où il a été question de reconnaissance
des chants traditionnels corses à l'échelle de la planète (voir par
ailleurs), mais aussi de la mise en place de mesures de conservation et
de transmission... si la candidature insulaire venait à être acceptée.
«
Parmi d'autres éléments liés à
l'élaboration d'un plan de sauvegarde, l'UNESCO insiste pour que la
communauté concernée par un projet soit étroitement impliquée. Le
Conseil économique, social et culturel étant une émanation de la
société civile, nous souhaitions sensibiliser ses membres à ce dossier
», a indiqué Michèle Guelfucci, qui n'était pas tout à fait en terre
inconnue. Ne serait-ce que parce que son mari est lui-même conseiller
au sein du CESC.
Aux
questions du président Henri
Franceschi, Petru Guelfucci s'est voulu le plus précis possible. « Au
terme de polyphonie, qui engendre des confusions car il fait référence
à un ensemble trop vaste et imprécis, nous préférons la notion de canti
in paghjelle, a-t-il souligné.
«
Alors que la polyphonie se
porte plutôt bien, comme le prouve l'émergence des nombreux groupes qui
chantent en corse, les canti in paghjelle sont à l'agonie et il pèse de
réelles menaces sur leur diversité. Ces chants font référence à un
répertoire et à des techniques particulières. Trois voix s'y font écho,
sans jamais être à l'unisson, et ils sont profondément liés à un
contexte religieux ou de simple convivialité. »
Pas
question pour autant de
figer ces chants dans un carcan qui aurait tout du musée. Car
l'inscription de ce type de « savoir-faire » oral au patrimoine
immatériel de l'UNESCO nécessite qu'il fasse référence à une culture
vivante. Et les membres du CESC, convaincus de l'intérêt de la
démarche, ont été particulièrement sensibles au fait que cette
reconnaissance ouvrirait la porte à la création de lieux de
transmission.
«
Il ne faut pas rêver. Si
reconnaissance il y a de la part de l'UNESCO, les canti in paghjelle ne
bénéficieront pas immédiatement d'un engouement général de la part de
la population corse. Mais, les mesures qui pourront être adoptées grâce
au soutien des Nations-Unies pourraient s'avérer déterminantes »,
assure Petru Guelfucci, en faisant référence à l'exemple des chants
traditionnels sardes, plus vivants que jamais depuis leur inscription
au patrimoine mondial immatériel.
En attendant le mois de
septembre prochain, les porteurs du projet sont assurés du soutien de
l'assemblée de Corse et du conseil exécutif. Soutien qui avait déjà été
formulé en 2005, à l'occasion du vote unanime de l'assemblée, et qui a
été réitéré hier par Simone Guerrini.
Savoir +
La polyphonie
corse peut-elle disparaître ?, sous la direction de Michèle Guelfucci
et Dominique Salini, éditions Dumane, 15 euros.
Sébastien Pisani
Source : Corse Matin du 2 octobre 2009
Le
Cantu in paghjella profane et liturgique de Corse de tradition orale
Voir également le site "cantu in
paghjella" : http://www.cantu-in-paghjella.com/sommaire.php
ainsi
que :
http://www.musicorsica.com/
Un CD historique
Corse : Enregistrements réalisés entre 1916
et 2009

La Corse, île
méditerranéenne au relief montagneux, est française depuis 1769. Elle a
su conserver sa culture et sa langue. On a parfois une vision un peu
réduite de la musique traditionnelle corse. Depuis les années 1970, une
pratique, certes fascinante, a été mise en avant par le riacquistu,
important mouvement de réappropriation de la culture locale : il s’agit
du chant polyphonique (sous ses diverses formes : paghjella,
terzetti, madrigale…). Ce mode d’expression, dont ce disque présente
de beaux exemples, n’est qu’une tradition musicale parmi d’autres sur
l’île. Depuis 1948 au moins, suite aux premières collectes de Félix
Quilici (1909-1980), on sait que la réalité est beaucoup plus variée :
complaintes, chants funèbres, sérénades aux époux, joutes improvisées…
sans compter la riche tradition instrumentale (de violon,
principalement).
L’édition a été réalisée
dans le cadre du travail muséographique de Guillaume Veillet (collecteur
et ancien rédacteur en chef de Trad Magazine), pour diffuser au public
un panorama des musiques traditionnelles de France. Il fait partie d’une
collection de 10 CDs, organisés par zones géographiques destinés à
témoigner de l’apport populaire à l’histoire et à l’actualité de notre
patrimoine culturel et artistique.
- Pour chaque morceau sont indiqués, à la
suite du titre : l’interprète, l’instrument pratiqué, la date et le lieu
d’enregistrement, ainsi que le nom du collecteur. Il a également été
choisi de préciser le département, et donc de respecter le découpage
administratif actuel. D’autres choix auraient été possibles, du fait de
la superposition en France de divers référents territoriaux et aires
culturelles : terroirs ou “pays”, anciennes provinces, régions…
-
Pour une identification plus précise de la provenance de chaque extrait
(fonds d’archives, publications précédentes), ainsi qu’un minutage
précis, on se reportera en fin de livret, à la rubrique Provenance des
enregistrements.
- Le texte intégral des chansons est
consultable sur le site Internet de Frémeaux & Associés.
1. Principià vogliu à
lodare (L’Alcùdina)
François Bianconi (chant)
Enregistré en 1949 à Zicavo (Corse-du-Sud) par Félix Quilici.
Un
chant à la gloire du mont Alcùdina, qui domine l’Alta Rocca, en Corse
du sud. Il est interprété par un adolescent..
2. Vuleria chì la mio pelle
Andria
Olivi (basse), Tumasgiu Cipriani (seconde), Antonmarcu Campana (terza)
Enregistrés le 19 mars 2009 à Taglio-Isolaccio (Haute-Corse)
par Catherine Herrgott avec Salvatorangelo Pisanu (prise de son).
Cette
paghjella (chant polyphonique à trois voix) est une
composition de l’“équipe des beaux-frères”, trois chanteurs
emblématiques de Taglio-Isolaccio : Pierrot Bernardini, Petrettu Mariani
et Saveriu Ciavaldini (le seul toujours vivant aujourd’hui).
3. Brìndisi
Anghjula Potentini
(chant)
Enregistrée le 4 mars 2005 à Patrimonio
(Haute-Corse) par Guillaume Veillet.
Félix Quilici a recueilli
en situation une strophe de berceuse, dans le village d’A Casalta (Pieve
d’Ampugnani), sensiblement identique à ce toast aux époux. Anghjula
Potentini, qui l’interprète ici, est une jeune chanteuse professionnelle
bien connue en Corse. Elle tient ce chant de son père, berger.
4.
Salute amati sposi
Jean-Benoît Mariani (chant) et
Don Matteu Giacometti(violon)
Enregistrés en 1949 à
Sermano (Haute-Corse) par Félix Quilici.
L’interprète improvise
une sérénade aux époux, brìndisi. Celle-ci est chantée sous la forme
d’une currente, qui est le terme désignant l’accompagnement d’une
chanson au violon.
5. Ni sentu una voci in piazza (Vòceru di
Pàduva Maria)
S. Castelli et O. Veyrune (chant)
Enregistrées
en 1949 à Zonza (Corse-du-Sud) par Félix Quilici.
Voici
quelques strophes d’un très beau chant funèbre (vòceru), épilogue d’une
histoire d’amour contrarié. Dialogue improvisé entre la mère d’un jeune
homme défunt et la jeune fille dont il était amoureux, mais que la
famille du garçon refusait d’accepter. Le prénom, Pàduva, référence à
saint Antoine de Padoue, devient Pàula lorsqu’il n’est pas compris par
certaines interprètes, comme ici.
6. Impiegà vogliu la musa (A morte di
Filicone)
Pierre Grimaldi dit “Peppetru u Barbutu”
(chant)
Enregistré en 1961 à Piobetta (Haute-Corse) par
Félix Quilici.
Emouvante complainte (lamentu) pour la
mort d’un chien de chasse, tué par un sanglier. Elle fut composée par
le père de l’interprète, Ghjuvanghjiseppu Grimaldi.
7. Suite d’airs à danser (quadriglia)
Joseph
Figarelli (accordéon diatonique)
Enregistré le 17 août
1962 à Guagno (Corse-du-Sud) par Félix Quilici.
Le quadrille (quadriglia)
est en Corse une danse qui comporte une suite de figures, généralement
annoncées par le musicien. La plupart du temps menée par le violon, elle
peut l’être aussi par l’accordéon diatonique. Joseph Figarelli
interprète ainsi une suite comprenant mazurka, valse, polka, scottish,
etc..
8. Suda sangue (PASSIONE)
Confrérie de Patrimonio : Christian Andreani, Jean-Baptiste
Arena, André Dominici, Gérard Giovannetti, Thomas Giovannetti,
Jean-Claude Lazzarini et Julien Truchon (chant)
Enregistrée
le 4 mars 2005 à Patrimonio (Haute-Corse) par Guillaume Veillet.
La
Semaine Sainte, qui précède Pâques, donne lieu dans toute la Corse à de
nombreuses cérémonies religieuses. Les plus connues et marquantes sont
les processions du Jeudi-Saint et du Vendredi-Saint (particulièrement à
Sartène, avec le catenacciu qui commémore la montée du Christ
au calvaire).
Les Confréries jouent un rôle important dans ce
contexte. Ces regroupements de fidèles laïcs sont les défenseurs de bon
nombre de traditions liées aux processions, fêtes votives et rites. Les
Confréries ont également perpétué l’art du chant sacré.
Celle de
Patrimonio, dans le nord de l’île, a repris ses activités il y a
quelques années, après une longue pause. Elle est menée par un
inlassable promoteur de la culture corse, Christian Andreani. La
Confrérie de Patrimonio interprète ici un extrait des innombrables
cantiques de la Semaine Sainte, dont le titre est Passione.
9. Rite grec lors de la semaine de Pâques
Enregistré
en 1974 à Cargèse (Corse-du-Sud) par Markus Römer.
Au XVIIe
siècle, quelques centaines d’habitants du village grec de Vitylo, dans
le Péloponnèse, fuirent l’occupant turc et s’installèrent en Corse.
Leurs descendants reçurent en 1773 le territoire de Cargèse, sur la côte
Ouest de l’île, où ils édifièrent un village. Au cours des siècles, les
mariages mixtes ont mêlé cette communauté aux Corses de souche.
Toutefois, le rite orthodoxe grec s’est maintenu jusqu’à nos jours, avec
une petite particularité : il se soumet à l’autorité papale. On parle
donc de rite grec catholique (ou byzantin). C’est dans ce cadre qu’a
été enregistré ce chant, lors de la Semaine Sainte en 1974. On ne
connaît pas le nom des chantres, mais on sait que l’archimandrite de
Cargèse était à l’époque Mgr Marchiano.
10.
Perdono mio Dio
Maria Antonia Alfonso (chant)
Enregistrée
le 30 mars 1991 à Levie (Corse-du-Sud) par Bernardu Pazzoni pour le
Musée de la Corse..
Plus connu sous le nom de Perdono mio
Dio, le véritable titre de ce cantique en italien, dont la version
originale comporte 36 strophes, est Peccatore Giustificato. Il
est tiré de la Lira Sacra, recueil très populaire d’hymnes
religieuses, psaumes et litanies, édité en Italie au XIXe siècle puis
sans cesse réédité et mis à jour en Corse. La justesse du timbre de
l’interprète, à la voix chaleureuse, exprime toute la modalité du
chant.
11. Carillonneurs lors des Rencontres de cloches de
Pioggiola
Antoine Luiggi (menuisier) et
Jacques-Philippe Luiggi (instituteur en retraite)
Enregistrés
le 9 août 1992 à Pioggiola (Haute-Corse) par Bernard Pazzoni pour le
Musée de la Corse.
12. Credo
Pierre-Marie
Oppisi, Jean-Toussaint et Jules-François Rocchi, Jean-Benoit Moretti
(chant)
Enregistrés le 24 août 1948 à Rusio
(Haute-Corse) par Félix Quilici.
La Corse est l’une des rares
régions où l’on chante encore à l’église sur des airs locaux proches des
chants populaires. On connaît grâce à Félix Quilici la fameuse messe de
Rusio. Ce village autrefois très isolé, à 1000 mètres d’altitude, avait
conservé des chants religieux de toute beauté, interprétés par des
habitants du lieu habitués depuis toujours à chanter ensemble (familles
Rocchi, Moretti, etc.).
13. Valse du
village de Prato di Giovellina
Sébastien Colombani
(mandoline)
Enregistré le 10 novembre 1994 à Ajaccio
(Corse-du-Sud) par Bernard Pazzoni pour le Musée de la Corse.
M.
Colombani joue à la mandoline les airs hérités de son père, violoneux
dans le village de Prato di Giovellina, en Haute-Corse. La pratique de
la mandoline, extrêmement répandue en milieu populaire tout au long du
XXe siècle, a finalement peu suscité l’intérêt des collecteurs,
l’instrument n’étant à tort pas considéré comme traditionnel.
14. Padre
Andria Olivi (basse),
Tumasgiu Cipriani (seconde), Antonmarcu Campana (terza)
Enregistrés
le 19 mars 2009 à Taglio-Isolaccio (Haute-Corse) par Catherine Herrgott
avec Salvatorangelo Pisanu (prise de son).
Voici un madrigale
une forme de chant polyphonique, différent dans sa structure de la
paghjella. Ce texte, en toscan corsisé, raconte la confession d’un jeune
moine à son père supérieur, à propos d’une jeune fille qui l’a écarté
du droit chemin. Comme pour la piste n.2, il est chanté sur le versu
ancien du village de Taglio-Isolaccio.
15.
A pedina (punt’è taccu ou polka piquée)
Pierre-André
Colonna (violon)
Enregistré le 22 août 1948 à
Piedigriggio (Haute-Corse) par Félix Quilici.
Le violon est
sans doute l’instrument populaire emblématique de la Corse. Sa pratique
s’est conservée tout au long du XXe siècle et Bernard Pazzoni, par
exemple, a pu enquêter auprès de plusieurs violoneux entre les années
1970 et aujourd’hui. Celui que nous pouvons entendre ici a été
enregistré par Félix Quilici il y a plus de 60 ans, en situation de bal.
Comme souvent, le musicien tenait sa technique et son répertoire d’un
de ses aînés, André-François Simoni, originaire de la même région. On
entend les danseurs manifester leur plaisir et encourager le violoneux
par l’expression consacrée, utilisée comme une sorte d’apostrophe :
“dùralali!” qui signifie : “continue !”
16.
Chants électoraux
Enregistrés le 11 juin 1961 à
Pero-Casevecchie (Haute-Corse) par Félix Quilici.
Un groupe
d’habitants se réunit pour fêter spontanément, et en chanson, la
victoire de leur favori. Il s’agit ici d’une élection pour le poste de
conseiller général du canton. Le vainqueur, Paul Renucci, est originaire
de la commune de Pero-Casevecchie, dans la Tavagna, en Haute-Corse. Le
micro a été posé sur le balcon, au premier étage de l’hôtel-de-ville et
ne manque rien de l’ambiance de cette soirée (cris, explosions de
pétards, etc.).
17. Tribbiera
Ange
Grisoni (chant)
Enregistré le 19 août 1992 à Moltifao
(Haute-Corse) par Bernard Pazzoni pour le Musée Corse.
La
tribbiera pouvait s’entendre pendant le battage autour du tribbiu,
grosse pierre ronde tirée par les bœufs et servant à séparer le grain
de la balle. Le meneur des bœufs chantait pour encourager ses bêtes. Si
Félix Quilici a enregistré de tels chants en situation, la chose est
aujourd’hui difficilement possible, le blé n’étant plus planté en Corse.
M. Grisoni a toutefois conservé le souvenir d’une tribbiera qu’il
chante bien volontiers et avec passion à l’enquêteur.
18. Solo de flûte pìrula
Sauveur
Susini (pìrula)
Enregistré le 5 septembre 1948 à
Calasima (Haute-Corse) par Félix Quilici.
La pìrula est un
instrument à vent taillé dans le roseau. Percée de sept trous, elle se
joue sur une octave et environ trois tons à l’octave supérieure. Elle
constitue l’instrument pastoral typique, joué autrefois par les bergers,
et est rarement joué aujourd’hui en Corse, à l’image d’autres
instruments anciens peu ou pas enregistrés dans la tradition, comme la
cètera (cistre) et la pìfana (flûte en corne de chèvre).
19. Paysage sonore : troupeau ensonnaillé
Enregistré
le 2 août 1969 au hameau de Colle à Morosaglia (Haute-Corse) par Jean
Raïsky.
Rentrée d’un troupeau de brebis pour la traite du soir.
Les sonnailles étaient pour la plupart fabriquées localement, à Orezza
et Murato notamment. Le forgeron de Corte en faisait également. Leur
tintement clair, dû en partie à leur faible dimension, est spécifique
des troupeaux d’ovins et de caprins. Tout berger est attentif au choix
des sonnailles : chaque animal dans le troupeau et chaque troupeau en
tant que tel étant parfaitement identifiables. (J.R.)
20. Chjama è rispondi
Roccu
Mambrini “U Rusignolu” et Carlu Parigi (chant)
Enregistrés
le 13 juillet 1981 à Pigna (Haute-Corse) par l’association E Voce di U
Cumune.
On retrouve des joutes chantées, basées sur
l’improvisation, dans de nombreuses cultures d’Europe du Sud (Pays
basque, Sardaigne, Baléares…). Lors d’une rencontre publique, plusieurs
spécialistes s’affrontent verbalement, sur un thème tiré au sort et sur
une mélodie donnée à l’avance, avec des règles poétiques et prosodiques
strictes. Il est d’ailleurs à noter que l’improvisation poétique,
qu’elle soit comme ici en joute alternée ou comme dans la sérénade aux
époux accompagnée au violon, répond à des critères précis : elle est en
sizain octosyllabique. Cette forme est également la métrique obligée de
la complainte, de la berceuse, du vòceru ainsi que celle de la
paghjella.
21. La ricchezza di la so
mammucia
Marie Rocchi, Laurette Rocchi et Laurette
Federici(chant)
Enregistrées le 22 août 1948 à Rusio
(Haute-Corse) par Félix Quilici.
Cette berceuse de facture
récente (texte de Càrulu Giovoni, musique de Roger Lucchesi) a été
popularisée par le groupe folklorique Cantu di Cirnu, qui l’a
enregistrée dans les années 1950. Les jeunes interprètes ont ici
spontanément changé par endroits quelques mots et images par rapport à
la version originale.
22. Cantu
ghjunsanincu
M. Anfriani, d’Aregno (Haute-Corse)
(chant)
Enregistré le 23 novembre 1916 à Königsbrück
(Allemagne) dans un camp de prisonniers.
Les plus anciens
enregistrements connus de chanteurs corses ont été réalisés par les
autorités militaires allemandes, auprès de prisonniers détenus en
Allemagne lors du premier conflit mondial. Ces précieuses archives ont
été retrouvées en 1956 par Wolfgang Laade au Lautarchiv de Berlin.
L’extrait retenu ici est l’émouvante complainte d’un mauvais garçon de
la région du Ghjunsani, en Haute Balagne, poursuivi pour avoir enlevé
une jeune fille.
23. Nun ti scurdà di
mè
Paul Orsoni (seconde) et Ange-Toussaint Giordani
(basse)
Enregistrés le 2 août 1969 au Col de Prato à
Morosaglia (Haute-Corse) par Jean Raïsky.
Enregistrés dans une
des baraques de la Foire du Col de Prato, ces terzetti sont saisissants.
Ceci en raison du caractère lancinant de la voix principale, à
l’articulation précise, à la scansion syllabique rigoureuse, aux
mélismes bien posés, soumis à la métrique du vers. La seconde voix en
miroir, reflet à la basse du timbre principal, participe par sa ligne
mélodique et ses appuis harmoniques au sentiment d’étrangeté qui se
dégage de la pièce. Outre son caractère de rareté dans le répertoire
vocal enregistré et considéré comme tel par les exécutants, elle
témoigne à la fois d’un fonds culturel très ancien et d’un modèle
stylistique achevé. Questionnés sur l’occurrence d’une interprétation à
trois voix, comme dans la paghjella, les interprètes avaient répondu
qu’ils chantaient toujours cette pièce à deux voix. (J.R.)
24. Dio vi salvi Regina
Jean-Toussaint
Rocchi et les chanteurs de Rusio (chant)
Enregistrés
le 15 août 1969 à Rusio (Haute-Corse) par Jean Raïsky.
Le Dio
vi salvi Regina conclut à Rusiu, ce 15 août 1969, la fête de
l’Assomption de la Vierge. La messe a été chantée en polyphonie le
matin, précédée de la sonnerie des cloches carillonnées par les jeunes
du village montés dans le clocher à cet effet. L’après midi, la statue
est sortie de l’église et portée en procession jusqu’à l’ancienne aire
de battage où le Chanoine Luciani, venu exprès de Bastia pour officier,
procède à une bénédiction. Tout au long du chemin, le groupe de sept
chanteurs déroule, également en polyphonie, les Litanies de la Vierge.
Quelques coups de feu tirés des collines encadrent la procession,
délimitant ainsi l’espace du sacré. De retour à l’église les hommes
prennent à nouveau place dans la nef pour chanter le dernier office,
toujours en polyphonie à trois voix. A l’issue de ce dernier office le
Chanoine Luciani propose à l’assemblée “de chanter un cantique que
tout le monde connaît”. Jean- Toussaint Rocchi lance le Dio vi salvi
Regina. Certes, de nombreux enregistrements en existent. Celui-ci
apparaît cependant singulièrement intéressant car procédant d’une
expression vocale vivante, empreinte à la foi de spontanéité et de
gravité. Toute l’assemblée des fidèles l’entonne, y compris les femmes
dans la partie droite de l’église, ce qui à l’époque n’était peut-être
pas toujours le cas. Cette montée en puissance du chant, dominée par le
timbre vocal si caractéristique et prenant du soliste, en font un
document particulièrement émouvant. (J.R.)
Guillaume Veillet
© 2009 Frémeaux & Associés
Idée originale : Guillaume
Veillet
Choix des morceaux : Guillaume Veillet,
avec l’aide de Ghjermana de Zerbi, Mathieu Luzi et Bernard Pazzoni.
Textes
du livret : Guillaume Veillet, avec l’aide de Ghjermana de
Zerbi et Jean Raïsky (notices marquées J. R.).
Transcriptions
et traductions : Catherine Herrgott (piste 2) et Ghjermana de
Zerbi (pistes 1 et 8).
Vous
pouvez acheter ce produit :
- Chez votre disquaire
(distribution Socadisc) ou chez votre libraire (distribution Frémeaux
& Associés) ou par téléphone au 01 43 74 90 24.
- Sur
lalibrairiesonore.com
- Sur audio-archives.com
La thématique du chant corse
Que les chants soient traditionnels ou de création récente, on retrouve
en grande partie les mêmes thèmes.
Les thèmes principaux sont les suivants :
- ceux
liés au monde du travail, essentiellement agro-pastoral,
A Tribbiera, A Muntagnera...
- à la
guerre et à ses drames :
U Colombu, S'è tu passi, E
Sette galere, A Violetta, L'Impiccati,
Sottu à lu ponte...
- à
l'exil, à la séparation, à l'emprisonnement :
Barbara Furtuna, U fattore, Lettera
à Mamma, Terzetti di Sermanu, et les
différents lamenti des bandits
- à la
mort et au souvenir:
Paghjella di Tagliu, Sumiglia, L'ombra
murtulaghju, L'Anniversariu di Minetta
- à
l'amour :
Eramu in campu, Serinatu, A
me Brunetta
- à
l'enfance, avec notamment des berceuses qui ont très souvent une
tonalité dramatique : O ciucciarella, Sottu
à lu ponte...
- à
l'attachement à la terre corse : Lamentu di Cursichella,
Sò l'omu, Sumiglia, A
l'acula di Cintu, Santa R'ghjina...
Cependant,
de même que l'image de la femme corse vêtue de noir renvoie à une
tradition récente, le costume étant souvent très coloré, notre vision
d'aujourd'hui est quelque peu déformée. De nombreux chants sont tombés
en désuétude et il n'en reste pratiquement plus de trace. De ce fait,
la vision contemporaine d'un chant forcément austère ne rend pas compte
de la diversité du chant corse jusqu'au XIXe siècle, qui connaissait a
pistera (chant de battage des châtaignes), les currenti
(chants de cour), les canti à spassu airs de
divertissement), les scherzi (satires), les brindisi
(toasts), les filastrocche (comptines), les chjam'è
rispondi, sans parler des chants d'élections (canti
d'elezioni)...
Les femmes aussi chantaient à toutes les occasions de la vie : nanne,
voceri, lamenti, et même des chjam'è rispondi. Ces dernières années des
groupes tels que les Nouvelles
Polyphonies Corses, Soledonna,
Donnisulana, Anghjula Dea et
Donni di l'esiliu ont investi la paghjella et subverti les usages
habituels.
Sur le voceru, lire l'article que Corsica consacre au récit de Ferdinand Gregorovius (1821-1891) sur son voyage en Corse effectué pendant
l'été 1852 et publié en 1854 sous le titre
"Corsica".
http://info.club-corsica.com/iden_125_001.pdf
Berceuses et comptines
Un projet de livre/CD sur les berceuses et comptines corses
L'éditeur
Didier Jeunesse
prépare un prochain livre disque de berceuses, rondes, comptines, jeux
de
doigts, chansons à danser, consacré à la Corse.
La collection des comptines du monde "Didier jeunesse" connaît depuis
quelques
années un vif succès (de nombreux prix comme les prix de l'académie
Charles Cros
ou le prix Mino). Les titres déjà parus sont d'une grande qualité
éditoriale.
Dans cette
collection, les chansons font l'objet d'illustrations par un artiste, de
traductions et de commentaires permettant de les situer dans leur
contexte.
Nathalie Soussana, coordinatrice du projet, est à la recherche
d'interprètes (notamment d'enfants, de préférence en région parisienne) connaissant
des chants en langue corse.
N'hésitez pas à la contacter en passant par mon intermédiaire. D'avance un grand merci à vous.
La mise en place du projet - Avril
-mai 2010
(quelques notes de Nathalie Soussana, empruntés à sa correspondance échangée avec Carole Guelfucci).
"Au cours de ce court voyage en Corse, j'ai rencontré d'abord Antoine
Leonelli au musée de Corte (en ce moment ils ont une expo sur les
insectes que
l'on trouve en Corse avec un parcours pour les enfants). J'ai passé
presque 2
jours avec lui (il a été adorable) pour découvrir le fonds sonore du
musée et
pour lui poser toutes les questions qui me venaient à l'esprit. Il m' a
donné un
grand nombre de contacts musicaux en plus de l'adresse de l'hôtel de son
cousin
dans la vallée de la Restonica que je recommande à tous tes lecteurs !
J'ai
également rencontré Francette Orsoni, conteuse, qui vient de publier
chez Syros
un très joli conte traditionnel corse. J'ai enregistré quelques
comptines de son
répertoire. J'ai également enregistré une berceuse de Noël par Paul
Félix Nasica
que j'ai rencontré chez lui dans un village au dessus de Corte. Et j'ai
fini en
"beauté" avec une petite visite à Anna Rocchi qui accepte également de
participer à l'aventure."
La musique instrumentale
Les
instruments de musique : de la cialamella à la cetera
Les
polyphonies corses sont maintenant célèbres mais il ne faut pas
négliger la musiqe instrumentale. Ainsi la cetera, la pivana, la
pirula, la cialamella et le timpanu accompagnaient danses et chansons.
Un disque à découvrir : Cetera, sous la direction
artistique d'Henri Agnel, avec de nombreux musiciens de Pigna, dont
Nando Acquaviva, Claude Bellagamba, Jérôme, Toni, Ugo et Nicole
Casalonga, Cedric Savelli, Ceccè Guironnet, etc.
On citera aussi parmi les
spécialistes de la cetera
Roland Ferrandi
et
Migheli Raffaeli.
Source
: Corse Matin du 3 juillet 2009
Des
cours de langue et de chants sont assurés dans les locaux de la Casa di
u Populu Corsu à Issy les Moulineaux, 51 avenue du Général Leclerc (à
proximité du métro Mairie d'Issy) par
l'association Cultura Viva.
Cours de polyphonie corse, et de chants
accompagnés à la guitare.
Paghjelle è canti corsi -
cours de chants
corses et polyphonies corses à Paris
Il
est désormais possible d'apprendre le chant corse à Paris, les
polyphonies, chants sacrés, chants profanes, la paghjella, les chansons
accompagnées à la guitare. Des cours de chant corse sont dispensés au
sein de l’association, sous la forme de deux ateliers distincts :
Chansons et polyphonies corses.
Nul besoin de savoir lire la
musique,
de connaître le solfège, ni même de parler Corse (même si cela peut
aider), ou encore d’être Corse. Les ateliers sont ouverts à tous, aux
hommes comme aux femmes, sans limite d’âge. Le but est ici de
transmettre un patrimoine avec une certaine souplesse et le plus
d’ouverture possible. Ceci dans le but de pouvoir se le réapproprier et
surtout de pouvoir le chanter hors des cours, "en situation", en
maintenant le chant vivant et collectif sans l’enfermer dans un musée.
Les
cours ont lieu en groupe, avec une certaine flexibilité et souplesse du
cadre, pouvant alterner des exercices en individuel, en petits groupes
ou en grand groupe. Le but étant d’apprendre, de transmettre et de
partager une partie du patrimoine musical corse et de se faire plaisir.
Les
cours de chant corse sont dispensés par Grégory FERRIERE-CASTELLI. Ils
débutent le premier
lundi d’octobre et se terminent à la fin du mois de juin. Les cours ne
sont généralement pas assurés au cours des vacances scolaires.
Cours de
chant corse le lundi soir.
De
19h30 à 21h30 se tient un atelier de chansons accompagnées à la
guitare, reprenant le répertoire corse de façon assez large, navigant
du traditionnel et des chants ou chansons anciennes au plus
contemporain.
Ainsi, en plus du répertoire traditionnel, sont
abordés entre autres des chansons de Charles Rocchi, Antone Ciosi, Tony
Toga, Canta u populu corsu, I Chjami Aghjalesi, I Muvrini, A Filetta, I
Surghjenti, Tavagna…
Cours
de polyphonie corse le mardi soir : Un
atelier de polyphonies sacrées et profanes divisé en deux niveaux.
- Un premier cours pour débutants a lieu de 19h15 à 20h45.
- Un second cours pour confirmés a lieu à la suite du premier de 21h à
22h30.
On
y aborde les chants profanes comme sacrés, de la paghjella à la messe
(messa in paghjella), en passant par les terzetti, madricali ou autres
terzine.
De la même façon que le lundi, âges et sexes sont mélangés.
Cultura Viva, présentation

Culture corse, cours de chant et de
langue corse.
Apprendre le chant, la
polyphonie et la langue corse à Paris.
Cultura
Viva est une association loi de 1901 publiée au J.O. du 13 juillet 1984
qui a pour objet la promotion de la langue et de la culture Corse. Elle
a pris en charge, depuis l’année scolaire 1984-1985 l’organisation des
cours de langue corse à Paris et sa région et depuis l’année scolaire
2003-2004 le développement d’ateliers de chants corses. Ces cours sont
ouverts à tous, sans condition particulière d’inscription dès lors
qu’il s’agit de cours d’initiation. Cultura Viva, en tant qu’organisme
de formation est déclarée sous le numéro 11 75 19 653 75
Contact : Petru
Ghjaseppu 01 43 07 23 87
Site :
http://www.culturaviva.fr/
Vocalia,
centre de la voix et du geste (Paris 18e) organise des cours
de polyphonie corse.
Extrait
de la documentation :
"Actuellement,
nous proposons l’apprentissage de la Polyphonie Corse en stages
week-ends et également en ateliers réguliers (hebdomadaires) d’octobre
à juin à Paris, et en Corse des stages d'une semaine à Pâques et à la
Toussaint.
A
Paris, l’atelier hebdomadaire permet un approfondissement du travail
effectué pendant les week-ends. Il permet de mûrir le répertoire,
d’affiner la justesse des intervalles, de varier les ornements, etc….,
et finalement d’acquérir les réflexes de la Polyphonie Corse.
PUBLIC
: Tous publics, débutants bienvenus, Corses et pinzuti. On ne vous
demande qu'une chose, c'est de chanter ...... et d'écouter !
A l'intérieur
de cet atelier hebdomadaire co-existeront deux "niveaux": débutant, et
avancé, travaillant ensemble. Et il y aura toujours une place pour les
débutants.
Le niveau "débutant" est conçu pour permettre à ceux qui le désirent de
s’initier à la Polyphonie Corse. Il est ouvert à tous, y compris ceux
qui ne savent pas lire la musique (chacun apprend à son rythme au fur
et à mesure), et ceux qui n'ont jamais chanté. Il est même possible de
s’inscrire en cours d’année, et les anciens aideront les nouveaux.
Le niveau "avancé" coexistera dans le même atelier, et sera amené à
fonctionner davantage dans l’effectif traditionnel, c’est-à-dire en
petit groupe choisi de 3 à 7 personnes, pour 3 voix. Chaque voix est
(ou est susceptible d’être) soliste, chaque participant a une place
déterminée dans l’ensemble, et l’exigence qui en découle est importante
en termes de disponibilité, assiduité, écoute….
Tous les ateliers comportent une partie de TECHNIQUE VOCALE de base.
Nous assurons toujours une préparation par des exercices corporels,
exercices de respiration et vocalises d’échauffement et de travail.
Puis l'apprentissage des chants : un travail musical avec des exercices
sur les intervalles, et recherche de la justesse par l’accoutumance des
timbres, en cercles de 2 puis 3 . Notions d'improvisation, et
d'ornementation. Les voix seront distribuées suivant les participants
et le choix de polyphonies étudiées. Les hommes et femmes chantent
ensemble ou séparément."
http://www.vocalia.net/
Le Remède de Fortune
Ateliers de Chant
à MONTREUIL
POLYPHONIES
CORSES
PROFANES
ET SACRÉES
fhartm25@free.fr
Chant Corse
La polyphonie
Corse a des origines très anciennes, antérieures au développement de la
polyphonie dans le reste de l’Europe, qui lui, date environ
de la fin du IXè siècle.
On
peut y déceler, comme dans d’autres traditions de chant du bassin
Méditerranéen, plusieurs strates qui s’étagent du haut
moyen-âge
jusqu’à nos jours, notamment des liens avec le chant grégorien
La tradition musicale actuelle, plus récente, a des liens avec
- les milieux franciscains,
- la pratique du faux-bourdon issue de la réforme du concile de Trente
(1545-1563),
- la tradition génoise du trallalero.
L’une
des spécificités de cette musique est liée à son insularité qui a
permis de conserver intact un patrimoine transmis principalement par
tradition orale.
Ateliers de
Chant
L’objet de cet atelier est d’être un lieu de transmission
Le travail portera plus précisément sur :
L’étude des trois voix
- « u bassu », la basse qui assure la
structure harmonique,
- « a seconda », la voix principale qui
entonne le chant et développe la mélodie,
- « a terza », la voix haute qui à un
rôle harmonique et mélodique.
l’interprétation :
- la polyphonie, un travail de
l'écoute
- le son, quel type d’émission
vocale, les voyelles
- l'ornementation
Public concerné :
toutes personnes désireuses d’appréhender ces répertoires, chanteur
débutant ou non.
S’agissant de transmission orale aucune connaissance musicale
particulière n’est requise.
Répertoire :
Polyphonies corses profanes et sacrées
: traditionnelles, contemporaines et manuscrits franciscains
Intervenant :
Frank HARTMANN
Dates :
2009 : 28/29 novembre,5/6 décembre
2010 : 8/9 mai,5/6 juin
Horaires et lieu
Samedi de 14h à 18 h
Dimanche de 10h30 à 16h30
Au centre Garibaldi
12/14 rue de la Révolution à
MONTREUIL
M° Croix de
Chavaux
Tarifs
W.E : 60 euros
Journée : 40 euros
Trois w.e : 150 euros
Quatre we : 200 euros
« Le
Remède de Fortune »
Frank HARTMANN
Pianiste,
chanteur, débute ses études musicales à 19 ans à l'école normale de
musique Alfred Cortot, puis au C.N.R. de Boulogne-Billancourt, suit en
parallèle l'enseignement de Marie-Christine Calvet au Centre
International de Piano “La Concertante”, et devient son assistant.
La découverte
des travaux du professeur Alfred Tomatis sur l’oreille et la voix est
le point de départ de son approche du chant.
En
2006, les rencontres de Marcel Pérès, directeur de l’ensemble Organum,
et Jean Etienne Langianni, membre d’Organum et du groupe Corse Tavagna,
lui ouvrent de nouveaux horizons musicaux.
Il suit depuis
de nombreux stages sur les répertoires anciens et le chant corse.
Avec
Catherine Ressaire il fonde l’ensemble vocal « Le Remède de Fortune »
qui se produit dans des programmes médiévaux et corse.
Le chant grégorien
La légende a
longtemps attribué à St Grégoire, pape de 590 à 604, la composition des
mélodies grégoriennes.
Le chant grégorien a en fait été façonné au cours du VIIIè
siècle sous l’égide des Carolingiens,
comme outil d’unification politique, spirituel, cultuel et culturel du
royaume de Pépin le
Bref et son fils Charlemagne. C’est un répertoire issu du chant de Rome
et des liturgies Gallicanes.
Les
stages organisés par Jacky Micaelli :
POLYPHONIES
CORSES
stages
proposés par U Ponticellu animés par Jacky Micaelli

Stages de Polyphonies corses
7 au 12 avril 2010
U Ponticellu et Jacky Micaelli
Couvent Corbara , Corse .
Contact : 06 71 86 34 46 -
Répétition
publique le 12 avril à 18h30 - concert de fin de
stage.
Dans le cadre de l'année du Couvent de Corbara, en
collaboration avec les frères du Couvent et la Mairie de Corbara, sortie du
CD "Stella Matutina", Chants à la Vierge et Missa Brevis en
Paghella.
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lundi 8 février 2010, à 10:00
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| Heure de fin : |
samedi 13 février 2010, à 18:00
|
| Lieu : |
COUVENT DE CORBARA , Ile Rousse
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| Adresse : |
http://www.stjean-corbara.com/
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LA TRANSMISSION ET LA TRADITION ...
LE CHEMINEMENT DE U PONTICELLU
«
Lorsque je chantais au Japon, il y a … 20 ans, je n’aurais pas pu
mettre des mots clairs sur ce que je pressentais à propos de cette
finalité qui est la mienne aujourd’hui, dans le chant et dans la
transmission… »
Jacky Micaelli fait ici un constat que porte U Ponticellu dans son
éthique et sa pratique
La
tradition ce n’est pas uniquement ce qui a existé jadis et qu’il faut
conserver tel quel. C’est un héritage, un legs à recueillir, assumer,
conserver mais aussi entretenir et faire fructifier en le renouvelant,
afin de jeter un pont entre passé et présent : le présent prolonge le
passé, le passé vit dans le présent qui prépare le futur, et pour ce
futur le passé et le présent deviendront passé.
Une tradition
non recréée, assimilée et adaptée à chaque époque est une tradition
morte. La tradition vivante est transmission : elle exige une
actualisation, un aspect créatif. Cet apport se devra de respecter
l’esprit de la tradition, lequel esprit est un absolu qui transcende le
temps.
En s’appropriant la tradition, sa tradition, le disciple prend place
dans une longue chaîne dont il est un anneau parmi une infinité
d’autres, avant et après lui. Les musiques traditionnelles, c’est à
dire orales, contiennent une sève venue du fond des âges, seule la
parole, le son, donc l’oralité, en communiquent l’essence spirituelle.
Elle préserve le caractère vivant, mouvant de la tradition.
L’initiation grâce à laquelle elle se transmet requiert le contact
direct, d’homme à homme pour que passe l’influence spirituelle
inséparable de toute initiation. La tradition est donc d’abord mémoire,
ce sont nos racines vives, notre centre de gravité. Que sommes nous
sans la mémoire de nos origines ? L’homme se condamne à la mort
spirituelle s’il coupe le lien de la tradition, de sa tradition. La
musique détient sa mémoire à elle. Ce sont les traditions musicales,
elle vit dans et par l’oralité.
Le cheminement
de la polyphonie corse et ‘STELLA MATUTINA’ passe par le
chant grégorien. Celui ci s’incorpore des éléments et archétypes
primordiaux qui sous tendent toutes les musiques du monde et en font
autant de voix d’un unique ‘Chant de l’humanité’.
L’archaïque,
valorisé positivement, n’est pas l’ancien ou l’antique perçu comme
vétuste, lointain . Il désigne ce qui dans l’ancien est originel, ce
qui échappe à l’emprise destructrice du temps et existe dans un présent
perpétuel. L’archaique renvoie au commencement principiel, éternel,
hors du temps.
Les
valeurs de l’originel, de l’archaique, ne sont pas davantage actuelles
à une époque qu’à une autre. Elles inspirent des créations nouvelles.
"L’archaique
participe de l’anthropologie qui vise à une connaissance globale de
l’homme", selon Claude Levi Strauss. Chaque tradition fournit à des
hommes appartenant à telle culture, telle époque, un miroir où ils
peuvent imprimer un vivant reflet de leur être essentiel, parce qu’ils
ont en eux l’empreinte de cette tradition, et que chaque tradition est
une image véridique de l’homme éternel.
On
trouve la tradition à l’intérieur de l’homme, dans son être spirituel.
Cette transmission de la connaissance n’est autre que l’initiation qui
actualise un savoir que l’être possède virtuellement. L’initiation est
ainsi l’accession à la tradition en soi, et dépasse le cadre de la
tradition particulière qu’elle transmet. Ainsi en est il du chant
grégorien qui lance ses plus profondes racines dans le « Chant de
l’humanité » et dans les archétypes musicaux.
L’archaisme
permet d’être, par delà tous les rôles et les masques du paraître, car
il permet l’expression d’une tradition primordiale :
« Le centre du
monde, c’est ce lieu insaisissable où les traditions prennent
naissance, où converge ou d’où émane tout ce qui relève de la
traditionalité »
La tradition invite à jeter un autre regard sur la modernité car en
repensant les valeurs de la tradition et de l’archaïque, on repense et
lègitime la modernité. |
Les vrais
modernes se gardent de récuser le
passé au nom d’une aveugle fuite en avant . Ainsi du grégorien , la
polyphonie corse tient la mélodie , pure vocalité , le chant . La voix
sort du corps et le souffle produit par les poumons le fait retentir.
Le chanteur accomplit un acte vital. L’acte de chanter crée une
relation intime avec l’organe vocal grâce à quoi les émotions,
l’affectivité s’extériorisent spontanément à travers le son d’un chant
simple ou complexe, comme un trop plein qui de lui même aspire à sortir
de nous. Il ne s’agit pas d’Ego, et nous pouvons prendre l’exemple des
riucade ou mélismes en polyphonie corse.Jacky Micaelli
explique dans tous ses stages qu’il est dangereux d’aseptiser la
pratique de cette tradition sous peine d’en perdre le sens, l’âme, car
dans le sacré comme le profane les riucade sont
souvent l’expression d’une émotion forte liée à l’histoire de ce
chant.
On peut ainsi
exprimer le ‘pietoso’ dans le deuil, ou le chagrin de
l’amour perdu, mais ce peut être aussi la fatigue d’un travail dur, de
l’animal comme de l’homme.
Quand il module son chant, l’homme émet un reflet sonore de son propre
être.
La polyphonie
corse, comme tous les chants traditionnels, harmonise voix et corps
pour que le chant sonne avec plénitude, puissance. Il s’agit moins de
chanter « beau » que de chanter « vrai ». Un chanteur traditionnel
utilise sa voix comme moyen, non comme une fin en soi. Il est donc
nécessaire dans la transmission de passer par une redécouverte de la «
vocalité traditionnelle, de l’ancrage corporel de la voix, et de la
portée spirituelle de cet acte. Chanter avec son corps, c’est retrouver
une force primale qui deviendra musique potentielle, noyau originel de
toute mélodie.
la présidente Nadine Cesari
Contact
: cesarinadine@yahoo.fr 0671863446
- avec le remarquable éclairage de J. Viret sur La tradition.
Stage de
chants byzantins
du samedi 28 février au dimanche 1 mars: stage de chants monodiques
byzantins animé par Marie Langianni en l'église Saint Michel de Taglio
Isolaccio organisé par l'association
Ad Amore avec relation avec le
Centre d'Art Polyphonique de la Corse, contact: 04 95 73 13 37
La fiche d'inscription peut être téléchargée en cliquant
ici.

Programme et bulletin d'inscription à télécharger
ici.
Association
"SONI E CANTI D'ARAUTOLI"
12, chemin de
champfort
Hameau de MOZAS
38
300 BOURGOIN-JALLIEU
Tel.
: 09.62.22.23.43
Email
: arautoli@gmail.com
http://www.myspace.com/arautoli
Le
centre d'art polyphonique de la Corse

Source
: Corse Matin du 17 janvier 2010
Et pour en savoir encore plus sur le
chant corse...
Vous trouverez sur la
page
suivante
le mémoire présenté en 2007 par une jeune étudiante autrichienne,
Margarethe Hlawa, dans le cadre du Master of Arts de l'Université
Mozarteum de
Salzburg.