Sans mythologie, sans nostalgie excessive, "forme boîteuse de la mémoire", sans idéalisation, mais sans complexe, c'est l'amour d'un pays et de ses habitants qui s'exprime ici. A vous maintenant !
Pour moi, la Corse et son histoire sont très bien reflétées par la musique
et le répertoire d'A Filetta, qui, vous l'aurez compris en parcourant
ce site, fait l'objet d'un véritable culte dans la famille.
Ce répertoire, sans être le moins du monde passéiste, retrace à lui
seul l’histoire quotidienne de la Corse.
Prenez trois ou quatre chants différents pour vous en convaincre.
Même sans être corse et sans comprendre les paroles, il suffit de se
laisser porter par la musique pour en comprendre le sens.
Mettez votre CD, fermez les yeux et imaginez…
Affrescu, tiré de la BO du film "Comme un Aimant"
est un chant ambivalent. : il fait penser tout d'abord à la
douceur du paysage, à son caractère paisible, à la quiétude du maquis
frémissant sous le meziornu. Mais la suite révèle
une histoire troublée, un désespoir, une fureur intérieure.
La Corse a un passé tumultueux. On connaît la vendetta, mais on oublie
trop souvent les invasions auxquelles l'île a dû faire face, les
épidémies de peste qui ont quasiment réduit la population à néant, et
plus près de nous la grippe espagnole, sans parler de la guerre de
14-18 qui a précipité le déclin de l’île.
Les livres d’histoire parlent peu des conditions dans lesquelles la
Corse a été rattachée à la France. Changez maintenant de CD, prenez un
des plus anciens disques d'A Filetta: « Una Tarrà Ci Hè, et
écoutez A paghjella di l’impiccati qui évoque le
massacre perpétré en 1774 par les troupes de Louis XV dans le Niolu.
Le peuple corse n'est pas, comme veulent souvent le faire croire une
partie des médias continentaux, un peuple de fainéants ou de dangereux
terroristes ! C'est un peuple laborieux qui pour subsister a dû
composer avec l'escarpement de son relief, comme l’attestent les restes
de cultures en terrasses et les murs de pierres sèches.
Ainsi, mon arrière grand-père
faisait une dixaine de kilomètres à pied chaque matin pour travailler
dans les champs pour les sgii.
C'est cette Corse là que j'aimerais
faire connaître. La Corse de mon arrière-grand-mère qui faisait des
blagues incroyables à son entourage avec l'aide de ses cousines; la
Corse des veillées.
Alors, toujours sur « Una
Tarrà Ci Hè », écoutez « Trè », sûrement
mon chant préféré, parce qu'il me rappelle tout ce que j'aurais aimé
connaître de la vie de mes ancêtres.
« Trè » commence
par les bruits de la nature corse, la nuit: le vent, l'orage qui tonne
au loin, puis les instruments de musique traditionnelle comme la cetera
font leur entrée.. Et là, vous y êtes : vous êtes au coin du feu avec
votre famille, vos amis, vous partagez peut être un «spuntinu»
(un en-cas) et les anciens racontent des histoires, transmettent les
traditions qui se perpétuent depuis des siècles.
En fin de soirée, les
hommes entonnent un chjami è respondi,,
véritable joute chantée, chacun devant répondre à l'attaque de l'autre
chanteur.
D'autres hommes chantent des paghjelle, forme la
plus traditionnelle du chant corse. A Filetta en donne plusieurs
exemples, mais celle que je préfère est la paghjella chantée avec
Philippe Léotard dans La complainte corse, car il
ajoute une dimension émotionnelle indescriptible.
Entre un déclin programmé et la perspective de devenir un grand parc à touristes, il y a forcément une troisième voie.
Claire Casanova

Avvèdaci.
Anne Marie Casanova
J’ai la chance d’être né dans une terre où l’homme compte. J’aime le rapport particulier qui se noue à l’autre sur l’île. La Corse est une petite communauté, dans laquelle tout le monde se connaît. Ce n’est ni un titre de gloire, ni une "spécificité", ce sont les circonstances qui l’expliquent sans doute. Le maillage social est important, mais il nous rend sans cesse exposés aux regards des autres.
J’ai la chance d’être né dans une terre splendide, qui n’a pas trop souffert des excès d’industrialisation. Une terre qui se veut exemplaire, à sa manière, d’un certain modèle de développement. C’est un rêve utopique, que cette île dans notre société mondialisée. Mais une société qui ne rêve pas n’avance plus. Ce qu’il faut c’est que nos rêves soient communs. J’ai la chance d’être né dans un pays qui a ses traditions. Dans les années 1970, la situation culturelle de la Corse était catastrophique. L’État avait mis sous le boisseau la culture corse, la langue corse. Il n’a jamais voulu reconnaître notre part d’italianité. Cela a suscité trop de malentendus et de violences ….
J’ai la chance d’être né dans un pays qui possède un héritage. Mais le discours "ethniciste" véhiculé par certains aujourd’hui, qui se gargarisent à grands coups d’identité corse, est dangereux. Notre culture s’est formée dans le métissage, dans les échanges, même s’ils furent douloureux, dans des invasions. Il y a toujours eu en Corse des gens qui sont venus d’ailleurs. Notre culture n’est pas un sanctuaire, elle doit évoluer. Nous-mêmes essayons d’introduire des nouveautés dans nos chants, des dissonances, de faire vivre nos traditions. Parce que la tradition est comparable à un tamis : si on ne lui amène rien, le tamis ne sert à rien. Certains prétendent, en chantant corse, faire vivre une langue. Pour moi c’est l’inverse : je vis en chantant cette langue.
Jean-Claude
Acquaviva, déclaration recueillie par Isabelle de GAULMYN,
parue dans
La Croix du 1er août 2004
Mon
affection pour l’île de Corse a commencé il y a
plus de 30 ans avec une photo que j’avais vue dans un journal : une
cascade dans une forêt, et je pensai alors : « Je
voudrais être là ». Alors, de nombreuses années ont passé
pendant lesquelles nous avons visité quelques pays de la Méditerranée,
et puis est venu le temps de découvrir la Corse. C'est en 1990 que nous
sommes partis en Corse pour la première fois et je savais que j’avais
trouvé là ma patrie.
Les vacances des années suivantes, nous les avons passées
avec nos enfants dans plusieurs villages près de la mer. De
cette époque, j’ai un souvenir particulièrement
intense de trois semaines dans une très vieille maison à
Patrimonio avec vue sur les vignes jusqu’à la mer, de la
messe de Pâques à Lumio en 1996 où nous avons eu
l’occasion d’assister á une communion
(imprévu pour nous parce que dans notre région la
fête est toujours une semaine après) et d’une
messe à l’église orthodoxe à Cargèse.
Alors, la séduction des montagnes deviendra de plus en plus
forte.
Nous avons commencé par des excursions d’une journée, jusqu’à septembre 2002 où nous avons empaqueté nos sacs à dos et sommes partis pour un excursion d’une semaine. Mon mari accompagne depuis 30 ans mes entreprises, ce qui est admirable parce que souvent il ne partage pas mon enthousiasme. Nous avons commencé notre randonnée à Corte, passé la vallée de la Restonica, les lacs de Melo et Capitello, sommes restés la nuit au Refuge de Manganu, avons passé le lac de Nino, passé la deuxième nuit au Castel di Verghio, avons continué notre chemin jusqu’à Calacuccia, avons marché un jour au vieux sentier de la Scala di Santa Regina et le jour suivant par le refuge de Sega sommes retournés à Corte.
Les deux années suivantes, nous étions aussi en chemin dans les montagnes du nord, et en 2005 nous avons fait trois semaines à vélo dans la région d’Ile Rousse. Aller à la montagne en Corse est pour moi a une vraie détente. Du fait que les sentiers demandent une attention permanente, chaque faux pas peut avoir des résultats fatals, alors en peu de temps on se calme… On éprouve seulement le présent et les problèmes triviaux sont très loin. Quand on va plusieurs jours de gîte en gîte, la vie se réduit aux besoins élémentaires: nourriture, mouvement et repos. On éprouve un sentiment de liberté, on constate qu’on peut renoncer à tout luxe (au moins pour quelques jours), que l’eau froide suffit pour boire et se laver et que l’on n’a pas besoin de beaucoup de nourriture.
De plus il y a des contacts avec des gens intéressants qu’on rencontre en route. Chacun a une autre histoire, une autre motivation, mais tous nous nous traitons comme des amis. C’est la même aventure qui nous unit, ainsi que le respect devant la nature. A la montagne, on peut très vite faire connaissance avec ses propres limites, on apprend l’humilité.
Je crois que c’est cela qui fait l’amour des Corses pour leur terre. Ce paysage impressionnant et inhospitalier qui tolère les hommes, mais où ils ne sont pas bienvenus, à quelles forces de la nature ils sont exposés, a, de même que l’histoire, imposé son empreinte. Les hommes corses, comme la terre, s’ouvrent seulement de façon hésitante aux étrangers. Ils se fondent sûrement sur un passé dangereux. Mais si l’on se trouve dans une situation où l’on a besoin d’aide, les Corses montrent aux étrangers leur véritable nature et se comportent comme de vrais amis.
Ursula Glöckner
Ursula est une amie allemande qui m'avait demandé, par l'intermédiaire de Carole, de lui traduire quelques phrases de Jean-Claude Acquaviva. Passionnée par A Filetta, elle s'est acheté la version bilingue du texte de Medea de Sénèque pour ne rien perdre des chants. Bien que parlant très mal le français (dit-elle), c'est dans cette langue qu'elle a tenu à rédiger ce texte exprimant son amour pour la Corse. Et c'est en langue corse qu'elle a écrit le poème ci-dessous. Grazia à tè, Ursula !
(*)
Le titre original était "Mûre pour l'île" qui
évoque une chanson allemande, mais qui est peu compréhensible sans
explication pour un francophone.
Mi prumettu al di là di a me
vita à a nostra Mamma Corsica,
À a quale appartimu incu tutti i penseri.
Hè a tarra ind’e ci s’arradicamu è u celu ind’e crescimu.
Hè a surghjente di a nostra forza è u sole di a nostra maturità,
Hè u sonniu di e nostre notte è l'opera di i nostri ghjorni.
Ind’ ella sola diventaremu ciò che Diu vole.
Poème écrit en corse par Ursula Glöckner d’après un texte d'Emil Strauss
Corse, je t'ai écrit un livre
il te parle par la voix de tes poètes et chanteurs
il te parle en langues et accents divers
en corse, bien sûr, et en allemand
et en français, comme médiateur,
tout leur imaginaire mis en relief par les reflets de ta lumère.
Je t'ai édrit, je t'ai "chanté"
et deux amis, comme moi passionnés
se sont joints à mes côtés
pour explorer les eaux, les sources abondantes
inépuisables, retentissantes
remarquables, révélatrices
de ce souffle vital qui est ton chant.
je t'ai écrit, filtré des gouttes
écouté des "notes" pour tracer ton portrait chanté
sous le regard des paroliers
que tu as toujours inspirés
pour faire suivre tes "lignes ondulées"
en signatures, en hommages
même en hymne, si tu veux !
Je t'ai écrit un livre comme un choeur
en plurilingue poésie
cherchant une certaine harmonie
saluant tes paysages, tes caractères
si captivants, si contrastés
en ces entre-deux
de ta nature-identité.
J'ai évoqué quelques bouts de tes vies
de tes morts et tes ruines aussi
quelques joies et épreuves et douleurs
dans la complexité des choses et les générations passées
par les témoignages, les évènements
les impressions marines, les émotions telluriennes
les rêves secrets d'ici et même de l'exil.
Corse, je t'écris
car je crois
que tes vers et tes voix
font toucher ta vérité
à ce (petit) monde d'étrangers.
Gerda-Marie Kühn
Texte sélectionné aux Rencontres internationales de théâtre du Guissani
On est toujours triste en quittant l'île. Nous le sommes doublement cette année; d'abord de quitter la Balagne et nos amis, puis d'abandonner le Sartenais et la Corse. C'est toujours "Barbara Furtuna" qui vient à l'esprit en montant dans l'avion. A cette différence notable que, contrairement aux exilés du célèbre chant, nous avons la certitude de revenir dès septembre prochain.
Nos impressions (très subjectives) de voyage : Une Balagne active, volontaire dans les difficultés. Une Antenne médicale d'urgence en bonne voie d'achèvement, toujours pas de lieu pour la culture, une souscription pour l'achat du Teatru bien partie, mais encore bien loin du but... Mais l'important en la matière est avant tout de manifester à ceux qui nous gouvernent qu'il y a une forte mobilisation pour la création d'un lieu de spectacle vivant à Calvi. Au fait, vous pouvez encore souscrire. Même symboliquement, faites-le !
Les plaisanciers ? Merci, tout va bien pour eux, bichonnés qu'ils sont par la municipalité, qui leur a fait un port tout neuf. Qui dira la dure vie du plaisancier, dont le bâteau reste amarré à demeure à son anneau du port d'honneur, et qui semble passer l'essentiel de son temps à astiquer, astiquer et astiquer encore son yacht...
Pour en revenir à U Teatru, on attend un geste de tous ces gens du show-biz qui ont choisi la Balagne comme résidence très temporaire pour la plupart (ce qui, entre autres, ne facilite pas la vie des Calvais obligés, eux, de se loger à l'année...).
Quand au Sud, le contraste est flagrant avec la Balagne. On sait les difficultés de l'Aghja à Ajaccio, on se réjouit du succès des spectacles au Lazaret Ollandini et de la belle programmation estivale du Théâtre de Propriano, mais on s'étonne de ne trouver aucun CD corse au supermarché...
Sartène ne change pas, Tizzano se transforme peu à peu, un peu anarchiquement, en port de plaisance et lieu de résidence...
Mais que les
couchers de soleil sur le Valincu sont beaux !
Jean-Claude Casanova
Zonza, Sainte Lucie de Talano, Olmeto, Fozzano, Campo Moro, Tizzano, Orasi, Roccapina... des liens invisibles semblent me rattacher à vous, comme si le poids des générations passées n'en finissait pas de faire entendre sa voix...
Comme si l'écho venu de là bas ne réussissait pas à s'estomper, malgré le temps, en dépit des chaudes journées d'août qui durcissent les sols et assèchent les gosiers, en défi aux froides heures de neige et de gel qui cisaillent la pierre et mouillent les paupières.
La braise des racines n'a nul besoin d'une théorie pour exister, elle répugne même à utiliser un canal pour se manifester, sa force première est de s'imposer, sans violence mais avec l'évidence insoumise des monts et des rocs et le regard droit des paladins de Filitosa.
On a dit des insulaires qu'ils étaient avant tout d'un village, et que ce sentiment d'appartenance à une micro-communauté était l'obstacle le plus naturel à l'émergence d'une véritable conscience nationale. Je ne sais si l'analyse est exacte... Il me semble que la micro-communauté n'est pas véritablement le village, mais un espace naturel composé d'un ensemble de bourgs et de hameaux, de terres escarpées et de plaines littorales. Un lieu de rencontres et d'échanges à l'intérieur duquel il n'y a ni unité, ni uniformité, ni cohérence imposés du dehors.
Mon espace linguistique est structuré par les cacuminales qui sont l'un des marqueurs du sud insulaire. Pour moi, le royaume de l'enfance ne peut se dire que "zitiddina", le cheval n'aurait pas de crinière si je n'entendais pas "cavaddu" et la soeur que je n'ai pas ne pourrait se nommer autrement que "surredda".
Lorsque ces mots sont prononcés à la douce manière de l'En-deça des monts, je les reconnais, bien sûr, mais il me semble qu'une main policée est venue les embellir, ils me deviennent étrangers, j'ai presque envie de les vouvoyer.
Les deux variantes sud insulaires qui se côtoient, se mixent et se toisent dans la région de Sartène, le font pareillement dans ma tête. Il m'arrive de dire "iddu" et d'écrire "eddu", d'entendre "siccu" et de répondre "seccu", il m'est même arrivé, enfant, de penser que le mot "fretu" était moins glacial que "fritu" et que la croix était certainement plus lourde à porter lorsqu'elle était désignée par "cruci" plutôt que par "croci". De la même manière je pensais que "pilu" était réservé aux animaux alors que "pelu" désignait le système pileux de l'homo sapiens.
Cette ambiguïté, ce léger flou sémantique, ne dérange en fait personne; il fait partie de ce qu'en termes savants on nomme "la polynomie" et je puis assurer qu'il n'a jamais été un obstacle à la communication, ni soulevé, au sein de la communauté, de controverses induisant une hiérarchie des valeurs. Les sociétés traditionnelles sont, au fond, plus ouvertes et plus tolérantes qu'on pourrait le penser. Elles peuvent s'accomoder de différences car la proximité de l'élément naturel leur a enseigné que les choses et les êtres ne peuvent être identiques et que les mêmes faits ne se produisent jamais deux fois. C'est notre monde qui tente de nous persuader qu'il n'est de salut que dans la norme imposée, qu'elle vienne des marchands de bibelots ou des faiseurs de théories.



La Revue Fora ! élance la Corse vers le monde et vous fait prendre le large sans vous déraciner.
Contre l’uniformisation et l’enfermement, Fora ! rapproche les cultures et fait briller leurs singularités."La
jeune équipe qui anime cette revue créée en 2007 a choisi un titre
provocateur : "Fora !", non pas pour exclure, mais au contraire pour
faire se rencontrer la culture corse et les autres cultures. Cinq
numéros parus à ce jour, le thème du prochain (à paraître en janvier
2010) sera : Corsitude,
négritude : être au monde ?
Sommaires
des précédents numéros :
n°1 - La Corse au miroir du Japon
- Eté / automne 2007
Entretiens avec Ange Leccia, Frédéric Antonetti, Orso Miret, Patrizia
Gattaceca, Pierre Hermé…
Contributions de Jean-Louis Andreani, Anne Meistersheim, Charlie
Galibert…
n°2 - Corse
et Maghreb, côte à côte - Hiver / printemps 2008
Avec
Danièle Maoudj, Marcu Biancarelli, Jérôme Ferrari, Jacky Micaelli,
Georges Ravis-Giordani, Marie-José Loverini, Didier Rey...
n°3 - Corse
et Mexique : A latins, latin et demi - Eté / automne 2008
Avec
Marie-Jean Vinciguerra, Ghjacumu Thiers, Jean-Pierre Mattei, Tomas
Heuer, Pierre Dottelonde, Alizée, Pascal Genot, Gilles Panizzi...
n°4 - Corses
et Juifs : Peuples et diasporas ? - Hiver / printemps 2009
Avec
Amos Oz, Gabriel-Xavier Culioli, Rachel Ertel, Edmond Simeoni, Shlomo
Sand, Philippe Lazar, Daniel Sibony, Lætitia Himo, Antoine Casanova...
n°5 - Corse
& USA : Exemple ou repoussoir - Eté / automne 2009
Avec Laure Limongi, Jean-Louis Fabiani, Francis Beretti, Alexandra
Jaffe, Francis Pomponi, Linda Calderon, David Berkeley...
Deux vidéos pour en savoir plus :
http://www.dailymotion.com/video/x93svb_la-revue-fora-invitee-de-mare-nostr_newsDipoi a me prima zitellina, avia in core un sonniu, una fiura, una picondria tamanta... Chì era? Ùn a sapia manch'eiu: a brama di truvà un altrò scunnisciutu, ‘ssa parte persa di l’anima ch’ellu ci vole à à circà? Qualcosa, qualchissia mi parlava in una lingua misteriosa, bella ma incumprensibule. Ed era bella ch’ùn vi dicu nunda...
Da grande, messi à circà. Battii l’Italia, a Francia, a Grecia... À deci anni digià principiai à amparà u francese è u talianu, u francese in iscola, u talianu da per mè. Poi vensinu u latinu, i studii - di francese è di talianu, ma ùn m'arrecavanu mai ciò ch’e cercava. Per anni è anni l’aghju circata in Italia, senza truvalla, sempre suffrendu di sta picondria inspieghevule...
A prima volta ch’e l’aghju intravista sarà stata à l’iniziu di stu seculu. A vidia da luntanu è ùn l’aghju ricunnisciuta subitu. L’aghju vista chì mi parlava, in a distanza, sussurendu. Innò, cumu puderia cunnoscela, capilla, eiu... Ma avia intesu a so voce, 'ssa voce dolce è linda, è ancu s’e ùn distinsi una sola parolla, ne era sicura ch’ella mi vulia dì qualcosa. Ma quale sarebbe, allora? Chì mi vulia dì? Induve l’averia scontra nanzu?...
A seconda volta, aghju capitu subitu subitu ch’ella fù ella. Era più vicina, mi parlava in frase sane è chjare, annant’à un dischettu datumi da un’amica. Era sempre assai luntana, è ancu s’e stava à sente centu volte e so parulle, ùn e pudia manc’appena capì. Eranu stranamente familiare, quantunque. Una memoria pruvava à sorge in u me cerbellu, ma ùn si facia vede sana sana. Cumu fà per vede a so faccia, per capì ciò ch’ella mi vulia dì? À rombu di ascultalle, a so voce è e so parulle mi parianu di più in più familiare. Ma tandu eiu ùn sapia micca qual’era, ella...
L’idea di duvè cunnoscela, d’avella digià scontra ùn mi lasciava più. Mi sbulicava a memoria, in darnu. Ma un ghjornu, à casu, l’aghju vista torna, o piuttostu u so ritrattu, nant’à u webbu. Avale sapia qual’era, ma micca ciò ch’ella mi vulia dì, cù sse parolle strane chè però in mè facianu ogni volta ribumbà l’ecu d’una memoria sminticata... Era bella... d’una billezza magica, fascinante, salvatica. D’una pustura ritta ritta, à capu pisatu, fiera. M’hà chjappu una brama tamanta di stammine vicinu à ella...
Tandu aghju capitu chè pè avviccinammi d’ella ci vulia à amparà a so lingua. Dicisi d’ùn tricà più è cumminciai subitu subitu. 'Ssi soni chì dipoi anni m’avianu allisciatu l’arechje infine piglionu una forma capiscitoghja. È iè ch'e le cunniscia digià, dopu un’iniziu appena difficiule e parulle di sta lingua anu trovu à a lestra u so locu in u me cerbellu, o piuttostu in u me core... un lucucciu chì c’era dipoi sempre apposta per elle.
À l’iniziu, ùn avia u curagiu nè di scrive, nè di parlalli... Era cusì bella è luntana è paria cusì inaccessibile. Masimu ch’avia capitu chì a so vita ùn era stata faciule. Era stata furzata, umiliata, oppressa. Oghje chì hè oghje, ne pate sempre, e cose ùn sò micca tantu cambiate... Per indettu, a so lingua, sta lingua maravigliosa, a lingua di i so antichi, u mezu più adattu pè trasmette a so storia, e so suffrenze è a so billezza, sta lingua à spessu ùn a vole più parlà... Ma leghje, aghju lettu appena i so scritti. Aghju cunnisciutu a so dulcezza, i so tratti azezi, u so latu macagnosu, e so passione, a so cultura. Quant’è mi sò campa à leghje i so libri, e so puesie...
Cusì ghjè avvenutu dopu mez’annu d’amparera u nostru primu scontru veru. Firmai muta videndu i so culori, sentendu u so calore, u so muscu. Faccia à facia cun ella, mi sintia chjuca chjuca... Ùn avia ancu u curagiu di parlà, ma circai è truvai a so bella voce, è a steti à sente à l’appiattu. M’avia chjappu una malatia strana... una focu tamantu mi picciava in core: m’era innamurata. A prima notte vicin’à ella ùn pudia micca dorme, sintii un piacè tremendu. U so soffiu dolce intorn’a mè, u so prufume chì mi stuzzicava u nasu, u so sapore chè m’era fermatu nant’à e labbre - tuttu què m’infiarava i sensi.
Aghju seguitatu i so passi pè deci ghjorni beati. Stava à sente u cantu di i so figlioli, tastava a bona roba ch’ella mi scucinava, gudia di a so billezza meravigliosa, ma ùn cappiava manc’una parolla... T’avia una paura di quelli è ogni volta ch’e ci vulia pruvà mi stantarava, a me lingua s’attrunchjava, mi si stringhjia a canella, turnava rossa cum’è a pumata chè mi hà datu u so nome... Dopu deci ghjorni mi ne sò cunturrata ind’è mè avendu parlatu a so lingua una sola volta, à pena...
Ma sò vultata ind’ella. Aghju parlatu è amparatu. Ogni volta m’hà accoltu à bracce aperte, parlendumi, aiutendumi, insignendumi e so parulle di billezza, di tennerezza, d’amarezza... Ma più ci parlemu, più mi n’avvecu ch’ell’ùn sarà mai a meia. A cunnoscu dipoi un’eternità, dipoi centinaie di vite passate, ma in quessa a vita sò nata in altrò, ed una parte d’ella ùn vole capì ch’e a capiscu, ùn pò o ùn vole micca acittà u m’amore... Ghjè un amore sì, ma un amore amaru amaru...
Marleen Verheus
Marleen (Marilena) a décidé, voilà même pas un an, d'apprendre le corse. Voici un magnifique échantillon du résultat. J'oubliais un détail : Marleen est néerlandaise !!
PS : Marilena (plus connue sur internet sous le surnom d'"A Pumataghja", a obtenu en juiillet 2010 le certificat de langue corse.
