Le dernier
numéro de la revue Fora ! s’intitule très opportunément « Négritude,
corsitude : et après ? ». Cette interrogation, censée s’appliquer au
thème traité, pourrait bien être, en réalité, une question posée à ceux
qui animent la revue elle-même. Y a-t-il une vie après Fora ! ? Tout
cela parce qu’après trois ans de labeur passionné, six numéros
réalisés, un dernier en préparation, les animateurs ont décidé de
raccrocher. « Non par paresse, explique Vannina Bernard-Leoni,
infatigable rédactrice en chef, ni par défaut de lectorat, mais par la
volonté de passer à autre chose. » Retour sur une aventure.
À
l’origine, il y avait l’envie de jeunes gens que les hasards de leurs
études littéraires avaient éloignés de l’île. Ils voulaient faire
quelque chose pour la terre de leurs ancêtres, mais, par-dessus tout,
désiraient se prouver à eux-mêmes que, par leurs travaux, leurs
connaissances, leurs centres d’intérêt, ils appartenaient bien à cette
informelle famille, qu’ils idéalisaient : les vrais Corses de Corse. Il
est probablement réducteur d’ainsi résumer leur projet. Mais cette
formulation contient une part des mobiles de leur belle entreprise.
L’autre raison de leur action, plus apparente, moins contestable,
également plus difficile à exprimer, est résumée par le titre de la
revue qui a vu le jour en 2006 : Fora ! Le projet de Frédéric
Laly-Baraglioli et Vannina Bernard-Leoni était de détourner, pour un
projet culturel, pour mettre ensemble et non pour exclure, cette
formule qui, à la période contemporaine, fleurit sur les bords des
routes pour exprimer, crûment, schématiquement, ce dont certains
insulaires ne veulent pas. Fora !, dans l’esprit de ses promoteurs,
doit être à la fois au service de l’identité culturelle corse, mais se
propose de lutter contre certaines tendances réductrices de cette
identité. Et pour cela, il était nécessaire d’aller voir ailleurs –
fora – ce qui se passe. Attachement à la Corse, ouverture à ce qui
l’entoure : cela aurait pu être la devise de la revue sous-titrée, La
Corse vers le monde.
Chacun des six numéros de la revue semestrielle a exploré, de manière
légère, étonnante, amusante, sérieuse, toujours inattendue et
renouvelée, toujours joliment illustrée et mise en page, une des
facettes de l’identité insulaire. Le premier numéro, centré sur le
Japon, s’est penché sur l’insularité et la perception que les
insulaires peuvent en avoir : quand ce parallèle avait-il été examiné ?
Le numéro suivant,
de manière plus prévisible, s’est attaché à examiner
quelques-uns des liens qui unissent la Corse et le Maghreb, qui
appartiennent tous deux au monde méditerranéen. La latinité de la Corse
a été abordée, dans le troisième numéro, en rapprochant – ce qui
n’avait sans doute jamais été imaginé - l’île et le Mexique. L’idée en
était venue à Vannina Bernard-Leoni, qui avait passé un an dans ce pays
– comme elle avait, précédemment, résidé au Japon.
Le numéro 4 a abordé
une question récurrente de l’identité insulaire : le fait de savoir
s’il existe, et sous quelle forme, une diaspora corse. La comparaison
avec le monde juif s’est imposée. Avec les deux numéros suivants, la
revue a connu un changement de perspective. En abordant le thème de
l’américanisation de la société – « Corse & USA : exemple ou
repoussoir » -, le cinquième livraison de Fora ! a posé un regard sur
l’hybridation culturelle, l’acculturation ; il s’agissait moins, dans
cette perspective, de comparer que de mesurer l’imbrication, dans la
culture corse, d’éléments de la culture américaine.
C’est une logique
de cet ordre qui est à l’origine du dernier numéro paru, placé sous le
signe d’une mise en parallèle de la corsitude et de la négritude.
Comment fait-on pour penser les différences ? Qu’est-ce qu’être une
minorité culturelle ? Quelle place occupe le ressentiment dans
l’expression d’une minorité ? Problèmes passionnants. En juillet
prochain, paraîtra le numéro 7, que Vannina Bernard-Leoni qualifie de «
numéro de clôture ». Il sera consacré à l’italianité de la Corse.
Après cela, nos entreprenants jeunes gens veulent passer à autre chose.
« Nous voulons éviter le ronronnement, expliquent-ils. Fora !, c’était
un surgissement, une envie de faire et de dire. Nous ne voulons pas
tomber dans l’anecdotique. » Alors ? « Sans doute allons-nous réfléchir
à une nouvelle revue. Le titre devrait changer, la présentation aussi…
Rien n’est définitivement arrêté. Fora ! a suscité un nombre incroyable
de bonnes volontés. Beaucoup de gens veulent continuer. Nous verrons. »
Rendez-vous donc, en juillet, pour un adieu. Et rendez-vous, d’ici là,
sur Via Stella, avec Vannina Bernard-Leoni, qui, chaque semaine, comme
une vraie Corse de Corse, est chargée sur cette chaîne d’une chronique
culturelle. Bonne chance. À bientôt.
Robert
Colonna d’Istria
Copyright Corsica
Canta sur France 2
"Lettres et regards"
Solidarité pour
Haïti
Zamballarana chante pour Haïti
Annulation du P.L.U. de Sartène
Les
associations agréées de protection de l'’environnement U LEVANTE et LE
GARDE, requérantes, et le Collectif pour la loi Littoral communiquent :
Le
11 février 2010, le tribunal administratif de Bastia a prononcé
l'’annulation totale du Plan Local d’Urbanisme de Sartene. Le nombre
d'’illégalités relevées par le Tribunal est très élevé : ce PLU
comportait trop d'’illégalités, et ce sur l’'ensemble du territoire
communal.
Ce PLU rendait urbanisables des zones non
équipées, ouvrait à l’'urbanisation de trop nombreuses zones littorales
à Barcaghju, à Tizzanu, à Tradicettu ainsi que des terres agricoles de
bonnes potentialités dans le Rizzanese, ne respectait ni les espaces
remarquables ni les espaces boisés classés. Le tribunal a relevé
l’'illégalité du projet de zone à urbaniser du camping de
Roccapina.
Les associations requérantes et le Collectif pour l'’application de la
loi Littoral espèrent que ce jugement :
-
donnera à réfléchir à d’'autres mairies à qui il est tout simplement
demandé d'appliquer les lois de l'urbanisme dont la loi Littoral et la
loi sur les terres agricoles,
- sera un signe pour l'Etat
afin que son contrôle de légalité devienne une réalité et qu'’il défère
plus systématiquement les PLU illégaux (il ne l'a pas fait pour Sartène
et ce n'’est pourtant pas les exemples qui manquaient).
Enfin
elles regrettent que des permis de construire sur des zones déclarées
inconstructibles par ce jugement aient pu être accordés pendant la
période comprise entre le moment du dépôt du recours contentieux et
celui de la décision d'’annulation du PLU par le tribunal.
Les
revues Fora ! et Stantari vous invitent au Spaziu à L'Ile-Rousse le 12
février 2010
Vannina
Bernard-Leoni et Cécile Breton, rédactrices en chef des revues Fora !
et Stantari sont heureuses de vous convier à fêter la parution de leurs
nouveaux numéros
Vendredi 12 février 2010,
à 17h30 au Spaziu (place de
l'Hôtel de ville, L'Ile-Rousse)
Equipes
de rédaction et contributeurs communs seront au rendez-vous pour vous
présenter les nouveaux numéros et vous inviter à débattre des enjeux de
la vulgarisation scientifique en Corse, qu'il s'agisse de sciences
sociales ou de sciences naturelles.
Avec : Marie-Jean Vinciguerra (inspecteur général honoraire de
l'Éducation nationale)
Élisabeth Pereira (maître de conférences à l'université de Corse)
Sylvain Gregori (musée de Bastia et association Sintinelle)
La rencontre se
poursuivra par un spuntinu et par la projection d'un documentaire de
Marie-Jeanne Tomasi L'ami
anglais, une réflexion sur la corsitude à partir de la
rencontre entre James Boswell et Pascal Paoli.
Plus de renseignements sur www.revue-fora.org et www.stantari.net
Evénément organisé en partenariat avec la Cinémathèque de Corse
Vers
une annulation du PLU de Sartène par le Tribunal Administratif de
Bastia?
29/01/2010 - Communiqué de l'association U Levante :
Le "rapporteur public" (ancien Commissaire du gouvernement) du tribunal
administratif de Bastia a demandé ce matin, suite au recours déposé par
les associations U Levante et GARDE avec l'aide d'un avocat,
l'annulation totale du P.L.U. de Sartene pour non application des lois
de l'urbanisme dont la loi Littoral, du schéma d'aménagement de la
Corse, de la protection des terres agricoles de bonne potentialité.
Même s'il faut attendre le jugement définitif (dans 15 jours), il
semble, au vu des arguments avancés par le rapporteur, que l'annulation
sera obtenue.
Les associations et le Collectif Littoral se réjouiront alors pour le
littoral, les terres agricoles ou les espaces boisés classés sartenais.
Il faut rappeler que la commune de Sartène (Corse-du-Sud) présente
l’'un des plus grands linéaires côtiers de France.
Les associations du Collectif Littoral iront au T.A. à chaque fois que
nécessaire mais espèrent surtout que certains maires appliqueront enfin
les lois d'urbanisme et que les Préfets et les Sous Préfets
effectueront pour chaque cas un réel contrôle de légalité et défèreront
les documents d'urbanisme illégaux devant le T.A.
Car les associations ne devraient pas être "obligées" de déférer des
documents d'urbanisme devant les tribunaux!
Association U Levante
Un
cinéma ultra-moderne à Ile-Rousse
Le
numéro 6 de
la revue Fora !
est arrivé dans les kiosques.
Numéro 6
(Hiver-printemps 2010)
Négritude,
Corsitude : Et après ?
Un dialogue entre Corsitude et Négritude
Une réflexion sur la "différence" dans l'espace républicain
Avec
Pap Ndiaye, Jacques Fusina, Sylvain Gregory, Francis Arzalier, Gary
Coulibaly,
Mata Gabin, Thierry Lentz, Raphaël Confiant...
La revue transculturelle corse est en vente chaque
semestre et présente en kiosques en Corse.
Pour acheter Fora !
par correspondance, trouver la liste des points de vente sur le
continent, ou vous abonner : www.revue-fora.org
Une encyclopédie
numérique
et collective
dédiée à la Corse
Photo
:
Louis Vignaroli pour Corse Matin
Une
partie
de l'équipe rédactionnelle
du magazine A Nazione, conceptrice de cette encyclopédie numérique de
la Corse. De gauche à droite : Jean-Guy Talamoni, Antoine Martinetti,
Pierre Vachet-Natali, Antoine Filippi, Marie-Thé Poli, Pierre-Antoine
Tomasi et Sébastien Quenot.
Après trois mois de
recherches (dans ses archives) de contacts (des personnalités
susceptibles d'apporter leur contribution à ce projet) de numérisation
(des documents déjà en sa possession) et de travaux de construction
d'un portail (qui soit à la fois pratique et attractif d'un point de
vue esthétique) l'équipe rédactionnelle du magazine A Nazione
a mis cette semaine en ligne une encyclopédie entièrement dédiée à la
Corse.
Un projet ambitieux
concrétisé en un temps record, tant il est vrai que les concepteurs de
ce nouvel outil numérique étaient, sous l'effet d'un bel enthousiasme,
impatients de le mettre au service des Corses... et de tous ceux
désireux de parfaire leurs connaissances sur cette île au riche
patrimoine. Désormais, cette plateforme d'articles qui sera alimentée
sous une forme participative, les y aidera grandement.
Plus de 200
textes déjà disponibles
Le principe est simple : toutes
les personnes désireuses d'enrichir cet ouvrage à travers leurs propres
compétences sur un sujet précis (historique, archéologique, culturel,
sportif ou autres) sont invitées à transmettre le fruit de leur travail
au comité de sélection. Si celui-ci juge le document comme étant
effectivement de nature à enrichir cet ouvrage collectif, il sera dès
lors mis à son tour en ligne sous une forme trilingue : corse, français
et anglais.
Un principe qui n'est pas sans
rappeler bien entendu celui de l'encyclopédie universelle Wikipédia...
à certaines nuances près, comme l'explique Sébastien Quenot : « La
différence fondamentale est que tous les articles introduits dans cette
base de données entièrement consacrée à la Corse sont signés.
L'anonymat n'est pas de mise. Ce qui permet aussi une recherche par
auteur, en plus de celle par thèmes ou encore celle lancée à partir
d'un mot-clé... »
Le concept d'une
« coopérative du savoir »
L'avantage d'une telle
encyclopédie est évidemment de pouvoir être sans cesse actualisée et
enrichie. À travers d'autres articles mais aussi des compléments que
tout un chacun peut proposer d'apporter à chaque sujet abordé. Invitant
bien sûr les rédacteurs potentiels à faire montre de la plus grande
rigueur quant aux informations fournies (et à citer leurs sources quand
ils le peuvent) les créateurs de cette encyclopédie s'attellent par
ailleurs à concrétiser un certain nombre de partenariats avec
différentes revues scientifiques en vue de la numérisation d'articles
publiés dans leurs colonnes. L'idée étant, on l'a bien compris, de
créer une véritable « coopérative du savoir » qui offre une
connaissance toujours meilleure de la Corse. Laquelle passe aussi par
des documents sonores ou visuels dont cette encyclopédie sera, dans un
avenir proche, en mesure d'être également enrichie. Pour que l'accès au
savoir se fasse par toutes les voies possibles
J.-P. C.
Source
: Corse
Matin du 23
janvier 2010
Rencontres poétiques
Source
: Corse
Matin
du 20
janvier 2010
Cultura Viva
Source
: Corse
Matin du 20
janvier 2010
Une tragique disparition
Source
: Corse
Matin
du 18
janvier 2010
"Estru paisanu"
Source
: Corse
Matin du 15
janvier 2010
La culture à Corti
Source
: Corse
Matin
du 15
janvier 2010
L'hospitalité en procès...
Natale...
Barrage du Rizzanese
Communiqué de
l'A.D.R.E
( Association de Défense de Rizzanese & de son Environnement )
On ne nous dit pas tout
L’avenir
du Rizzanese semble commencer à inquiéter les élus. Sont-ils enfin
conscients ? Croyaient-ils qu’EDF était soucieux de l’environnement ?
Cela se saurait ! Il n’y a qu’à constater les dégâts actuels. Tout ce
qui est fait ici va à l’encontre de la protection de la nature.
Peut-on réellement penser que dans cet état de choses, l’Alta Rocca
peut rester une référence en matière de tourisme vert ?
Le
tourisme vert est un atout pour cette micro région, pense-t-on qu’une
forêt de pylônes de lignes haute tension ( EDF refuse d’enterrer les
lignes *) va attirer les touristes?
Qui peut penser qu’en
détournant le fleuve sur 12 km – du site du barrage jusqu’au confluent
avec le Chiuvonu – en le privant de son eau sur cette longueur, en le
bordant de panneaux d’interdiction et de mises en garde du danger, on
fera venir des touristes ?. A Zoza, village situé sur la future partie
détournée du fleuve, en saison, plus de 200 touristes/jour, sont là
pour profiter d’un site magnifique. Et les amateurs de sports en eaux
vives, sont-ils des touristes négligeables ?
Bien qu’EDF le nie,
le Rizzanese est un fleuve poissonneux, en particulier en truites macro
stigma, comme l’attestent les Associations de pêche. Que deviendront
ces poissons après la construction du barrage ? En effet, Edf refuse de
construire une échelle à poissons et propose de transporter les truites
d’amont en aval en hélicoptère, sur une période de deux ans. Est-ce une
plaisanterie ou simplement la réponse insultante d’une entreprise
habituée à ne rencontrer aucune résistance de la part des pouvoirs
publics ?
Est il sérieux d’inviter élus et associations de
protection de la nature (pas nous, bien sur ! ) à une réunion pour
choisir la couleur de la conduite forcée. Qui est dupe d’une si
démagogique et fausse concertation, n’y a t’il pas de sujets plus
importants ?
La qualité de l’eau ? Le village de Sainte Lucie de
Tallano est alimenté par une station de pompage située dans la partie
court-circuitée du fleuve. Comment ce village sera-t-il alimenté en eau
à l’avenir ? Une 2éme station de pompage se trouve dans la vallée et
alimente en partie Sartène en eau potable. Cette station va récupérer
de l’eau mise en tube sur plusieurs kilomètres et ensuite turbinée dans
une centrale électrique. Le Maire de Sartène reconnaît lui même que
pour avoir une eau claire, il faudrait qu’elle soit pompée en amont du
barrage. Nous pouvons alors nous demander ce que la construction du
barrage va apporter comme amélioration à la qualité de l’eau ?
Pour
la gestion du plan d’eau, pas la peine de s’affoler, EDF est
catégorique, aucune activité nautique sur le plan d’eau, y compris la
pêche.
L'énergie électrique ? Il faut savoir qu'avec une retenue
de seulement 1 million de m3 utilisable, la production électrique ne
pourra être limitée et disponible qu'aux seuls moments des pics
hivernaux et peut-être estivaux; en effet, si la centrale fonctionnait
toute l'année, le barrage se viderait en quelques jours.
Il faut
croire que les publicitaires sont d’accord avec nous, en effet, pas un
jour ne se passe sans qu’ils ne fassent l’éloge des panneaux solaires.
On peut en poser partout et pas nécessairement sur des terres
agricoles.
Le soleil a 5 milliards d’années à vivre, l’avenir est solaire.
On
entend parler du barrage depuis plusieurs décennies. La recherche n’a
cessé d’évoluer. Pourquoi imposer à cette micro région une solution si
archaïque, alors que les barrages sont détruits partout dans le monde ?
On ne demande pas à EDF d’arrêter de travailler en Corse, mais de le
faire autrement, chacun y trouvera son compte.
* Si vous ne voulez pas de ces
lignes à haute tension aériennes, vous êtes invités à donner votre
avis, lors de l’enquête publique sur ce sujet qui se déroulera du 2
novembre au 1er décembre 2009 ( Sous préfecture de Sarténe, Mairie de
Saint Lucie de Tallano, Mairie d’Olmiccia )
La procédure de Cassation d'Yvan
Colonna
Communiqué du Comité de Soutien à Yvan COLONNA :
Vendredi 2 octobre 2009
La procédure de Cassation ne vise pas à réexaminer les faits. Elle
n'est pas un troisième procès.
La
Cour de Cassation se contente de vérifier si la Loi et le Droit ont été
correctement appliqués, uniquement d'un point de vue de la forme et de
la procédure.
Dans le Cas d'Yvan, de l'avis unanime des
professionnels qui ont eu à examiner la procédure ou à suivre le
procès, de nombreux moyens de cassation devraient être retenus, et le
seraient de façon quasi-certaine, dans le cas d'une procédure normale.
Le
mémoire déposé par Me Patrice SPINOSI, Avocat au Conseil (ce sont des
avocats spécifiques qui ont le monopole de la plaidoirie et de la
représentation devant la Cour de Cassation), développe 12 moyens de
cassation, autour de 6 thèmes principaux :
1 - Le premier est relatif aux incidents VINOLAS et LEBBOS.
L'incident
VINOLAS est, selon le recours, constitutif d'une atteinte au principe
d'impartialité du Président de la Cour d'Assises, doublé d'une rupture
de l'égalité des armes et enfin d'une atteinte aux droits de la défense.
Le
grief d'impartialité sera étayé par l'incident relatif au témoin
LEBBOS, comme le fait que le Président ait attendu le départ de la
défense pour verser aux débats les écoutes constitutives d'éléments à
décharge, dont l'existence a été révélée à l'audience d'appel, alors
que l'existence de ces écoutes avait été cachée à la défense pendant
toute la durée de la procédure antérieure, soit pendant 10 ans !
2 - Le deuxième champ de critiques est tiré des atteintes aux droits de
la défense.
Seront ainsi mis en cause :
1) Le refus de la Cour d'acter l'interruption, par la partie civile et
l'accusation, de l'audition du témoin MANNARINI ,
2)
Le refus de se souvenir, la Cour se bornant, pour répondre aux
différents donnés acte, à relever qu'elle n'est pas mémorative,
limitant ainsi le droit de l'accusé à formuler des moyens de cassation
et, partant, de son droit d'accés à un tribunal garanti par l'article 6
de la Convention Européenne des Droits de l'Homme ,
3) Le refus de
la Cour d'annuler la procédure, suite aux conclusions qui avaient été
déposées, qui caractérise un excès de pouvoir négatif de la juridiction,
4)
Le refus de la Cour de faire droit à la demande de reconstitution,
interdisant ainsi à l'accusé d'obtenir les moyens nécessaires à la
démonstration de son innocence.
3 - Le troisième bloc de critiques est plus classique. Il est relatif à
la méconnaissance du principe de l'oralité des débats.
Qu'il s'agisse :
1) de l'audition interrompue du témoin MANNARINI,
2) de la
communication lors de l'audience de l'avocat de la partie civile avec
l'un des témoins (incident dont la presse ne s'est pas fait l'écho,
mais dont la défense s'était faite donner acte pendant les débats),
3)
du fait qu'un des témoins, en l'espèce un policier de la DNATn ait
avoué avoir relu la procédure antérieurement à son audition, ce qui est
interdit par la Loi,
4) du fait qu'un des témoins ait,
antérieurement à la déposition d'autres témoins acquis aux débats, fait
référence au témoignage de ces derniers que la Cour n'avait pas encore
entendus
5) du fait que, contre l'avis de
la défense, il ait été projeté les diapositives du transport à Ajaccio
intervenu en première instance.
4 - Le quatrième bloc sera
relatif au fait que, suite à la récusation de ses avocats et son départ
de la Cour d'Assises, Yvan COLONNA a été jugé en son absence et sans
défense.
5 - Le cinquième bloc met en cause plus
généralement la procédure d'exception des Cours d'Assises spéciales, en
vue d'une saisine de la Cour Européenne des Droits de l'Homme.
1)
On peut ainsi faire valoir la jurisprudence TAXQUET c. BELGIQUE (hélas
mis en cause devant la Grande Chambre) qui a condamné cet état du fait
de l'absence de motivation des décisions d'assises. Cette absence de
motivation est d'autant moins compréhensible dans le cas qui nous
occupe que l'ensemble de la Cour est constitué de magistrats
professionnels.
2) On peut reprocher la rupture d'égalité
devant la loi (article 14 de la CEDH) qui naît de ce que, en cas de
crime terroriste, une majorité simple est suffisante pour caractériser
la culpabilité de l'accusé s'acquiert quand, en droit commun, cette
majorité doit être qualifiée (10 voix ai moins). Pourquoi le poseur de
bombe a-t-il droit à une moindre garantie que l'assassin d'enfant ?
3)
De la même manière, on peut s'interroger sur les justifications d'un
jury uniquement constitué de magistrats dans un cas, et d'un jury
populaire dans l'autre, et invoquer, là encore, caractériser une
rupture d'égalité devant la Loi.
6 - Le sixième bloc de
moyens est tiré des multiples violations de la présomption d'innocence
dont a été victime Yvan COLONNA tout au long de la procédure.
On
sait que, depuis le procès "Clearstream", les hommes politiques et
observateurs qui se souviennent enfin qu'il là d'un principe
fondamental dans toute démocratie, sont beaucoup plus nombreux et
n'hésitent pas à manifester leur indignation...
Si la Justice est la même pour tous, Yvan COLONNA n'a donc pas
d'inquiétude à se faire !
Source : Comité de Soutien à Yvan
COLONNA
http://www.yvan-colonna.com
Lire également en page "Livres"
la présentation du livre de Gérard Amaté, L'Affaire
Colonna.
E
Stonde
Halte
au feu !
Encore une fois, la Corse brûle...
Plus de 5.000 hectares
de végétation ont été ravagés au total au cours des trois immenses
incendies qui ont touché la Corse-du-Sud depuis jeudi, selon un bilan
dressé par les pompiers tôt samedi. A lui seul, le feu d'Aullène
représente environ 3.000 hectares.
Dans le même temps, les soldats
du feu surveillent aussi le site de la vallée de l'Ortolo où le feu est
"fixé" depuis la nuit de jeudi à vendredi mais où "quelques points se
réactivent sous l'effet du vent".
Source
: Le Figaro/AFP
Dimanche
matin, les habitants de la région d’Aullène se sont à nouveau réveillés
dans un paysage enfumé, embaumé d’une odeur irrespirable. Les pompiers
devaient s’atteler à noyer les souches qui se continuaient à se
consumer, pour éviter des reprises de feu. AFP
I
MUVRINI apportent leur aide à la rivière, avec A Canzona di u
Rizzanese, une belle chanson triste pleine d'espoir.
www.rizzanese.fr
Merci à eux et merci à A FILETTA et à l'ARCUSGI qui nous soutiennent .
. .
Et
merci à toutes celles et ceux qui continuent à chanter la vie
et
la liberté avec le RIZZANESE, malgré l'avancée des travaux.
Nous
serons nombreux le 23 Août pour la journée d'action au fil de
la
rivière, qui se prolongera par un concert de soutien d'I
MUVRINI à
Propriano.
Amicizie
Vendredi 24 et samedi 25 juillet 2009 Corsica Diaspora et Amis de la
Corse organise à Corte sa 5ème Université Citoyenne : ‘’La Corse au
cœur de l’Euro-Méditerranée’’.
Corsica Diaspora
a pour mission de soutenir le développement
des initiatives et des projets dans l’île et à l’extérieur en créant ou
sollicitant les réseaux de la diaspora et des amis de la Corse.
L’’’Université Citoyenne de Corsica Diaspora’’, ‘’la Journée Mondiale
de la Corse’’ et ‘’la Biennale des Cultures Euro-méditerranéennes’’,
sont autant d’évènements passerelles qui permettent à nos compatriotes,
nos amis, ici et ailleurs de se retrouver autour de projets qu’ils
portent, de réalisations concrètes communes, dans l’île et dans le
monde. Le matériau de base, solide, est le lien affectif inaltérable
qui enjambe les siècles, solidarise les générations et rattache les
Corses de manière indissoluble à leur terre.
Depuis 2004,
Corsica Diaspora organise tous les ans, fin juillet, à l’Université
Pasquale Paoli, à Corte, cette rencontre importante. Le choix de la
date ne doit rien au hasard ; en effet, nous connaissons tous et
attendons le retour estival massif des Corses et amis de la Corse qui
vivent à l’extérieur de l’île. La période est propice aux retrouvailles
familiales, au renouvellement de ce bain affectif rituel, rempli
d’émotion partagée, qui est un bien précieux pour celles et ceux qui,
par obligation mais aussi parfois volontairement, ont leurs activités
professionnelles ailleurs.
Tables rondes et débats accueillerons
des invités prestigieux et des experts dans les domaines de
l’Environnement et du développement durable, de la Société de la
connaissance, de la Culture et des échanges en Méditerranée, des
nouvelles technologies (et leur utilisation dans le réseau), et des
médias. Cette manifestation apporte des éclairages sur des thématiques
importantes pour l’île que l’association développera dans le cadre de
la Biennale des Cultures Euro-méditerranéennes, que Corsica Diaspora
co-organise à Marseille (11, 12, 13 décembre 2009 – Parc Chanot).
Une enquête du "Monde" : Fièvre immobilière et
risques affairistes en Corse
LE MONDE | 15.07.09 | 13h10 • Mis à jour le
15.07.09 | 21h04
BASTIA CORRESPONDANT
En
lettres bâtons, l'argumentaire commercial incite le futur acquéreur à
saisir les "possibilités de défiscalisation" et profiter sans plus
tarder de "T4 de standing" avec "vue sur parc arboré". Depuis quelques
mois, les imposants panneaux publicitaires aux couleurs criardes, qui
jalonnent les itinéraires touristiques corses, de Bastia à Calvi en
passant par Porto-Vecchio, donnent aux voies de communication
insulaires des allures de routes pavées d'or. Maisons individuelles,
appartements, pavillons de lotissements aux noms champêtres ou pompeux,
ont parfois trouvé preneurs avant même l'achèvement des travaux.
Certains de ces lots seront revendus par des propriétaires qui n'en
auront pas même poussé la porte. Avec une confortable plus-value à la
clé.
Difficile de connaître avec précision la surface totale de ces projets
immobiliers champignons.
Une
certitude est toutefois inscrite dans les chiffres du ministère de
l'industrie : pour la seule année 2008, les délivrances de permis de
construire ont explosé : + 49,3 %. Longtemps préservée du béton, la
Corse se hérisse de flèches de grues et avance au son des claquements
métalliques des mâchoires de pelleteuses. Même les côtes paisibles du
Cap Corse, semées de minuscules villages de pêcheurs aux terrains
jusqu'ici peu convoités, sont gagnées par le tsunami immobilier et la
hausse du prix du mètre carré. D'après les chiffres parvenus aux deux
fédérations départementales du BTP, près de 50 % des résidences
édifiées dans la région de Porto-Vecchio (Corse-du-Sud) ont été
acquises par des "non résidents", notamment d'origine italienne.
Lancés
au cours des quatre dernières années, ces programmes auraient surtout
bénéficié des différents dispositifs gouvernementaux destinés à
faciliter l'accession à la propriété (prêts à taux zéro, etc.). Reste
que ce brutal développement ne manque pas d'aiguiser l'appétit
d'acteurs moins institutionnels. Bon an mal an, une ou deux affaires de
racket viennent troubler la réalisation des profits d'un secteur qui
contribue à hauteur de 7 % au PIB local. Les affaires "sorties" par les
services de police ou de gendarmerie grâce aux rares témoignages de
victimes ne constituent que la partie émergée de l'iceberg.
ENGINS DE CHANTIER INCENDIÉS
Pour
s'en convaincre, il suffit de se pencher sur les statistiques des
services des deux préfectures de Corse pour constater combien la nature
des cibles de plasticages a changé. Palais de justice et gendarmeries,
symboles de "l'Etat français colonial" honni des indépendantistes
armés, constituent aujourd'hui la portion congrue. Ils ont été détrônés
par les entreprises de BTP et, fait nouveau, par les chantiers en cours.
Le
6 juin, à Alata (Corse-du-Sud), une résidence en construction est
soufflée par une charge explosive ; deux jours auparavant, c'est à
Lucciana, une grosse commune du sud de Bastia, qu'un immeuble en
construction était endommagé ; dix jours plus tôt, une maison en cours
d'achèvement à deux pas de la plage de Palombaggia, près de
Porto-Vecchio, avait été rasée.
Sur octobre et novembre 2008,
quatorze engins de chantier appartenant à plusieurs sociétés du BTP ont
été incendiés à travers la Corse. En deux ans, 57 attentats et
tentatives ont visé des sociétés du secteur à travers le territoire de
l'île, jusqu'à de petits villages comme Casalabriva (Corse-du-Sud), où
la voiture d'un entrepreneur avait été soufflée par une bombe en
novembre. "Soyons honnêtes, tempère Jean-Marc Cermolacce, entrepreneur
et patron du Medef dans l'île, la situation est beaucoup moins tendue
qu'il y a dix ans. Il y aura toujours des tensions commerciales
exacerbées, mais nous ne sommes plus face aux tentatives de prédation
organisées des années passées."
Les services de sécurité ne
partagent pas cet optimisme. Signe des temps, les atteintes aux
entreprises du BTP étaient auparavant intégrées dans la statistique
globale sur les attentats : "Elles sont différenciées depuis 2006,
explique un officier de gendarmerie. Oui, il y a bien un phénomène,
c'est certain. Restent à définir les mobiles... et à persuader les
victimes de coopérer." Dans un climat plombé par une quarantaine
d'assassinats en trois ans, dont treize pour les six premiers mois de
2009, cette "coopération" reste toute théorique.
Si la
fièvre immobilière est loin de suffire à expliquer la série de
règlements de compte qui a lieu dans l'île, les services d'enquête
regardent en direction des équipes de voyous locaux, visiblement
engagées, comme de véritables entreprises, dans une concurrence
effrénée pour profiter des retombées de la manne immobilière et
touristique. Paul-Marie Romani, professeur d'économie à l'université de
Corse, s'inquiète "non de l'abondance des projets mais des gens qui
sont derrière. D'anciens projets ressortent des cartons, de grands
groupes financiers reviennent, et on se retrouve dans la même situation
qu'avant Aleria". Aleria est ce bourg de la côte orientale où Edmond
Simeoni, alors jeune médecin bastiais, avait donné le coup d'envoi de
la revendication nationaliste en occupant une cave viticole, fusil de
chasse au poing. A l'époque, les premiers autonomistes dénonçaient les
liens entre spéculation immobilière et affairisme. C'était en août 1975.
Antoine Albertini
Article paru dans l'édition du 16.07.09
Polémique
au Festival de Cannes
Extrait de l'article de Corse
Matin daté du 18 mai 2009
Lorsqu'à la sortie d'un film vous entendez des spectateurs déclarer
haut et fort
« Les Corses ne sont vraiment que des brutes sanguinaires
», avouez qu'un certain malaise peut vous saisir imparablement.
C'est ce qui s'est produit ce dernier week-end après la projection du
film de Jacques Audiard, Un
prophète, qui, excusez du peu, représente la
France dans la compétition officielle du Festival de Cannes.
Ce long-métrage qui, durant 2 h 30, vous plonge dans un terrible
univers carcéral où des nationalistes corses comparés à des voyous sans
foi ni loi font régner la terreur, a suscité une vive polémique sur la
Croisette.
René Viale, le président du Festival du cinéma italien de Bastia, s'est
déclaré « très choqué par ce film qui, une fois encore, donne une
déplorable image de la Corse et des Corses ».
« Même s'il s'agit d'une fiction, je trouve intolérable ce côté
réducteur qui fait passer les insulaires pour des assassins avides de
sang et de pouvoir, racistes et désormais esclavagistes. Comme le
festival de Cannes a une portée internationale, que va-t-on penser de
nous dans le monde entier ? Il faut arrêter de sacrifier la Corse sur
l'autel du septième art. La série télévisée de Canal +, Mafiosa, avait
déjà déchaîné les passions par des scènes violentes et totalement
gratuites. Là, c'est encore pire, car dans le film de Jacques Audiard
l'hémoglobine coule à flots à cause des Corses, bien sûr ».
Un prophète
a été tourné cet hiver à Gennevilliers dans un décor de
prison superbement reconstitué. Sa distribution officielle est prévue
pour le 26 août.
L'histoire raconte le parcours initiatique d'un jeune maghrébin qui,
suite à son incarcération, tombe sous la coupe d'un groupe de
prisonniers corses dont il devient l'esclave. Un vieux truand insulaire
du nom de César Lucciani lui donne alors l'ordre de tuer une « balance
» puis d'assurer des missions de plus en plus violentes, à l'intérieur
et à l'extérieur de la prison lorsqu'il sort en permission. Mais, très
rusé, le jeune Malik utilisera toute son intelligence pour développer
discrètement son propre réseau afin de se venger.
Certaines séquences sont véritablement insoutenables. Et le clan des
voyous corses est toujours là quand la violence atteint son paroxysme.
Plusieurs acteurs corses
Jacques Audiard qui, rappelons-le, est le fils du célèbre scénariste
Michel Audiard, et le réalisateur du film aux six Césars De battre mon
coeur s'est arrêté, a souhaité jouer « la carte identitaire ». C'est
pour cela qu'il a donc choisi de mettre en exergue des Corses dans son
film. Mais, selon nous, sa décision ne tient pas car il aurait pu alors
y intégrer des gitans ou des basques. Selon René Viale, « s'il a décidé
que les Corses seraient les brutes de service de son film, c'est parce
que la Corse est aujourd'hui à la mode et que tous les faits-divers qui
défrayent la chronique judiciaire insulaire sont très vendeurs ».
Ce qu'il faut également remarquer est que dans ce film, l'avocat
insulaire du vieux truand joué par Niels Arestrup, est bien entendu
malhonnête : on n'en est plus à un excès près !
Il faut noter aussi que plusieurs comédiens insulaires tiennent un rôle
dans Un prophète. On retrouve notamment Jean-Emmanuel Pagni,
Jean-Philippe Ricci, Pierre Leccia qui a écrit le scénario de Mafiosa,
et Frédéric Graziani qui a réalisé il y a quelques années à Bastia Le
cadeau d'Elena. Ils sont tous remarquables dans la peau de
leurs
personnages respectifs. De fait, beaucoup de festivaliers se sont
étonnés de ne pas les voir lors de la traditionnelle conférence de
presse cannoise.
Ambiguïté malsaine
Président de la cinémathèque de Corse, Dominique Landron, estime pour
sa part que « ce film est réussi d'un point de vue purement
cinématographique ». Selon lui, « depuis Le Trou de Jacques
Becker, on
n'avait pas fait mieux sur l'univers carcéral ». Il pense également
qu'il « faut prendre Un prophète pour ce qu'il est, à savoir une oeuvre
fictionnelle et pas un documentaire.
« Il ne faut pas retirer à un créateur son pouvoir de création,
précise-t-il. Toutefois, je regrette amèrement deux choses.
« La première est une erreur historique, en l'occurrence faire croire
au public que le rapprochement des prisonniers politiques corses a été
accepté par Nicolas Sarkozy et que, de ce fait, les détenus peuvent
désormais regagner la prison de Borgo et quitter les prisons
continentales en chantant le Dio vi salvi Regina, comme c'est le cas
dans le film.
« Le second point qui m'a vraiment interpellé est que le réalisateur a
créé un véritable amalgame entre les nationalistes et les voyous. »
Dans son film, qui est souvent parlé corse avec des sous-titres
français, Jacques Audiard laisse en effet planer une ambiguïté malsaine.
Jean-Baptiste Croce
Parla u
Rizzanesi ...
Salute,
Sans me vanter, je suis une des plus belles rivières de Corse et une
des dernières rivières sauvages d’Europe...
Je
prends ma source dans le massif de l’Incudine à 2128 mètres près de la
forêt de Bavella et sur 56 km je dévale en cascades, au milieu des
chaos rocheux, jusqu’à la mer, pour former la plage de Propriano.
Je vis mes derniers jours de liberté.
Bientôt se dressera au milieu de mon lit un barrage en béton de 40
mètres de haut.
Autour
de moi, avec les travaux préliminaires, le saccage de la nature a déjà
commencé et ce n’est qu’un début .
..
Après des
années d’une lutte sans relâche mes amis, Georges Mattei, l’Association
de Défense du Rizzanese et de son Environnement et tous les autres,
n’ont pu empêcher que commence aujourd’hui la construction de ce
barrage.
En novembre 2006, le Conseil d’État a rejeté la
requête qu’une douzaine d’associations de protection de la nature avait
déposé pour empêcher ce massacre.
Voilà . .
.
Plus
de 200 millions d’euros vont être engloutis par ce projet aberrant aux
dommages irréversibles, aussi bien d’un point de vue écologique que
culturel, historique et humain.
Comment un tel projet peut-il voir le jour à l’heure où la
déconstruction de nombreux barrages est programmée en Europe ?
Le pesant silence du Parti socialiste sur le procès Colonna
Le journal réunionnais Témoignages
publiait le lundi 6 avril 2009 un article sous ce titre.
Le procès en appel d’Yvan Colonna, accusé d’être l’assassin du préfet
Erignac, s’est déroulé devant un tribunal d’exception, une Cour
d’assises composée uniquement de magistrats professionnels nommés par
le pouvoir.
Bien qu’il n’intègre en son sein aucun jury populaire, ce tribunal très
spécial héritier direct de la cour de sûreté de l’Etat (abolie,
rappelons-le, par un ministre socialiste), est censé, paradoxalement,
rendre la justice au nom du peuple français.
Il a condamné en appel Yvan Colonna, citoyen français, à la réclusion à
perpétuité assortie d’une peine de sureté de 22 ans, la peine la plus
lourde de notre code pénal et "réservée" d’ordinaire aux tueurs en
série.
Cette sentence a été rendue sur la seule foi des accusations des
membres du commando ayant avoué avoir assassiné le préfet, puisqu’il
n’existe aucune preuve matérielle contre Colonna et que les dépositions
des témoins directs du crime l’innocentent.
Ce tribunal d’exception, qui n’a donc pas été capable de prouver les
responsabilités exactes de Colonna dans cette affaire lui a toutefois
attribué le rôle du tireur, et a condamné cet homme à la peine maximale
sur la base de son "intime conviction".
Pour bon nombre d’observateurs français et étrangers bon connaisseurs
du dossier (dont la Fédération internationale des Droits de l’Homme),
ce procès a été mené uniquement à charge contre l’accusé, le doute qui
doit bénéficier à tout citoyen de notre pays n’ayant à aucun instant
été pris en compte par cette cour de magistrats pour rendre sa sentence.
Le procès en appel, tout comme l’instruction, a été entaché de graves
atteintes au droit ainsi qu’au au déroulement serein de la justice. (…)
Sans parler de l’étrange refus d’une reconstitution, (pourtant réclamée
pour la troisième fois par l’accusé lui-même), du refus de
confrontation de ce dernier avec ses accusateurs, de l’absence
d’expertise balistique, etc. Toutes démarches pourtant très habituelles
dans un procès d’assises « ordinaire ».
Que l’on croie ou non à l’innocence du berger de Cargèse, force est de
constater pour les observateurs impartiaux que, dans ce procès,
l’article 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen qui
proclame que : « Toute personne accusée d’un acte délictueux est
présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement
établie au cours d’un procès public où toutes les garanties nécessaires
à sa défense lui auront été assurées. » a été largement bafoué.
Comment la justice française peut-elle affirmer, au nom du peuple
français, quelque chose qu’elle a été incapable d’établir ? Comment
l’avocat général, dans son réquisitoire, a-t-il pu affirmer de l’accusé
qu’il était « le tireur, l’exécuteur et le bourreau » ?
Les Verts relèvent « les nombreuses carences dans le dossier
d’instruction venant corroborer les remarques déjà émises par la FIDH
concernant les manques graves au respect des droits de la défense, et
réaffirment qu’en démocratie la raison d’Etat ne doit en aucun cas se
substituer à la Justice sous peine d’entraîner son discrédit ». (…)
Hormis une piteuse déclaration de François Hollande (1) (qui n’engage,
espérons-le, que lui - même), le silence du parti socialiste sur ce
procès est assourdissant.
Pas un commentaire. Pas un mot.
Ce Parti prétend pourtant qu’il « plonge ses racines dans la tradition
de l’humanisme et dans la philosophie des Lumières ». Et qu’il « fait
siennes les valeurs de Liberté, d’Egalité, de Fraternité, proclamées
par la Révolution Française. »
Il faut donc supposer qu’aujourd’hui le Parti socialiste, pourtant si
épris de justice sociale, s’est affranchi aujourd’hui de l’esprit des
Lumières, s’accommode fort bien des tribunaux d’exception - nommés par
le pouvoir - au pays des droits de l’homme, qu’il admet ce nouveau
fonctionnement des institutions françaises, qu’il n’a rien à redire sur
la remise en question de l’idée somme toute assez partagée selon
laquelle, dans une démocratie, la justice ne pourrait enfermer
quelqu’un à vie que si elle a la certitude - honnêtement acquise - du
geste accompli ou de la faute commise.
Enfin, depuis quand, en France, un accusé doit-il apporter la preuve de
son innocence, ainsi que l’a exigé l’accusation tout au long de ce
procès ?
Yvan Colonna, désigné autrefois par Sarkozy comme « l’assassin du
préfet Erignac » au mépris (déjà) de toute présomption d’innocence (2),
n’intéresse donc pas le parti qui fait sienne les valeurs de la
Liberté, de l’Egalité, de la Fraternité et de la Justice. (…)
Lorsque les tribunaux d’exception avancent, ce sont les droits les plus
élémentaires du citoyen qui reculent.
Patric Nottret
(1) L’ancien numéro un du PS, François Hollande, a jugé « moralement
inacceptable et politiquement intenable » une comparaison entre
l’affaire Dreyfus et le procès d’Yvan Colonna, comme l’ont fait les
défenseurs du berger corse. « Cette comparaison me choque. Dreyfus a
été condamné par une parodie de justice, un déni de justice », il a été
victime d’un « complot contre la vérité ».
(2) Pour mémoire, le public ignore souvent qu’auparavant, deux autres
hommes avaient été désignés comme étant les commanditaires du meurtre
d’Erignac : Jean Castela et Vincent Andriuzzi, deux enseignants,
avaient été condamnés par une même cour spéciale à trente ans de
réclusion criminelle pour avoir été reconnus (principalement par le
commissaire Marion et le juge Bruguière, principaux accusateurs de
Colonna), comme étant les "cerveaux" ayant commandité l’assassinat du
Préfet Erignac, et pour attentats.
A la veille de leur procès en appel, la Ligue des droits de l´homme
s´interrogeait déjà sur « les possibles conséquences d´un certain
nombre de dérives dans la justice qui hypothéquaient le droit à un
procès équitable et qui, par voie de conséquence, pouvaient faire
craindre une erreur judiciaire ».
Après avoir été maintenus en détention provisoire durant 7 ans, Jean
Castela et Vincent Andriuzzi ont été lavés de ces accusations et
relaxés après leur procès en appel.
Communiqué
de l'association "SALVEMU U RIZZANESE"
Les travaux sur le site du
barrage du Rizzanese en Corse du sud ont commencé depuis
quelques mois et vont, malheureusement, très vite.
Cantu di u fiumu,le 18
& 19 avril 2009
Le Rizzanese vous
invite à le découvrir, de sa source à son Rencontres,
rendez-vous, échanges, découvertes et actions . . . au fil de
la rivière.
Le Rizzanese sera
bientôt une rivière morte si nous la laissons disparaître en
silence.
I travaddi anant'à u
situ di u matrali di u Rizzanesi in Corsica di u suddu, ani
cuminciatu
qualchi mesi fà,e disgraziatamenti avanzani assai prestu.U 18
& 19 aprili, u Rizzanesi v'invita a scopralu d'à
so surghjent'à so
massedda. Scontri,
appuntamenti,azzioni...fiumu fiumu.
U Rizzanesi
sarà prestu un fiumu mortu si no u lachemu spariscia senza di
nienti.
Didier Wacogne, le
président très controversé de la cour d’assises
spéciales de Paris qui a jugé en appel Yvan Colonna, ne présidera plus
à l’avenir de session d’assises. En effet, il a été convoqué par le
premier président de la cour d’appel de Paris, Jean-Claude Magendie qui
lui a notifié sa décision en vertu d’un pouvoir discrétionnaire.
Yvan
Colonna se pourvoit en
cassation
Les avocats d'Yvan Colonna ont déposé lundi 30 mars
un pourvoi
en cassation
contre la condamnation vendredi par la cour d'assises d'appel de Paris
du berger de Cargèse à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie
d'une mesure de sûreté de 22 ans.
Ce pourvoi, déposé en milieu d'après-midi, vise
notamment le manque de partialité et l'absence de loyauté du président
de la cour d'assises d'appel, Didier Wacogne, a précisé Me Garbarini.
Le
silence et la démission
des journalistes
Sur le blog
de Jean-Michel Aphatie :
"Samedi, Libération a titré ainsi son papier, publié page 6:
« Yvan
Colonna: le procès tangue, pas le verdict. » Cette mise en
contradiction du procès et du verdict synthétise formidablement le
problème. Ce titre dit bien que le verdict est indépendant du procès.
Ce qui, dans une démocratie, n’est pas acceptable.
Curieusement, ce constat, partagé, est
demeuré sans
suites. Nulle
part dans la presse, un éditorial n’a posé la question, soulevé le
problème. Certains papiers, mais de manière très inégale, ont souligné
la partialité du président, donc l’orientation du cours de la justice.
Mais pas un commentaire sur ce sujet, dans la presse, donc encore moins
d’indignation. Le procès a été suivi de manière factuelle, et faut-il
le préciser, de manière très inégale, mais pas une plume ne s’est
consacrée à l’observation des principes."
On
pourrait en dire autant de la plupart des partis de gauche, prompts à
dénoncer les manquements aux Droits de l'Homme en dehors de l'Hexagone.
Seuls à ce jour les Verts et le NPA ont réagi...
Une
commission d'enquête
parlementaire ?
Jean-Guy Talamoni a déposé
à l'Assemblée de Corse une motion demandant la constitution d'une
commission d'enquête parlementaire sur "l'affaire Colonna et les
activités des juridictions spéciales dites "antiterroristes".
"De graves atteintes aux droits de la défense"
justifient
cette demande, a précisé Jean-Guy Talamoni.
"Malgré
les doutes que l'on peut nourrir sur la capacité des institutions
politico-judiciaires françaises à se remettre en cause, surtout
lorsqu'il s'agit du problème politique corse, il n'est sans doute pas
inintéressant de voir une telle commission enquêter sur les dérives des
juridictions dites "antiterroristes", a-t-il ajouté.
Manifestation à Ajaccio
C’est la réponse de la rue au verdict de la cour
d’assises.
Hier
après-midi, à Ajaccio (Corse-du-Sud), plusieurs milliers de
manifestants ont défilé pour dénoncer la condamnation d’Yvan Colonna.
Peu importe le chiffre exact, entre 4 000 selon la police et plus de 10
000 pour les organisateurs, cette manifestation a rempli son objectif :
montrer qu’une partie de la population corse soutient le berger
condamné, et pas seulement la mouvance nationaliste.
Le défilé s’est déroulé dans le calme et sous la pluie avec, au
premier rang du cortège, les proches de Colonna, son père et sa sœur
notamment, mais aussi des leaders politiques locaux comme Jean-Guy
Talamoni et Jean-Christophe Angelini. Edmond Simeoni a déclaré : "C'est
une honte dans un pays démocratique comme la France et notre
combat prend aujourd'hui une valeur symbolique", a-t-il dit. "Nous
devons tous nous dresser contre ce déni de justice. Ce n'est pas une
affaire entre les Corses et les Français. C'est une affaire de justice,
de démocratie et de droits de l'Homme qui nous concerne tous".
Procès
Colonna : "Un
fiasco"
Par Marie-Lys LUBRANO
Le JDD.fr
Reconnu coupable de l'assassinat du préfet Erignac, Yvan Colonna a été
condamné, vendredi soir, à la réclusion criminelle à perpétuité
assortie d'une peine de sûreté de vingt-deux ans. Une peine plus lourde
qu'en première instance, puisque c'est la peine maximale.
Pour le JDD.fr, Maître Gilles Simeoni, avocat de Colonna, réagit au
verdict et revient sur ce procès particulièrement agité.
A la fin du procès en
première instance, vous disiez que votre client, qui avait échappé à la
peine de sûreté, avait été condamné "au bénéfice du doute". Est-ce
encore le cas?
Là non, on n'est plus dans le bénéfice du doute. Avec ce procès en
appel, on était dans un train lancé sur les rails de la condamnation à
tout prix. Dans des conditions normales, il n'y aurait pas eu d'autres
issues que l'acquittement. Malheureusement ce que nous avions pressenti
est arrivé. La cour nous a démontré de façon délibérée, systématique et
même provocante, qu'elle n'était pas là pour arbitrer entre la thèse de
l'accusation et celle de la défense. Elle a refusé ne serait-ce que
d'envisager l'hypothèse de l'innocence d'Yvan Colonna. Sa seule
fonction et son seul objectif étaient d'arriver - au forceps si
nécessaire - à une condamnation, y compris au mépris de la vérité.
C'est ce qu'il s'est passé.
En première instance,
vous disiez dans votre plaidoirie que le procès s'était bien passé.
Cela n'a pas été le cas en appel?
On disait du procès en première instance qu'il avait présenté les
apparences de l'équité. Mais nous avions déjà bien compris, notamment
au travers de la reconstitution "croupion" qui avait été ordonnée -
c'est à dire un simple transport sur place - que la cour d'assises,
même en première instance, ne voulait pas aller au bout de la vérité.
Nous avions décidé d'exercer une défense classique parce que nous
n'avions rien à craindre du débat judiciaire, dès lors qu'il se tenait
dans des conditions normales. En appel, nous sommes encore venus jouer
le jeu judiciaire. Mais on nous a bien fait comprendre qu'il n'y avait
pas de place pour le débat et pour l'équité. Cette condamnation
intervient dans des conditions particulièrement scandaleuses.
Le "diktat" de Sarkozy
Yvan Colonna a écopé d'une peine plus lourde qu'en première instance,
comment l'interprétez vous ?
La cour d'assises a voulu se
venger de lui. Les juges n'ont pas accepté qu'il résiste à l'injustice.
Et cette condamnation n'est autre que la traduction juridique du diktat
énoncé contre lui, à l'époque de son arrestation, par le ministre de
l'Intérieur (Nicolas Sarkozy, ndlr), en violation totale de la
présomption d'innocence.
Ne regrettez-vous pas,
maintenant, de ne pas avoir plaidé?
Nous ne regrettons pas parce
que nos plaidoiries n'auraient eu aucune incidence. La cour avait
démontré qu'elle ne voulait pas aller vers la vérité, alors nous
n'avons pas eu d'autre choix que de quitter le procès.
Qu'auriez-vous pu dire de
plus si vous aviez plaidé?
Il y avait tout à dire... Mais de toute façon, si nous avions été
devant une cour d'assises fonctionnant normalement, il n'y aurait même
pas eu besoin de plaidoirie de la défense.
Vous allez vous pourvoir
en cassation. Mais l'absence de l'accusé
pendant les débats n'étant pas du fait de la cour, quels vices de
procédures allez-vous invoquer?
Nous avons plusieurs autres moyens. D'abord la rupture de l'égalité des
armes entre la défense et l'accusation: le témoignage de Didier Vinolas
était connu de l'accusation mais pas de nous. Ensuite, il y a des
écoutes téléphoniques effectuées pendant l'enquête qui nous ont été
cachées et la reconstitution précise des faits qui nous a été refusée.
Enfin, il y a les témoins qu'on a bombardés de questions avant même
qu'ils ne fassent leurs dépositions...
Toute cette affaire, y compris
sur le terrain juridique, est un véritable fiasco.
A
lire, une très intéressante étude de Daniel Arnaud :
Yvan Colonna a été condamné en
appel à la réclusion criminelle
à perpétuité avec une période de sûreté incompressible de 22 ans pour
l'assassinat du préfet de Corse Claude Erignac en 1998.
Lors d'une déclaration publique à Bastia, Edmond Simeoni a qualifié le
verdict de "terrible parce qu'il aggrave la peine du premier procès,
marquant ainsi la volonté délibérée, provocatrice, d'emmurer Yvan
Colonna vivant".
Une manifestation est prévue à Ajaccio samedi
à 15h00.
Edmond Simeoni a souligné "l'intention des nationalistes de manifester
dans le calme et la dignité, non pas pour protester seulement contre un
jugement inique, mais pour montrer aussi qu'il s'agit d'un problème
concernant le peuple français au nom duquel la justice est rendue".
"A chaque fois que les justices d'exception avancent, la démocratie
recule. Le combat continue! Nous irons en cassation, puis
éventuellement devant la juridiction européenne des droits de l'Homme".
Les avocats de la défense ont d'ores et
déjà annoncé leur intention de se pourvoir en cassation.
Communiqué
du comité de soutien à Yvan Colonna :
Madame, Monsieur, cari amichi,
Malgré la démonstration du caractère
exclusivement à charge de l´instruction et des
pressions scandaleuses éxercées par le pouvoir exécutif sur le pouvoir
judiciaire.
Malgré l´absence totale de preuves ou
d´indices matériels, et des dépositions de
témoins oculaires de la scène du crime, qui innocentent Yvan Colonna,
malgré les
témoignages non démentis, établissant l´impossibilité matérielle
qu´Yvan ait participé
aux faits qui lui sont reprochés.
Malgré la mise à jour de pratiques
policières dignes d´un État totalitaire (faux procès
verbaux, pressions sur les témoins, détournement de procédures,
disparition d´éléments
de preuves favorables à l´accusé).
Malgré le fait que le doute doive
profiter à l´accusé alors qu´il a été présent tout au long
d´un procès émaillé de zones d´ombres et d´incertitudes.
Malgré le fait que la conviction intime
du juge ne doive s´appliquer qu´en cas d´acquittement,
YVAN
COLONNA A ETE CONDAMNE
A LA RECLUSION CRIMINELLE A PERPETUITE
par une justice solidaire du pouvoir politique au titre
de la raison d´État et animée d´un esprit de vengeance.
En
fait, les audiences «équitables» dans leur forme ont dissimulé le poids
de la raison d´État.
Appel
a aussitôt été formé contre cette décision.
Yvan
reste présumé innocent.
Le
comité de soutien fort à ce jour de plus
de 48 000 signatures, continue et accentue son
combat, y compris sur le plan européen, pour que soit enfin reconnue
l´innocence
d´Yvan Colonna à la prochaine échéance judiciaire en appel.
Au
delà du cas d´Yvan, c´est aussi une
exigence de démocratie et d´indépendance
de la justice face au pouvoir politique et à la raison d´État que nous
revendiquons.
http://www.yvan-colonna.com/
Sept
semaines de
procès dans une
ambiance délétère
Un article édifiant du Figaro
sous la plume de Stéphane Durand-Souffland, dont il faut
souligner l'objectivité et la pertinence tout au long de ce
procès.
27/03/2009
La tension entre la cour
et les défenseurs de l'accusé n'a cessé de
croître au fil des audiences.
Un rendez-vous de Me Pascal Garbarini chez son dentiste a sans doute
précipité le départ d'Yvan Colonna et de sa défense. Mais le procès du
berger de Cargèse avait déjà failli s'arrêter, à peine commencé. Voici
pourquoi.
Me Garbarini, donc, avait prévenu le président Wacogne qu'il serait
légèrement en retard le 10 mars au matin de fait, l'avocat de la
défense arrive peu après 10 heures. Le soir de ce 10 mars, Me Lemaire,
principal conseil de la partie civile, demande que soient projetées des
photos prises en 2007, lors d'un transport de la première cour
d'assises sur les lieux du crime. Il est déjà 19 h 40 et la défense
charge Me Garbarini qui, contrairement à Me Sollacaro, n'a jamais tenu
de propos désobligeants à l'encontre des juges, d'aller solliciter un
report de ce visionnage au lendemain, arguant de la fatigue générale.
L'avocat se rend dans la chambre du conseil, où les dix magistrats
(neuf titulaires et un suppléant) de la cour spécialement composée
discutent à bâtons rompus.
Reconstitution refusée
Alors qu'il plaide la lassitude, un assesseur rétorque sèchement :
«Vous ne devez pas être si fatigué que ça, puisque vous êtes arrivé à
10 h 30 ce matin». L'une de ses collègues renchérit : «Nous ne sommes
pas à la botte d'Yvan Colonna». Le président n'intervient pas. Un
magistrat, témoin de la scène, en a confirmé le déroulement au Figaro,
ironisant : «Reprocher à un avocat d'être en retard alors que le
président n'a jamais repris l'audience à l'heure…»
Le report est accepté, mais les cinq avocats concluent que l'hostilité
est telle à leur égard que certains assesseurs ne font même plus
l'effort de la masquer : ils décident de claquer la porte au premier
incident. Pourtant, jusque-là, ils étaient partagés sur cette
stratégie, certains restant partisans du combat judiciaire traditionnel.
Le prétexte leur sera fourni le 11 mars, avec le refus prononcé par la
cour d'organiser une reconstitution. Ce déplacement, bien que lourd à
organiser et à l'intérêt aléatoire, avait été envisagé par le ministère
de la Justice et inscrit au budget dès avant le procès. Un week-end
avait été bloqué, dont la date était connue de la presse. Lors d'une
réunion stratégique tenue le 9 mars au soir en présence de plusieurs
conseillers ministériels, et où «toutes les options ont été envisagées»
selon l'un des participants, il avait cependant été décidé que le
ministère public se prononcerait contre la reconstitution :
l'atmosphère des débats s'était par trop dégradée pour donner
l'impression de faire une concession à la défense «qui a dépassé les
bornes». Mais l'on espérait que la cour non représentée à ce comité,
reporterait sa décision de quelques jours. Le «niet» ferme et définitif
a donc surpris, et provoqué le clash. Il est plus que probable que si
la décision avait été autre, Yvan Colonna n'aurait pas quitté le box,
du moins pas ce jour-là.
Ouvert le 9 février, le procès était parti sur de mauvaises bases. Le
13, Didier Vinolas était venu témoigner. L'effet qu'ont produit ses
«révélations» a été dévastateur : les débats ont failli ne pas
reprendre le lundi 16. Car le 14, le palais de justice est en
effervescence. Selon nos informations, le président avait «égaré» la
note déposée fin décembre par M. Vinolas au parquet général, que
celui-ci lui a transmise un mois plus tard. Si la défense demande à
voir ce «soit transmis» et qu'il a disparu, c'en est fini. «Les avocats
généraux vont pouvoir garder leur réquisitoire au chaud pour l'année
prochaine», soupire un membre bien informé du parquet général.
Sollicité le 14 février par Le Figaro, M. Wacogne n'a pas souhaité
donner suite.
Guerre de procédure
Le 15, l'optimisme revient modestement : «Nous avons l'espoir
raisonnable que le procès se poursuive», confie un magistrat, en
croisant les doigts. Le lundi, à la reprise des débats (avec 25 minutes
de retard), le président verse la lettre de M. Vinolas dont il avait
été destinataire par ailleurs. Dans un climat délétère, la défense
exige de voir le soit-transmis. «C'est la même chose», avance le
président. Ce que confirme du bout des lèvres un avocat général. Mais
le flottement, évident à cet instant entre le siège et le parquet,
n'échappe à personne.
Me Garbarini : «Pourquoi n'avez-vous pas ce soit-transmis ?»
Le président : «Je n'apporte pas tout à l'audience. Il est dans mon
bureau…»
L'audience est suspendue à 11 h 40. Elle doit reprendre à midi. À 12 h
20, la cour réapparaît. Le président verse le soit-transmis. Le procès
reprend. Mais le compte-à-rebours est enclenché.
Histoires de drapeaux...
Concert de Canta U Populu Corsu à Paris : Sarko n’aime pas
les drapeaux.
Venneri sera, u 20 di marzu, simu
andati, in famiglia, à l’Olympia à vede Canta u Populu Corsu. Cù
noi, aviamu trè bandere. Duie bandere corse ; una grande è una
chjuca per u figliulinu. A terza ghjera a bandera di u Ribellu.
A
Minnanna chì vuglia entre di bon’ora, cù un’amica, ùn hè micca passata
cù e so trè bandere. Ùn
eranu micca i bastoni chì incumundavanu u primu
« vigile », era a bandera di u Ribellu. È stu « vigile »
l’hà dettu à Minnanna : « Ici, madame on ne fait pas
de politique. Vous devez me donner votre drapeau. Vous le reprendrez en
sortant .»
A Minnanna hè surtita, in zerga, senza dà a
so bandera, dicendu à u
« vigile » :
« Indè noi, quessu ùn s’hè mai
vistu di cappià una bandera à
un furesteru.» .U nostru Ribellu ghjè un’amica chì l’hà
piattatu è simu entrati. Eiu,
per passà cù u figliolinu, è e nostre duie bandere corse, avemu
piantatu quattre volte.
Quattru
« vigile » è quattre volte à
parlamintà. Quattre discussione per annarbà a ghjente, è pò aghju dettu
« eiu passsu avà ». È simu tutti passati, quantunque
cù e nostre bandere corse.
Quandu
Canta u Populu Corsu hà cuminciatu à ripiglià e so canzone di lotte,
aghju surtitu a bandera di nostru Ribellu. Subbitu un antru
« vigile » hè venutu à cercami. È chì
vulia ? A bandera ben intesu. Sò surtitu di a seria di sedione
è mi sò avvicinatu di u « vigile ». Ma invece di dà a
bandera à st’omu, sò andatu versu a scena è aghju lampatu a bandera à i
nostri cantadori. È ghjè cusì ch’avemu vistu dui
cantadori chì, cantendu, hanu
purtatu a nostra bandera.
Un
antru fattu di sta serata. Certi sò stati obligati, per entre, di
caccià u « tee shirt » di sustegnu
à Yvan Colonna. È l’avemu amparatu
da Ceccè Buteau, chì ci hà dettu :
« Sò e RG chì, in sta serata, hanu datu e cunsigne à
l’Olympia ». Ben intensu, i nostri paisani hanu surtitu
torna i so « tee shirt »
Ciò
chì face piacè puru, ghjè, chì i nostri
« vigile » cunnoscenu a nostra lingua è hanu amparatu
qualche parolle corse : - Libertà per Yvan Colonna - è
- A populu fattu bisognu à marchjà.
Dans
la série Sarko n’aime pas les drapeaux, le Journal du Dimanche daté du
22 mars 2009 dans un article intitulé : Otan : la
police fait le ménage à Strasbourg , a écrit :
« À quelques jours du
sommet de l’Otan des 3 et 4 avril, la police a obligé plusieurs
Strasbourgeois à
retirer de leurs fenêtres ou balcons le drapeau de paix aux couleurs
arc-en-ciel avec la mention « No to
Nato » (Non à l’Otan) . »
François
Dominici – Choisy le Roi – le 24 03 2009
Source
photo : Unità Naziunale, Archives du site.
Source info : Unità Naziunale
Voici donc les drapeaux interdits :
La
France de Sarkozy n'est certes pas le Chili de Pinochet, mais ces
restrictions aux libertés publiques ont de quoi inquiéter tout
démocrate, de même que les dérives de la justice
"antiterroriste" : procès Colonna, affaire de Tarnac (voir l'article
du Monde
sur ce sujet)...
Colonna: appel à manifester samedi
Le comité de soutien à Yvan Colonna appelle à manifester
samedi à 15 heures à Ajaccio "pour témoigner du refus d'accepter un
verdict inique", dans un communiqué.
"La démarche de mobilisation se poursuivra afin qu'Yvan bénéficie d'un
procès équitable", poursuit le texte, qui appelle "tous les démocrates
à y participer".
Le verdict de la cour d'assises spéciale de Paris, qui rejuge depuis le
9 février Yvan Colonna, est attendu vendredi.
5 questions autour de l’affaire
Colonna
Le verdict dans le procès en appel d’Yvan Colonna devrait être prononcé
vendredi prochain. A quelques jours de l’échéance, un point rapide sur
l’essentiel du dossier.
Quelles charges pèsent au
juste sur Yvan Colonna ?
Uniquement les mises en cause initiales des membres du commando qui a
assassiné Claude Erignac le 6 février 1998, à Ajaccio. Les autres
éléments du dossier (dont certains n’ont tout bonnement pas été pris en
compte par une instruction menée exclusivement à charge) sont à
décharge : l’analyse balistique qui conclut à un tireur de grande
taille, les témoins oculaires qui ne reconnaissent pas Yvan Colonna,
les écoutes téléphoniques qui n’indiquent rien de suspect, les
rétractations des membres du commando, les contradictions dans leurs
premières déclarations. C’est pourquoi la Fédération internationale des
droits de l’homme (FIDH), dans le rapport qu’elle a rendu après le
procès de 2007, a dénoncé la faiblesse d’une accusation ayant conduit à
une perpétuité.
Pourquoi ses "amis"
l’auraient-ils désigné à tort ?
Pour minimiser leur rôle dans l’assassinat ; pour couvrir d’autres
personnes ; parce que le nom d’Yvan Colonna leur aurait été "suggéré"
par les enquêteurs. Il ne s’agit-là que d’hypothèses, mais leur simple
formulation doit nous rappeler qu’il y a une place pour le doute. Dans
d’autres affaires (Dominique Baudis, Patrick Dils...), des aveux
circonstanciés ont conduit à accuser des individus finalement mis hors
de cause. Lors de l’audience du 9 mars 2009, Pierre Alessandri a en
outre lâché : « Effectivement, j’ai des reproches à faire à Yvan. Quand
j’ai décidé de franchir le pas de la violence clandestine, j’ai espéré
qu’il ferait partie de notre groupe. Ce que je lui reproche, c’est ça :
d’avoir laissé Didier Maranelli et Martin Ottaviani monter au charbon
alors que c’est lui qui aurait dû le faire, pour être cohérent avec son
discours. » Aussi pourrions-nous imaginer le choix d’un bouc-émissaire
(ou d’un leurre) qui s’expliquerait par un ressentiment : à l’encontre
d’un "ami" qui partage les mêmes idées, et qui ne veut pas pour autant
aller les défendre par l’action violente ou le meurtre. Depuis Dantès
envoyé au château d’If par Morcerf et Danglars, on sait qu’avec
certains "amis"... on n’a plus besoin d’ennemis. Combien de turpitudes
humaines, trop humaines, font les grandes affaires qui marquent
l’Histoire ?
Pourquoi la cavale ?
C’est l’un des arguments (sans valeur légale) qui revient souvent chez
les commentateurs : on ne fuit pas la Justice lorsqu’on est innocent.
S’ils lisaient le rapport de la FIDH de 1998 concernant les pratiques
de la Division nationale anti-terroriste (DNAT), notamment en Corse,
ils seraient probablement moins affirmatifs. Tous les abus révélés au
grand jour à l’occasion du procès en appel se trouvent dénoncés depuis
plus de dix ans dans les dizaines de pages de France : la porte ouverte
à l’arbitraire : les instructions à charge, les pressions sur les
témoins, les détentions "préventives" qui s’éternisent, les
"femmes-otages" qu’on utilise pour faire avouer n’importe quoi en garde
à vue, les multiples atteintes aux droits de la défense.
Je m’étonne à
cet égard du silence de la gauche, et plus particulièrement des
mouvements altermondialistes ou d’extrême-gauche. Ces derniers,
effectivement, sont toujours prêts à scander "Sarko=facho", à
vilipender la guerre des Etats-Unis contre le "terrorisme" ou à
s’émouvoir du sort des prisonniers de Guantanamo. Alors même que,
toutes proportions gardées, les atteintes aux libertés individuelles et
les dérives qui peuvent survenir au nom de la lutte contre le
"terrorisme" existent en France depuis bien avant le 11 septembre 2001.
Au lendemain du 6 février 1998, de nombreux insulaires, qui n’avaient
rien à voir de près ou de loin avec l’affaire Erignac, sont passés dans
les geôles de la DNAT ; certains ont fait des mois, voire des années de
"préventive", avant d’être libérés. J’attends toujours que les bonnes
âmes qui ont récemment appelé à une manifestation de solidarité avec la
Guadeloupe daignent se pencher sur ce qui est en train de se passer à
la cour d’assises spéciale de Paris.
Pourquoi l’Etat aurait-il
intérêt à faire condamner un innocent ?
Parce
que les institutions, pour assurer leur crédibilité, peinent à
reconnaître leurs erreurs et ont besoin de sauver les apparences ;
quitte à sacrifier un individu. Or, les enquêteurs de la DNAT, les
magistrats de l’institution judiciaire ainsi que deux ministres de
l’Intérieur (Jean-Pierre Chevènement puis Nicolas Sarkozy), au mépris
de la présomption d’innocence, ont désigné Yvan Colonna comme étant
l’assassin du préfet Erignac. Revenir en arrière équivaudrait pour eux
à un camouflet. Pour l’institution médiatique également, qui a
massivement relayé le postulat de la culpabilité. Condamner Yvan
Colonna, qu’il soit coupable ou innocent, permettrait en outre à
l’appareil d’Etat d’entériner l’affront du 6 février 1998 en affirmant
qu’on ne défie pas impunément le pouvoir. Il s’agirait alors d’un rite
symbolique et expiatoire.
Peut-on rapprocher cette
affaire de l’affaire Dreyfus ?
Oui.
Le spectre de la raison d’Etat n’est pas sans rappeler les mots de
Maurras au sujet de Dreyfus : "Qu’importe qu’il soit coupable ou
innocent ? L’intérêt de la Nation commande qu’il soit condamné !"
L’affaire Dreyfus s’est par ailleurs déroulée sur fond d’antisémitisme.
Or, lorsque Le Canard enchaîné titre Encore un procès bien corsé, ce
n’est finalement pas très éloigné de quelque chose qui ressemblerait à
Encore une histoire juive. Il y a un racisme anti-Corse, c’est-à-dire
une manière d’attribuer à toute une population un ensemble de
stéréotypes ou de travers. J’ai pu lire certains commentaires qui
disaient en substance : "Si ce n’est pas lui [Yvan Colonna], de toute
façon c’est un autre, ils [les Corses] n’ont qu’à se décider à parler."
Comme si la Corse entière était collectivement coupable de l’assassinat
du préfet Erignac. Comme si chaque insulaire était au courant (et
complice, bien sûr) des agissements de tous les autres. Lorsqu’un crime
a lieu à Paris, demande-t-on à chaque Parisien de se justifier et
d’assumer l’acte du criminel ?
Daniel Arnaud, philosophe et écrivain
Publié sur AgoraVox
Soirée de soutien à Yvan
Colonna
Le samedi 21 mars 2009, à partir de 19 h
Sous le marché couvert d'Ile Rousse
Avec A Filetta, Meridianu et l'Alba. Voir en page "agenda".
Les
doutes d'un
citoyen...
Un très beau texte d'Yves Duteil :
Horrifié par l'assassinat de Claude Erignac, je partage la douleur des
siens et la révolte face à cette tragédie. mais sa mémoire ne saurait
se satisfaire de la condamnation d'un coupable de circonstance, s'il se
trouvait qu'il soit innocent.
Or, jour après jour, la procédure, d'escamotages en omissions, laisse
apparaître la construction d'une vérité sur mesures, fondée sur une
seule hypothèse et refusant d'explorer les pistes qui risqueraient de
la remettre en cause. Peu à peu le procès devient l'Affaire Colonna.
L'absence de preuve
matérielle, l'expertise balistique qui le disqualifie dans le rôle du
tireur, les témoins directs qui ne le reconnaissent pas, la
rétractation de tous ceux qui l'avaient mis en cause, le doute sur les
conditions dans lesquelles leurs aveux avaient été obtenus et leurs
révélations sur la présence d'autres participants à l'opération...
Tous ces éléments accumulés éclairent d'un jour nouveau le refus de la
reconstitution, les documents soustraits à la défense, les erreurs
d'interprétation des données téléphoniques lors du premier procès,
l'apparition du nom d'Yvan Colonna dans la procédure 6 mois avant
l'arrestation du commando, les écoutes téléphoniques dont la
transcription ne figure pas au dossier...
A l'inverse du but recherché, un faisceau d'éléments convergents rend
de plus en plus crédible l'hypothèse de son innocence et révèle en
filigrane le parti pris de l'accusation, qui semble redouter
l'expression de la vérité, même au prix de l'inacceptable, de
l'inéquitable.
Le doute fait son chemin dans le prétoire, le malaise atteint
l'opinion, les observateurs attentifs. Un verdict de culpabilité
paraîtrait aussi peu étayé qu'un château de cartes. Une condamnation "à
moitié" signerait l'embarras de la Cour devant cette gêne omniprésente.
Le calvaire de la famille Erignac, si digne et douloureuse, pourrait-il
être apaisé, dans ce contexte partial, par l'enfermement à perpétuité
d'un innocent plausible, désigné depuis le début comme présumé coupable
?
Yves Duteil
Le père d'Yvan Colonna
refuse de venir devant la cour d'assises
PARIS, 20 mars 2009 (AFP) - Le père d’Yvan
Colonna a refusé de
venir témoigner vendredi devant la cour d’assises spéciale de Paris,
rejugeant son fils pour l’assassinat du préfet Claude Erignac, écrivant
dans un fax qu’il ne voulait pas "cautionner" un débat où "l’esprit de
vengeance remplace l’exigence de la vérité".
Jean-Hugues
Colonna a adressé vendredi matin une télécopie au greffe de la cour
d’assises où il expliquait qu’il ne serait pas présent "au motif d’une
hospitalisation d’urgence à Marseille". "Quoiqu’il en soit, je ne
serais pas venu devant une cour spécialement composée pour condamner et
cautionner par ma présence un débat dans lequel l’esprit de vengeance
remplace l’exigence de la vérité", a ajouté M. Colonna père.
Il
a confirmé dans ce fax que le soir de l’assassinat du préfet Claude
Erignac, le 6 février 1998 à 21H00 à Ajaccio, il était "de 19H30 à 20H
environ en compagnie de (son) fils Yvan chez (sa) mère" à Cargèse
(Corse-du-Sud), ce qui rendait impossible la présence de l’accusé sur
les lieux de l’assassinat.
L’avocat général Christophe
Teissier a estimé que ce fax ne faisait que "confirmer le mépris
affiché et voulu depuis le début de l’affaire" par Yvan Colonna.
Un mépris partagé par de plus en plus d'observateurs...
"Le
don d'ubiquité de Colonna
n'émeut pas les assises"
Tel est le titre de l'article de Stéphane
Durand-Souffland dans Le
Figaro du 18
mars dont voici quelques extraits :
Deux témoins, dont Jeanne Ferrandi, affirment avoir vu Yvan Colonna
dans
deux endroits différents le lendemain du crime. En l'absence de
l'accusé et de sa défense, les contradictions entre témoins ne sont pas
relevées à l'audience. (...)
Arrêtée avec son ami en mai 1999, Valérie Dupuis, l'ex-compagne de
Didier Maranelli, avait introduit le nom
d'Yvan Colonna dans la procédure. (...)
À la fois franche et prudente, Mme Dupuis, qui a refait sa vie,
explique d'emblée qu'elle peut « dire des choses sur Didier Maranelli
mais rien sur Yvan. Je ne voudrais pas l'enfoncer parce que je
ne sais
rien de cette histoire. On ne sait pas aujourd'hui s'il est innocent ou
coupable, et je ne peux pas dire si le fait qu'il soit venu chez moi, à
Cargèse, a un rapport ou pas avec ce procès ».
« Je l'ai vu une seule
fois à la maison, c'était après les événements », rappelle-t-elle.
Invitée par le président à
préciser la date de ce conciliabule apparemment très bref entre MM.
Colonna et Maranelli, le témoin n'hésite pas : «Le 7 février, entre 9
heures et 10 heures du matin ».
Comme la défense boycotte l'audience, personne ne pose à Mme Dupuis les
seules
questions qui vaillent. Nul ne lui rappelle que Didier Maranelli, à
cette barre, a déclaré le 6 mars dernier qu'Yvan Colonna n'était jamais
venu à son domicile et qu'en tout état de cause, le 7 février 1998, il
se trouvait non pas à Cargèse mais chez ses parents, à Cristinacce.
Pas
une voix ne pointe une faiblesse du dossier : selon la version soutenue
par l'accusation, Yvan Colonna se trouvait, ce 7 février au matin, à
Ajaccio, chez Alain Ferrandi, comme en attestent l'épouse de celui-ci
et celle de Pierre Alessandri. Une lecture linéaire du
dossier permet
donc de démontrer que l'accusé - qui fut le premier à s'en étonner
après son arrestation - jouissait d'un prodigieux don d'ubiquité, se
trouvant simultanément en deux endroits distants d'une cinquantaine de
kilomètres.
On en vient à se demander s'il n'aurait pas mieux valu lancer
immédiatement les plaidoiries des parties civiles et le réquisitoire,
plutôt que de faire mine de s'intéresser à des dépositions qui, en
l'absence de débat contradictoire, n'ont pour ainsi dire aucun sens.
« Un procès sans défense, ce n'est rien d'autre que la validation
faussement critique d'une thèse écrite à l'instruction, avec l'alibi
tendancieux d'une oralité unijambiste. Il est plus que temps d'en finir
avec cet appel mort-né », conclut le journaliste.
Combien
d'hommes dans le commando ?
Est-ce
un tournant dans le procès ? La juge Laurence LeVert a été, avec
Jean-Louis Bruguière, l’un des trois juges d’instruction chargés du
dossier.
Mercredi 18 mars, Laurence LeVert a admis qu’il n’y
avait que deux hommes sur les lieux de l’assassinat du préfet Erignac,
et non pas trois comme elle le soutenait avec l’acte d’accusation.
Voici
Yvan Colonna, censé être le troisième homme du commando,exclu
de la
scène du crime. Du coup la construction bâtie par le parquet
s’effondre.
Autre
déposition intéressante, celle du juge Gilbert Thiel qui a
expliqué
pendant trois heures les "complots" qu’il a dû affronter au cours de
cette enquête hors norme :
Le complot des nationalistes,
le complot des assassins, le complot des gendarmes de la Section de
recherche d’Ajaccio, le complot de la PJ d’Ajaccio, obsédée par la «
piste agricole », les complots ourdis par le préfet Bonnet et par le
patron de la DNAT, Roger Marion.
Et Thiel rappelle avec
insistance la profession de foi de l’accusé, le 23 juin 2003, lors de
leur premier entretien après son arrestation : « Je vous
affirme que je
ne fais plus partie du groupe des anonymes, que je n’ai pas tué le
préfet Erignac. Je sais qu’il était votre ami, je vous le dis les yeux
dans les yeux. »
Depuis, Yvan Colonna ne s’est jamais départi de cette position...
Les
avocats d'Yvan Colonna portent plainte
17/03/2009
Mes
Gilles Simeoni, Antoine Sollacaro, Pascal Garbarini, et Patrick
Maisonneuve ont déposé plainte auprès du procureur de Paris contre les
juges antiterroristes Jean-Louis Bruguière, Laurence Le Vert et Gilbert
Thiel. Visant l'article 434 du code pénal, ils accusent les magistrats
de «destruction, soustraction, recel ou altération d'un document public
ou privé de nature à faciliter la découverte d'un crime ou d'un délit,
la recherche des preuves ou la condamnation des coupables». La peine
encourue par les intéressés, du fait de leur fonction, est de cinq ans
de prison et 75 000 d'amende.
Les avocats de M. Colonna
reprochent aux juges d'instruction co-saisis de l'enquête sur l'attaque
de la gendarmerie de Pietrosella (6 septembre 1997) et de l'assassinat
du préfet Erignac (6 février 1998) dossiers distincts qui ont été
joints par le président de la première cour d'assises, d'avoir
délibérément écarté des écoutes téléphoniques judiciaires de la
procédure. Ces écoutes réalisées entre décembre 1998 et mai 1999 ont,
notamment, surpris des conversations entre Alain Ferrandi et
la
famille Colonna.
Ce n'est que sur la retranscription
des auditions réalisées par une commission d'enquête parlementaire sur
la Corse mise en place en 1999 après «l'affaire des paillotes»
que
les avocats ont trouvé trace de ces écoutes.
Pour la
défense, ces éléments ont été sciemment occultés parce qu'ils sont à
décharge. Le 5 mars, les avocats ont demandé au président Didier
Wacogne de verser les pièces manquantes au dossier. Cela n'a
été fait que le 12, au lendemain du départ de l'accusé et de
ses
avocats...
Intervention
d'Edmond Simeoni devant l'Assemblée de Corse
Le
procès Colonna a été évoqué à l’Assemblée de Corse : dans une motion
présentée le 16 mars par Edmond Simeoni au nom du PNC-Chjama (et
rejetée sans débat par l'Assemblée) , il a été demandé au
Garde
des Sceaux de "mettre tout en œuvre pour que le procès en appel d’Yvan
Colonna bénéficie de toutes les garanties quant à l’application du
droit à l’équité judiciaire conformément à l’article 6 de la convention
européenne des droits de l’homme et de veiller au respect le plus
strict des fondements et des grands principes de la justice."
11/03/09
"Le
jeu judiciaire est truqué" selon Me Garbarini
Interview d'un des avocats d'Yvan Colonna publiée dans "Le Nouvel
Observateur".
La décision d'Yvan
Colonna de quitter le procès a pu être jugée comme une "fuite", un
"aveu" de sa culpabilité…
- La décision d'Yvan Colonna a été provoquée par la déloyauté de la
cour d'assises. Il n'avait aucun intérêt à quitter le procès, mais il
refuse de jouer le jeu judiciaire car il est truqué. Il ne veut pas
participer à une truquerie. Les droits de la défense sont violés de
manière flagrante alors qu'il encourt la peine maximale. Il n'avait pas
d'autre choix que de quitter le procès.
Quand la cour d'assises respectera les principes érigés par le code
pénal, les peines vont être prononcées et les accusés resteront.
Quitter le procès est un droit pour l'accusé et c'est un devoir pour
ses avocats de le suivre.
Ne craignez-vous pas que
les nombreux coups d'éclats de la défense finissent par lasser jusqu'à
l'opinion publique et finalement nuisent à votre ancien client ?
- C'est l'inverse ! L'opinion publique s'est posé la question suivante
lors du premier procès Colonna : "Sera-t-il condamné à la réclusion
criminelle à perpétuité ou moins?", tellement son statut de coupable
avait été présenté. Lorsque le procès s'est fini, le 14 décembre 2007,
l'opinion a pensé : "Cet homme a été condamné au bénéfice du doute".
Aujourd'hui pour le public, ce procès est une mascarade, inacceptable
dans notre démocratie, car il y a déloyauté et partialité. L'opinion
publique est scandalisée, elle se dit que l'on est en train de
fabriquer un coupable.
Est-il encore possible
d'assister à un procès qui se déroulerait dans de bonnes conditions?
- Comme vous le savez, il y aura un troisième procès lorsque la Cour de
cassation et la Cour européenne des droits de l'homme seront saisis. La
France va être condamnée et il y aura un nouveau procès. Pour qu'il n'y
ait pas d'incidents, il faudrait que les magistrats et le président de
la cour d'assises respectent ses prérogatives et ses fonctions. Qu'ils
soient indépendants et ne se conforment pas au statut de coupable livré
par l'accusation. Et enfin, qu'ils soient respectueux des droits de la
défense.
Au premier procès, présidé par Dominique Coujard, Yvan Colonna a été
condamné et cela n'avait provoqué aucun incident. Lorsqu'un président
est loyal, le procès de la cour d'assises peut aller à son terme.
Interview de Me Pascal Garbarini par Marine Thomas
Les
bizarreries d'un procès atypique
Fin décembre 2008, Didier Vinolas, ex-secrétaire général de la
préfecture de la Région
Corse et, à ce titre, proche collaborateur de Claude Erignac, écrit au
parquet général. Ce n'est que fin janvier 2009, à
onze jours de l'ouverture des débats, que ce courrier est transmis au
président Wacogne qui en reçoit par ailleurs un double
de M. Vinolas, sans diffuser l'information, alors que celle-ci aurait
dû être portée
à la connaissance de la défense et de la partie civile...
Le 24
février on apprend qu'un policier, témoin capital de l'affaire, a
envoyé un certificat médical
au président, annonçant qu'il n'est pas en état de déposer.
Vérification faite, il apparaît que le certificat est du 4 février, le
courrier du 6 et qu'il a été réceptionné par le greffe des
assises le 9 février, jour de l'ouverture des débats... Deux
"cachoteries" pour le moins bizarres ...
Le
comportement du président est jugé "étrange" par nombre d'observateurs
: tantôt il interroge longuement un témoin qui
n'a manifestement rien à dire, tantôt il ne pose aucune question
précise à la jeune
femme qui a dévisagé le tueur. Lorsqu'il interroge Pierre
Alessandri, il lui coupe l aparole sans arrêt lorsque
ce membre
important du commando vient proposer un scénario
inédit de l'assassinat du préfet, impliquant d'autres individus - qu'il
refuse d'identifier - toujours en liberté. Et quand Alessandri déclare
: «J'ai des reproches
à faire à Yvan. Quand j'ai décidé de franchir le pas de la violence
clandestine, j'ai espéré qu'il ferait partie de notre groupe. Ce que je
lui reproche, c'est ça: d'avoir laissé Didier Maranelli et Martin
Ottaviani monter au charbon alors que
c'est lui qui aurait dû le faire, pour être cohérent avec son
discours.», déclarations capitales pour la compréhension des faits, le
président ne demande rien à Alessandri !
Yvan Colonna était-il au courant des projets des « anonymes »
? A-t-il abandonné ses amis au dernier moment, ou
avant, ou après ? Le saura-t-on un jour ?
Alors
que tous les témoins oculaires innocentent Yvan Colonna, qu'aucune
preuve matérielle n'a été apportée contre Yvan Colonna, la cour refuse
d'organiser une reconstitution. Comment la manifestation de la vérité
pourrait-elle intervenir ? Le doute ne doit-il pas profiter à l'accusé ?
Yvan
Colonna et ses avocats quittent le procès
Après
avoir visionné dans la matinée les photos prises en 2007 lors d'un
transport sur les lieux du crime au premier procès, la cour a repoussé
la demande de reconstitution demandée une nouvelle fois par la défense.
Les
avocats de l'accusé s'appuyaient notamment sur les dépositions de trois
des membres du commando déjà condamnés, qui ont livré un nouveau
scénario du crime et affirmé que d'autres hommes jamais arrêtés y
avaient participé.
La défense voulait donc que soient convoqués
les témoins oculaires, qui disent pour la plupart ne pas reconnaître
Colonna, les experts et les membres du commando (Didier Maranelli et
Pierre Alessandri avaient accepté de venir.)
La cour a
estimé qu'il serait "sans objet et inutile" de faire une
reconstitution, « aucun élément précis n'étant fourni à l'appui des
affirmations faisant état de la présence d'autres membres du groupe
encore inconnus. »
A cet instant, Yvan Colonna se lève
dans son box et déclare : «Je n'accepte pas cette décision. La
reconstitution est primordiale et importantissime. Mais vu que pour
vous, Pierre Alessandri ment tout le temps, il n’y a qu'un moment où il
ne ment pas, c'est quand il m'accuse d'être l'assassin. Dans ce cas, il
y a trois hommes, Pierre Alessandri, Alain Ferrandi et moi... Tous les
témoins oculaires disent qu'il n'y a que deux hommes. Même le préfet
Marion dit qu'il y a deux hommes autour du préfet. Mais vous ne voulez
pas car ça va invalider sur le terrain le scénario mis en place. Je
vois bien que quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse, on n'avance pas, on
balaye tout d'un revers de main, ça ne sert à rien (...) Le commando
ment, sauf quand c'est pour m'accuser moi. Si vous vouliez la vérité,
vous devriez aller sur place, mais vous ne voulez pas parce que ça vous
gène. Quant à ce procès, depuis le début, j'ai une très grande
défiance. Alors j'ai décidé de quitter ce procès, je demande à mes
avocats de partir, je les récuse. Je veux partir et descendre à la
souricière où ça sent la pisse...
Si vous voulez me condamner au
nom de la raison d'Etat pour faire plaisir à la famille Erignac, à
Marion, Le Vert, Bruguière et Thiel et tous ces salauds, ce
sera
sans moi. Je suis innocent. Moi je m'en vais, je suis innocent »,
a-t-il ajouté, sous les applaudissements d’une partie du public.
Ses cinq avocats ont indiqué qu'ils le suivaient dans son refus de
participer au procès.
Aussitôt,
le président commet d'office les avocats que l'accusé vient de récuser.
Mais ceux-ci refusent de continuer à le défendre dans ce prétoire,
quitte à «assumer le fait d'être poursuivi» comme le dit Me
Maisonneuve. « Je ne suis plus l'avocat d'Yvan Colonna » Me Sollacaro
ne veut pas «servir de potiche pour une décision prise d'avance». Son
collègue Gilles Siméoni déclare : «Je suis fier d'avoir été l'avocat
d'Yvan Colonna et je suis fier qu'il me demande de ne pas l'accompagner
au son des fifres et des tambours vers une condamnation à la prison à
vie. Je ne serai pas le commis de cette cour, je ne serai pas un alibi
judiciaire». Me Garbarini enchaîne : «Nous refusons d'être des alibis
judiciaires.»
Le président Wacogne annonce : «La cour va
saisir le bâtonnier.» Me Sollacaro répond : «Vous pouvez saisir le pape
si vous voulez.»
L'audience est suspendue et le bâtonnier de Paris renonce finalement.
Ton tout différent du côté des parties civiles :
"Ça ressemble à s'y méprendre à un aveu de culpabilité. Quand on est
innocent, on se bat jusqu'au bout", dit à la presse Me Benoit Chabert,
avocat de l'Etat français, partie civile au procès.
Parlant pour
la première fois à ce procès, la veuve du préfet, Dominique Erignac,
lisant un texte à la presse, s'est dite "choquée par le manque de
courage d'Yvan Colonna".
A la reprise de l'audience, le
président somme l'accusé de venir assister à l'audience.
Devant le
refus de ce dernier, il décide de reprendre les débats. Il se trouvera
confronté à la situation assez inédite d'un procès sans accusé, ni
défense...
Selon le porte-parole du parquet général de
Paris, Didier Allard, « la défense a fait le choix de quitter
l'audience, c'est un choix qui lui appartient. Mais en aucun cas la
défense ne peut décider que le procès se poursuive ou non, c'est une
décision qui appartient à la seule cour d'assises (...) Elle a les
moyens juridiquement de poursuivre ce procès, c'est en tout état de
cause ce que demandera à la cour d'assises le parquet général, dès que
l'audience reprendra », a-t-il expliqué.
Dans les
couloirs, les avocats de la défense ont expliqué que leur départ
résultait d'une "décision d'Yvan Colonna". "C'est la conséquence du
scandale qu'on nous impose depuis un mois", a souligné Me Gilles
Simeoni. "Il ne peut pas par sa présence cautionner une justice indigne
d'une démocratie", a-t-il ajouté estimant que le peuple français, au
nom duquel est rendu la justice, "doit se senti trahi".
Un
procès en appel sans accusé, voilà à quoi devrait ressembler le procès
Colonna dans les jours qui viennent. Situation problématique au regard
des règles européennes du procès équitable...
07/03/2009 Des
membres du commando non encore identifiés...
Au
bout de quatre semaines de procès, la défense d’Yvan Colonna a
fini par obtenir des membres du commando un début
d'explication : c’est «pour protéger d’autres gens»
qu’ils
auraient «accepté» d'accuser Yvan Colonna, le nom de celui-ci
leur ayant été «soufflé» par les policiers.
C'est
d'abord Joseph Versini, condamné à quinze ans de prison pour
la
seule attaque de la gendarmerie de Pietrosella : «Les
policiers
m’ont soufflé le nom d’Yvan Colonna», «l’étanchéïté en garde à vue y en
avait pas», «fallait mettre sept noms dans le groupe». Quand l’avocat
général Kross lui fait remarquer qu’il a «bien été capable de dire que
Didier Maranelli n’était pas à Pietrosella mais de dire qu’Yvan Colonna
y était», Versini invoque des pressions policières: «Sur M. Colonna, le
forcing, il a été fait en garde à vue». Il a attendu les conseils de
son avocat avant de livrer le nom sur procès-verbal: «Mon
avocat
m’a dit que c’était cuit, que les autres avaient avoué et m’a laissé
entendre d’aller dans le même sens».
Alors, il a donné les noms de
ses comparses et les a maintenus jusqu’à son procès en 2003. Me Siméoni
l’aiguillonne et Versini finit par lâcher: «Ne rien dire sur
l’absence de Colonna sur les lieux permettait de ne pas en cause
d’autres personnes». Me Siméoni le supplie d’aller plus loin en
montrant du doigt Yvan Colonna: «Ne pouvez-vous nous en dire plus pour
sortir cet homme de prison?». Versini répond «Non».
Alors,
Yvan Colonna se lève et s’en mêle, s’adresse en Corse à Joseph Versini,
puis en Français: «Alors on m’accuse à tort et toi tu ne dis pas à ton
avocat que j’y étais pas!». Versini, ennuyé: «Si si je l’ai dit mais
pas tout de suite». Colonna d’un ton dur: «Je veux bien moi, le choc de
l’incarcération des femmes mais moi je suis recherché, à l’époque
Marion (patron de la DNAT, ndlr) avait dit «Colonna mort ou vif» et
vous vous dites rien. Pourquoi ce silence pendant deux ou trois ans?».
Versini a compris: «Parce qu’y avait d’autres gens que nous sur
l’action, c’est peut-être pour les protéger». Colonna ne paraît qu’à
moitié satisfait du «peut-être» qu’il répète, déçu, avant de s’asseoir.
A
son tour, Didier Maranelli, condamné à 20 ans de réclusion pour
l’assassinat du préfet Erignac, et premier du commando à passer aux
aveux, à donner six membres puis à les identifier explique
qu’il «a été contraint de rajouter un X et de mettre le nom
d’Yvan Colonna dessus. Donc toutes mes déclarations inhérentes à sa
personne sont totalement fausses (…) En tant que co-fondateur du
groupe, je dis et je maintiens qu’Yvan Colonna n’en faisait pas partie».
Didier
Maranelli a refusé de participer à la reconstitution du crime à Ajaccio
«pour ne pas refaire l’action et parce que ça aurait fixé le dossier et
blanchi automatiquement Yvan Colonna, car comment placer trois
personnes sur le site alors qu’il n’y en avait que deux?». Me
Maisonneuve ne va pas manquer de s’en servir plus tard et d’obtenir de
Maranelli son accord pour une reconstitution que la défense réclame en
vain à la cour d’assises spéciale de Paris: «Bien que mon rôle
n’apporte pas grand chose sur le meurtre lui-même, je suis prêt à
participer à une reconstitution si vous l’organisez», accepte donc le
«guetteur» du commando.
Mais Me Maisonneuve lui soumet les
propos de Joseph Versini qui a «évoqué des membres du groupe
non-identifiés et dit avoir cité le nom d’Yvan Colonna pour éviter de
parler de leur présence» et Maranelli répond qu'il ne veut pas
s'exprimer. L’avocat insiste: «Sans vous demander leur identité, dites
nous si oui ou non s’il a pu exister d’autres personnes non-identifiées
et si parler d’Yvan Colonna permettait de ne pas les évoquer». Après un
long silence, Didier Maranelli lâche: «C’est exact»...
Procès
Colonna : le scénario du crime contesté
04/03/2009
Les avocats d'Yvan Colonna ont mis en avant deux arguments de taille.
D'une
part, ils ont fait admettre au commissaire de la division
antiterroriste (DNAT) Philippe Frizon que des écoutes téléphoniques
judiciaires impliquant Alain Ferrandi et des membres de la famille
Colonna, dont Yvan, réalisées entre décembre 1998 et mai 1999, ne
figurent pas à la procédure.
L'un des membres du commando,
Alain Ferrandi, condamné en 2003, avait été placé sur écoutes à partir
du 8 décembre 1998, à la suite de renseignements parvenus à Philippe
Frizon. Ces écoutes "ont fait apparaître des conversations" entre Alain
Ferrandi, Yvan Colonna ainsi que le père et le frère de celui-ci, a
reconnu le policier en réponse à une question de Me Gilles Simeoni.
"Pourquoi
ces écoutes judiciaires ne sont-elles pas au dossier ? Pourquoi
attend-on aujourd'hui pour apprendre leur existence ?", a demandé Me
Simeoni.
"Je l'ignore, il faut poser la question au magistrat
instructeur", a répondu le commissaire Frizon. Il a ajouté que si ces
écoutes "avaient mis en lumière des éléments intéressants" à propos
d'Yvan Colonna, "(il) s'en souviendrait".
Cet escamotage d'éléments importants donne du poids à la thèse de la
défense selon laquelle le nom d'Yvan Colonna aurait pu
être "soufflé" aux membres du commando au moment de leur garde à vue en
mai 1999.
D'autre
part, les membres du commando ont été confondus par l'étude minutieuse
de la téléphonie : les enquêteurs ont pu positionner leurs portables au
moment de l'assassinat du préfet Érignac, commis le 6 février 1998 vers
21 heures.
Selon eux, Didier Maranelli se trouvait devant la
préfecture, chargé de signaler le départ de la victime à Alain
Ferrandi, posté, avec Pierre Alessandri et Yvan Colonna, à proximité du
théâtre où se rendait M. Érignac. M. Frizon l'affirme : les trois
hommes étaient constamment en contact visuel. Pour le reste, M.
Alessandri a livré un scénario validé par la DNAT : Yvan Colonna a fait
feu, lui-même étant en couverture. Le trio avait pris position vers 20
heures, croyant que le spectacle commençait à 20 h 30 ; il débutait en
réalité à 21 heures.
Or, Me Gilles Simeoni, reprenant les
pièces exploitées par la DNAT, démontre qu'à 20 h 16, Didier Maranelli
appelle Alain Ferrandi, activant la borne-relais de la Punta, qui
couvre la zone de l'aéroport d'Ajaccio où travaille M.
Ferrandi.
Les deux hommes, chacun dans un véhicule distinct d'après les
explications de M. Maranelli au juge, s'apprêtaient à rejoindre le
centre-ville, à un bon quart d'heure de voiture. Cette localisation, à
cet horaire, est incompatible avec le scénario Alessandri.
Ensuite,
à 20 h 43, M. Ferrandi est localisé près de la préfecture, soit à 1,5
km des lieux du crime, les deux endroits étant couverts par deux
bornes-relais différentes. Certes, il est trahi par son portable dans
le secteur correspondant à la rue Colonel-Colonna-d'Ornano à 20 h 50,
mais ce trajet est également, en contradiction flagrante avec le
scénario Alessandri.
Cela semble démontrer que les membres
du commando ont menti aux enquêteurs. Dès lors, la vérité sur
la
mort du préfet Érignac n'est pas connue à ce jour...
Que reste-t-il alors de solide dans cette enquête ?
Procès
Colonna : il n'y aura pas de reconstitution
03/03/2009 - La défense jugeait la reconstitution indispensable pour
faire la lumière sur les faits. La reconstitution du crime devait
notamment permettre de trancher entre la thèse de l'accusation, qui
parle d'un groupe de trois hommes, et les témoins oculaires, qui pour
la plupart n'en ont vu que deux. La présence des personnes déjà
condamnées, des témoins oculaires, des médecins légistes et des experts
en balistique aurait pu permettre de voir plus clair dans cette affaire
de plus en plus ténébreuse.
Le président de la cour d'assises spéciale de Paris, Didier Wacogne, en
a jugé autrement, estimant qu'«en l'état des débats», il ne
voyait aucun élément nouveau justifiant l'organisation de la
reconstitution de l'assassinat du préfet de Corse Claude Erignac à
Ajaccio.
«La confiance était déjà bien entamée, mais là, il n'y pas plus de
confiance du tout», a déclaré Me Garbarini à l'attention du président
de cette cour décidément très spéciale...
Procès
Colonna : le
récit troublant d'un ancien policier
LE MONDE -
03.03.09
Jean-Pierre Colombani, 55
ans, a des
cheveux blancs, la mémoire qui flanche et l'audition défectueuse. Lundi
2 mars, avant de jurer de "dire la vérité, toute la vérité", il préfère
en informer le président Didier Wacogne. Ce policier des renseignements
généraux d'Ajaccio, aujourd'hui en retraite, n'a rien à dire à la cour
d'assises spéciale qui juge Yvan Colonna pour l'assassinat, le 6
février 1998, du préfet Claude Erignac. D'ailleurs, à l'instant où il
se plante devant la barre bras croisés sur la poitrine, il "ne comprend
pas ce qu'il fait là". Tout juste s'estime-t-il en mesure de confirmer
ce qu'il avait déclaré sous serment devant une commission d'enquête
sénatoriale en octobre 1999. Aussi lorsque Me Gilles Simeoni, l'un des
avocats de l'accusé, vérifie qu'il a bien indiqué aux représentants du
Sénat, qu'en "décembre 1998, il y avait des policiers des
renseignements généraux qui pensaient qu'Yvan Colonna était
l'assassin", il ne trouve rien à redire.
Décembre 1998 ? Soit cinq mois avant l'interpellation, le 20 mai 1999,
du commando et la fuite d'Yvan Colonna, le 24 mai. Cinq mois avant les
aveux de Didier Maranelli, le premier à mettre en cause le berger de
Cargèse. Or, policiers, magistrats instructeurs et ministère public
affirment que le nom d'Yvan Colonna n'est apparu qu'à ce moment-là,
pendant la garde à vue des membres du commando et de leurs épouses,
entre les 20 et 23 mai 1999. Jusqu'à cet épisode, le nom du berger de
Cargèse ne figurait nulle part.
Entendu dans la matinée, l'ancien préfet Bernard Bonnet l'a répété. Les
renseignements qu'il avait obtenus à partir de juillet 1998 et dont il
avait révélé la teneur au procureur de la République de Paris
Jean-Pierre Dintilhac en décembre 1998, ne faisaient pas état d'Yvan
Colonna. "Je n'ai jamais évoqué le nom d'Yvan Colonna",
a-t-il insisté. Son informateur secret, le mystérieux Corte, dont il
continue à taire l'identité, lui avait livré des noms dont celui
d'Alain Ferrandi, le chef du "commando Erignac", mais jamais celui
d'Yvan Colonna.
Une seule fois, en novembre 1998, les gendarmes qui filaient Alain
Ferrandi, avait évoqué un Colonna. Mais il s'agissait de Stéphane, le
frère cadet d'Yvan, lequel n'a jamais fait l'objet de poursuite. Ce
n'est qu'aujourd'hui, en 2009, que l'ancien préfet considère que "des
éléments convergents font penser que l'implication d'Yvan Colonna est
crédible".
Soupçonné d'avoir été l'un des chefs du FLNC du secteur Sagone-Cargèse
(Corse du sud) au début des années 1990, Yvan Colonna avait été placé
sur écoute après l'assassinat du préfet. "Nous savions que Ferrandi,
Maranelli et Colonna étaient des amis proches", a précisé M. Colombani.
Pour les avocats du nationaliste corse qui défendent depuis juillet
2003 - date de la première comparution de leur client devant la juge
Laurence Le Vert -, la thèse qu'Yvan Colonna n'a pas été dénoncée
spontanément, mais après que les policiers ont suscité son nom, la
déposition de l'ancien policier tombe on ne peut mieux.
L'accusé, d'ordinaire plutôt silencieux, ne s'y est pas
trompé. « On s'aperçoit que mon nom était déjà cité dès
décembre 1998. Cela veut dire que Le Vert et Thiel [les juges
d'instruction] ont menti. Cela veut dire que mon nom est apparu bien
avant le 22 mai 1999. Qui l'a introduit ? Pourquoi et comment ? »
s'est-il exclamé avant de lancer au président Wacogne : « Cela
ne vous
interpelle pas, ce témoignage ? »
Yves Bordenave
Nouvel incident au procès d'Yvan Colonna (28/02/2009)
Alors
que les juges ont estimé que les deux suspects, Erick A. et Michel A.
cités par Didier Vinolas sont déjà apparus dans la procédure et
n'apportent "rien de nouveau", la défense entend
exploiter les contradictions flagrantes apparues entre les
déclarations de Didier Vinolas, de l'ex-procureur Yves Bot et d'un
ancien policier des Renseignements généraux, Michel Poirson, qui a
contesté à la fois être l'informateur de M. Vinolas et avoir rencontré
M. Bot en 2002.
L'un des avocats d'Yvan Colonna, Patrick
Maisonneuve, a fait état d'une "accumulation d'éléments qui pose un
véritable problème". La semaine prochaine sera décisive avec
l'audition des policiers antiterroristes, qui ont enquêté sur
l'assassinat du préfet Erignac. Pour l'heure, aucun des témoins
oculaires entendus à l'audience n'a reconnu l'accusé comme l'un des
deux agresseurs. Certains témoins, déjà entendus en 2007, ont même été
catégoriques, comme lors du premier procès.
Ce vendredi 27
février, un nouvel incident a opposé la défense au président de la cour
d'assises spéciale, Didier Wacogne, au sujet du certificat médical
produit par Georges Lebbos, un des principaux témoins.
Le
policier Georges Lebbos, ancien membre de la Division nationale
anti-terroriste (DNAT), a mené une partie des gardes à vue des
membres du commando arrêtés en 1999 et avait obtenu leurs
aveux.
Or
les
autres procès de l'affaire ont montré que ce policier antiterroriste
avait commis de nombreuses irrégularités au cours de l'enquête, et la
défense comptait bien sur une confrontation entre Colonna et
Lebbos :
Georges Lebbos est le signataire d'un procès-verbal de police antidaté,
mis au jour au deuxième procès de l'affaire en 2005 et qui impliquait
dans le dossier Vincent Andriuzzi et Jean Castela,
initialement condamnés à 30 ans de réclusion puis acquittés en appel.
Il est aussi apparu que ce policier a utilisé une commission rogatoire
concernant la recherche d'Yvan Colonna - délégation de pouvoir d'un
juge d'instruction - pour avoir recours à des moyens coercitifs afin de
tenter de retrouver son épouse volage. Selon la thèse de la défense, le
nom d'Yvan Colonna a été "soufflé" par cet enquêteur aux participants
déclarés de l'assassinat du préfet.
Didier
Wacogne avait évoqué mardi, en révélant l'absence du témoin,
que Lebbos souffrait d'un état "anxio-dépressif sévère". Or le
certificat médical est daté du 4 février, soit cinq
jours avant le début de l'audience. Le
président avait programmé son audition le 14 mars,
date jugée
trop tardive par la
défense. Pour les avocats, Lebbos ne voulait tout simplement pas venir
à la barre.
Les défenseurs d'Yvan Colonna ont
reproché au président Wacogne de ne leur avoir annoncé qu'au début de
cette semaine l'existence de ce certificat médical, le président
affirmant de son côté n'avoir eu connaissance du certificat que le 10
février.
La défense a jugé le président Didier Wacogne, "indigne de mener les
débats" et lui a demandé "de
partir", provoquant une suspension de l'audience.
Après
la suspension, c'est Yvan Colonna lui-même qui a
interpellé
Didier Wacogne: "J'ai vécu une semaine d'audience où j'ai cru que
j'étais sur une autre planète (...) Vous n'êtes pas impartial, je vous
le dis et je vous le répète, vous êtes en mission".
Une
enquête du "Monde"
:
L'affaire Colonna : onze
ans d'errements
LE MONDE du 26.02.09
Il était le serviteur
fidèle, le
fonctionnaire irréprochable,
le collaborateur du préfet assassiné qui aida sa veuve à choisir le
costume du
défunt. Mais, depuis le 13 février, Didier Vinolas, ancien secrétaire
général
de la préfecture d'Ajaccio, est un réprouvé, l'auteur de
"pseudo-révélations" (dixit une journaliste), un témoin peu fiable et
"traumatisé" par la mort du préfet (selon un haut fonctionnaire). Un
"obscur ancien policier" qui veut "rester au centre de
l'affaire" (un magistrat).
Sa faute : avoir affirmé à
la barre,
devant la cour
d'assises spéciale de Paris, que des suspects "jamais inquiétés par la
justice" étaient peut-être impliqués dans l'attentat contre la
gendarmerie
de Pietrosella, le 4 septembre 1997 - au cours de cet attentat a été
dérobée
l'arme qui a servi à assassiner le préfet Claude Erignac, le 6 février
1998 à
Ajaccio. Sous-entendu : Yvan Colonna, jugé en appel depuis le 9 février
après
une condamnation en première instance, il y a treize mois, ne devrait
pas être
seul dans le box des accusés. Onze ans après les faits, l'enquête sur
la mort
du préfet reste inachevée. Bancale, en tout cas.
Vinolas assure avoir
vainement tenté
de transmettre ses
informations à diverses autorités, dont l'ex-procureur de Paris Yves
Bot, dès
2002. Personne ne l'a pris au sérieux. "Des éléments périphériques de
l'enquête", a tranché Christian Lambert, ancien patron du RAID chargé
de
la traque de Colonna, lors de son rappel devant la cour. Un ancien
policier des
Renseignements généraux, également convoqué à la barre, a nié avoir
jamais
rencontré Vinolas, qui l'avait pourtant présenté comme l'un de ses
informateurs.
A l'audience, ces
"révélations" ont
eu l'effet
d'une bombe. D'autant que Didier Vinolas assure avoir adressé deux
courriers,
en décembre 2008 puis en janvier, au président de la cour d'assises,
Didier
Wacogne, offrant des éléments sur les deux fameux suspects. Mais le
président
n'a pas décacheté les plis. D'où un tollé sur les bancs de la défense
et
l'ouverture d'un supplément d'information exprès, bouclé en
soixante-douze
heures, dernier avatar en date d'une affaire judiciaire hors normes.
En première instance déjà, en novembre et décembre 2007, la
cour d'assises "spécialement composée" - seuls y siègent des
magistrats professionnels - avait eu à connaître de ces bizarreries qui
encombrent une procédure mal ficelée : un expert en balistique qui ne
viendra
jamais témoigner ; un médecin légiste affirmant que le tireur était
plus grand
que Colonna avant de se dédire à demi-mot; un ancien officier de
police de la
DNAT (division nationale antiterroriste, actuelle SDAT) poussé dans ses
derniers retranchements, avouant à la barre avoir soufflé le nom de
Colonna
pendant une garde à vue... Mais ces éléments troublants n'avaient pas
suffi à
faire vaciller l'intime conviction des sept magistrats : Yvan Colonna,
49 ans,
avait été condamné à une peine de réclusion criminelle à perpétuité -
sans
période de sûreté - le 13 décembre 2007.
Pour les parties civiles et l'accusation, rien ne semble
pouvoir remettre en question les aveux du "commando Erignac", les
mises en cause circonstanciées et répétées contre Yvan Colonna et le
rôle que
la justice lui a assigné le soir du 6 février 1998 : avoir logé trois
balles
dans la tête du préfet Claude Erignac alors que le haut fonctionnaire
se
rendait à un concert de musique classique. Mais, pour la défense, les
déclarations de Didier Vinolas, ajoutées à une longue suite de
tâtonnements
policiers, constituent une preuve à décharge de plus, dans un "dossier
vide".
Les avocats des deux bords,
les
magistrats et les policiers
chargés de l'enquête conservent en mémoire la date du 22 février 2006.
Ce
jour-là, après sept années de prison, Jean Castela et Vincent
Andriuzzi,
présentés comme les commanditaires de l'assassinat du préfet et
condamnés à
trente années de réclusion, en juillet 2003, sont acquittés : leurs
avocats
sont parvenus à démontrer qu'une partie de l'accusation reposait sur
des
procès-verbaux dont les dates ont été trafiquées. S'ils restent
condamnés pour
des attentats remontant à 1994, leur mise en liberté résonne comme le
désaveu
d'une enquête erratique, minée par la sourde guerre que se sont livrés
dix-huit
mois durant policiers, gendarmes et magistrats antiterroristes.
Quatre jours après le début
des
investigations, pourtant, le
commissaire Demetrius Dragacci, patron du SRPJ (service régional de
police
judiciaire) d'Ajaccio, avait adressé à sa hiérarchie une note aux
conclusions
sans appel : "L'assassinat du préfet Erignac est le fait d'un groupe
d'activistes
clandestins dissidents de l'ex-FLNC canal historique." Mais le
commissaire
sera mis à l'écart au profit de Roger Marion, chef de la DNAT, alors
que ses
intuitions seront confirmées un an et demi plus tard avec l'arrestation
des
membres du commando, tous dissidents de la mouvance nationaliste.
Entre-temps seront successivement
exploitées la piste
agricole, celle des "tueurs venus de Miami", des patrons de
discothèques, des pompiers, la piste du rachat de l'ancienne caserne
Montlaur
de Bonifacio, celle du casino d'Ajaccio et des réseaux corses en
Afrique : dès
les premiers jours qui suivent l'assassinat du préfet, l'enquête
s'égare dans
des impasses, se nourrit de vieilles rumeurs et d'informations de
seconde main
distillées par de troubles informateurs. Pour la seule année 1998,
selon les
chiffres du ministère de l'intérieur, 364 personnes ont été
interpellées dans
le cadre de l'enquête Erignac ; plus de 1 habitant de l'île sur 1 000 -
l'équivalent de 60 000 interpellations sur le continent.
Prudents, les magistrats
antiterroristes ont paré aux
critiques en usant d'un artifice douteux mais légal : l'ouverture de
deux
informations judiciaires concurrentes. La première, inscrite au n°
1338,
rassemble les éléments les plus saillants de l'enquête judiciaire. La
seconde,
la n° 1337, sobrement baptisée "enquête poubelle", sert de
voiture-balai à l'instruction. Y échouent auditions tangentes et
commissions
rogatoires sans espoir dans le cadre de la "piste agricole". Depuis
1998, plusieurs personnes figurent encore dans ces centaines de cotes,
anciens
militants nationalistes ou simples syndicalistes agricoles, blanchis
par
l'enquête mais dont certains attendent toujours une ordonnance de
non-lieu.
L'irruption du préfet Bernard Bonnet,
nommé en remplacement
de Claude Erignac, achèvera de compliquer le jeu des juges et des
enquêteurs.
Arrivé dans l'île trois jours après l'assassinat de son prédécesseur,
le plus
haut représentant de l'Etat en Corse veut mener sa propre enquête,
confiée aux
gendarmes de sa garde prétorienne, le groupe de pelotons de sécurité
(GPS).
Pendant des semaines, les militaires travaillent sur des "objectifs"
dont l'identité a été murmurée au préfet Bonnet par un mystérieux
informateur
surnommé "Corte", au point que gendarmes et policiers, qui ont eu
vent de la même piste, finissent par partager sans le savoir filatures
et
écoutes...
L'épopée des gendarmes d'élite
partira en fumée dans
l'incendie d'une paillote, en avril 1999. Sur ordre "illégal" du
préfet Bonnet, enrageant de ne pouvoir obtenir la destruction d'un
établissement sur le domaine public maritime, les gendarmes
incendieront le
restaurant Chez Francis en semant derrière eux indices et blessés. Un
mois plus
tard, l'un d'eux confirmera devant l'inspection technique de la
gendarmerie
nationale l'existence d'une enquête parallèle menée "hors de tout cadre
légal".
Le 21 mai 1999, en partie
grâce aux
informations collectées
par le préfet Bonnet, les services de police interpellent finalement
les
membres du commando et leurs compagnes. Quarante-huit heures plus tard,
à 2
heures du matin, l'un d'eux, Didier Maranelli, craque et désigne un
berger de
39 ans, Yvan Colonna, comme le tireur. Cette mise en cause sera
confirmée par
les aveux des conjurés et de leurs compagnes, mais Colonna, lui, est
introuvable,
"parti aux chèvres" après avoir clamé son innocence au cours d'une
conférence de presse filmée par les caméras de TF1. Envolé. En cavale.
Pendant plus de quatre années, le
berger de Cargèse va se
jouer des policiers. On le signale au Venezuela, en Sardaigne, à la
tête d'un
réseau de trafiquants de drogue marocain... Toutes les pistes sont
explorées :
son arrestation est devenue un véritable enjeu pour Nicolas Sarkozy,
alors
ministre de l'intérieur. Jusqu'à l'épilogue du 4 juillet 2003. Peu
après 19 heures,
alors que la Corse s'apprête à décider de son avenir institutionnel à
l'occasion d'un référendum voulu par Nicolas Sarkozy, les hommes du
RAID
interpellent Yvan Colonna dans la bergerie de Monti Barbatu, près de
Propriano
(Corse-du-Sud). Presque aussitôt, M. Sarkozy, en meeting à Carpentras
(Vaucluse), annonce publiquement - et sans précautions - l'arrestation
de
"l'assassin" du préfet Erignac.
Cinq ans après ces accusations
précipitées, bien des zones
d'ombre demeurent, compte tenu des rebondissements d'un procès déjà
suspendu à
deux reprises, où apparaissent de nouveaux noms, où le président de la
cour
d'assises ne lit pas le courrier qu'un témoin de premier plan lui
adresse, où
un avocat des parties civiles reconnaît benoîtement que d'autres
membres du
commando sont peut-être dans la nature...
Pour la troisième fois, depuis le box
des parties civiles,
la famille Erignac ne peut opposer à ces errements qu'une souffrance
résignée.
Il y a dix ans presque jour pour jour, les proches du préfet étaient
sortis de
leur réserve pour fustiger le "remue-ménage entre policiers et juges"
et exhorter les "serviteurs de l'Etat" à unir leurs efforts pour que
se manifeste enfin la vérité. Mais cette vérité s'obstine à fuir entre
les
doigts des magistrats de la cour d'assises de Paris.
Antoine Albertini
Article paru dans l'édition
du
27.02.09
Au cours de la semaine
dernière, la
défense a marqué des points :
Le procureur Yves Bot a
confirmé
point par point la déposition
du commissaire Vinolas :
"En septembre 2002, au cours d’un repas, le commissaire
Didier Vinolas m’a indiqué qu’un Monsieur X souhaitait transmettre de
graves
informations concernant Yvan Colonna. A condition qu’elles soient
reçues par
Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, ou par l’un des membres
de son
cabinet. C’était un renseignement de police. Je l’ai immédiatement
communiqué
au préfet Guéant, alors directeur de cabinet de Sarkozy."
Ces déclarations
interviennent alors
que parquet et parties civiles avaient
tenté de déconsidérer le policier. Didier Vinolas a confirmé détenir
les noms
de deux membres présumés du commando nationaliste à l'origine du
plasticage de
Pietrosella et peut-être de l’assassinat du préfet Erignac, qui
n'auraient
jamais été inquiétés. Ces noms, a-t-il assuré, avaient été transmis
notamment
en 2002 à Yves Bot et en 2004 à Christian Lambert, le chef du Raid.
Par ailleurs, aucun
des trois témoins visuels du drame, Jean-Pierre
Versini, Joseph
Colombani et Marie-Ange Contart n'ont identifié Yvan Colonna
comme le tireur. Présents sur les lieux de l'assassinat du préfet, ils
décrivent un homme plus grand que le berger de Cargèse.
Tous
se souviennent de deux hommes plutôt grands - 1,80 m environ -, quand
le berger
de Cargèse ne mesure que 1,72 m.
"Lorsque j'ai vu Yvan
Colonna, je
n'ai pas vu l'homme
dont j'ai gardé le souvenir en train d'assassiner le préfet Érignac."
C'est ce qu'a affirmé à la barre mercredi 25 février Joseph
Colombani, organisateur
de la soirée musicale où se rendait le préfet de Corse et ami de ce
dernier.
Comme à l'instruction et au premier procès, Joseph Colombani a
réaffirmé que,
d'après son souvenir, le meurtrier ne lui semblait pas être Yvan
Colonna,
condamné à perpétuité en première instance en 2007.
Questionné par la défense,
il précise
qu'il n'a
jamais été invité par les enquêteurs à identifier les membres du
commando
définitivement condamnés. Il précise aussi : «Je parle en conscience.
Je suis
un homme libre, honnête, je dis ce dont je me souviens.»
Mlle Contart lui succède.
Elle relate
comment, passagère du
véhicule conduit par sa mère, elle entend des détonations. Arrivant au
niveau
de la scène de crime, qui lui est dissimulée par d'autres voitures en
stationnement, elle voit un individu «tirer par terre» et manipuler son
arme :
«Il est plus grand que moi - je mesure 1,75 m -, blond, avec des yeux
rapprochés et une barbe naissante.» Surtout, elle croise, pendant
quelques
secondes, son regard : «J'ai posé mes yeux sur ses yeux, ça m'a fait
bizarre.»
Ces yeux-là, elle ne les a jamais retrouvés dans le box des assises.
UMBRIA
E SULIA
"PAROLLA SBUCINATA" A LUPINO
COUP DE THEATRE AU
PROCES D'YVAN COLONNA
Un
coup de théâtre s'est produit
vendredi soir au procès en appel d'Yvan Colonna. Didier Vinolas,
commissaire de
police, ancien secrétaire général de Claude Erignac à la préfecture
d'Ajaccio,
a affirmé que deux hommes soupçonnés d'avoir participé à l'assassinat
du
préfet, en 1998 à Ajaccio, étaient « peut-être » en liberté.
Vendredi,
devant la cour d'assises spéciale, Didier
Vinolas a affirmé tenir « deux noms », qu'il a refusé de révéler, d'un
mystérieux informateur depuis septembre 2002, et les avoir transmis
quelques
jours plus tard au procureur.
L'informateur,
qu'il a baptisé « X », « une personne
tout à fait respectable », a ajouté Didier Vinolas, lui a présenté les
deux
hommes « comme faisant partie de la sphère » à l'origine de l'attaque
de la
gendarmerie de Pietrosella en septembre 1997, une des premières actions
du groupe
nationaliste dit des « anonymes ».
L'ancien
collaborateur de Claude Erignac a ajouté que
l'ex sous-préfet de Corse Jacques Nodin détenait depuis 2001 des
informations
nouvelles sur Pietrosella. « Il souhaiterait être entendu », a-t-il
précisé.
Didier Vinolas a dit aussi avoir transmis les noms de deux suspects en
février
2004 à Christian Lambert, ancien chef du RAID à l'origine de
l'arrestation
d'Yvan Colonna et plus récemment à Charles-Antoine Erignac, le fils du
préfet.
Les avocats de la défense sont d'autant plus indignés que Didier
Vinolas affirme avoir transmis cette information au procureur de la
République de Paris, Yves Bot, dès 2002, et au président de la cour
d'assises Didier Wacogne, ainsi qu'au procureur général Laurent Le
Mesle par lettre fin décembre 2008. Ni l'un ni l'autre ne semblent
avoir informé la défense ou la partie civile ! Visiblement embarrassé,
Laurent Le Mesle a tenté de se justifier en faisant valoir que "la
procédure devant la cour d'assises est orale" et que "le seul devoir du
parquet général, était de convoquer M. Vinolas pour qu'il puisse faire
à la barre, les déclarations qu'il souhaitait". "C'est ce qui a été
fait", conclut-il. Pour les parties civiles, le président n'avait pas
le droit de faire état de ce témoignage avant que M. Vinolas ne soit
venu déposer.
Dénonçant un "scandale d'Etat", les avocats d'Yvan Colonna ont annoncé
le dépôt lundi d'une plainte contre X pour "entrave à la manifestation
de la vérité". "Ce qui est grave, c'est que des policiers, des
magistrats, ont mis sous le coude des éléments à décharge pour Yvan
Colonna", a tonné l'un d'entre eux, Me Antoine Sollacaro. Un autre
avocat, Me Pascal Garbarini, a estimé que ce nouvel élément devait
"entraîner la remise en liberté d'Yvan Colonna".
Les avocats comptent également déposer une demande de supplément
d'information, susceptible de faire capoter le procès après seulement
une semaine. "Nous attendons d'ici lundi des justifications sur ce qui
s'est passé, sinon comment voudriez-vous que l'on continue de
participer à cette mascarade avec des magistrats faussaires?", a fait
valoir Me Sollacaro.
"On a décrété dès 1999, comme une vérité d'Etat officielle qu'Yvan
Colonna était nécessairement coupable et tous les éléments de nature à
prouver son innocence ont été systématiquement écartés ou détruits", a
dénoncé Me Gilles Simeoni lors d'une conférence de presse samedi
affirmant que Didier Vinolas, bras droit de M. Erignac en tant que
secrétaire général de la préfecture de Corse et commissaire
divisionnaire en détachement, était un "témoin particulièrement
crédible".
Sur la base des aveux passés en garde à vue
en mai
1999, l'accusation a en effet toujours retenu le scénario selon lequel
le préfet avait été victime d'un commando composé de six hommes: Yvan
Colonna, que ses complices présumés ont identifié comme le tireur,
Pierre Alessandri et Alain Ferrandi présents sur les lieux pour le
couvrir, Martin Ottaviani au volant de la voiture, Didier Maranelli en
guetteur devant la préfecture et Marcel Istria resté dans le hangar
servant de base arrière.
A ces six hommes se serait ajouté
Joseph Versini pour l'attaque de la gendarmerie de Pietrosella en
septembre 1997 au cours de laquelle l'arme ayant servi à tuer le préfet
a été dérobée. C'est d'ailleurs de deux personnes "faisant partie de la
sphère" de Pietrosella, que M. Vinolas a parlé vendredi soir indiquant
détenir leurs noms d'un informateur fiable qu'il a appelé X. C'est en
partant de ce constat, sachant que les deux actions ont été
revendiquées
par le même groupe, que Didier Vinolas s'est dit "qu'il y a peut-être
d'autres personnes ayant participé à l'assassinat" qui n'ont jamais été
arrêtées.
LE
PROCES EN APPEL D'YVAN COLONNA
Je
reproduis ici le texte signé de Sampiero sur Agora Vox.fr :
A l’heure
où
j’écris ces lignes, la Corse est sous la neige qui tombe à gros
flocons. Un temps qui favorise la mélancolie, le repli sur soi. Bien au
chaud sous la couette, monsieur tout le monde a des soucis en ce début
d ’année. La crise, le chômage, les prix qui continuent de
grimper, le froid qui ne fait pas oublier qu’il faut acheter du fuel ou
de gaz, toujours très cher ici. Pendant
ce temps, un homme est loin de chez lui depuis cinq ans et demi, à quoi
s’ajoutent quatre ans de cavale, terrible épreuve physique et morale.
Du fond de sa prison, et sur le banc des accusés, il clame son
innocence. Pendant ce temps , une famille éprouvée pleure une vie
dérobée, et subit une quatrième et pénible épreuve, à la recherche de
la vérité.
Le drame qui se déroule paraît dérisoire, dans cette tourmente
existentielle où la gravité et la cadence des événements mondiaux
absorbent l’attention des gens. Et pourtant, ce qui se joue met en
cause non seulement l’avenir d’un homme, mais surtout deux principes
majeurs de notre société : l’indépendance de la justice et la
présomption d’innocence. Un homme de bien un préfet (que
j’avais approché et apprécié professionnellement) a perdu la vie
uniquement du fait de ses fonctions. le cas n’est pas
unique. On a tué en France des président, des ministres aussi
parait-il.
Chaque
fois, pour
quel bénéfice ?
Le procès en appel a
débuté et Yvan Colonna se trouve à nouveau face à neuf magistrats de la
cour d’appel spéciale, spécialement désignés (par qui ?)
présidée par Mr Didier Wacogne. Pourquoi une cour
spéciale ? La France n’aurait-elle pas confiance dans sa
« justice ordinaire » ? Un article sur ce
sujet pourrait se résumer à une simple interrogation : Yvan
Colonna est-il l’assassin du Préfet Erignac ? Qui peut
prétendre, avec absolue certitude, avoir la réponse ? Malgré
la certitude exprimée par l’ex-ministre de l’intérieur devenu président
de la République, des avocats de la partie civile, notamment Maître
Philippe Lemaire, ainsi que celle de Madame Erignac, qui demande
aujourd’hui que le prévenu avoue « son crime »,
nombre de spécialistes, et une majeure partie de l’opinion, avaient
déjà exprimé de sérieux doutes quant à la culpabilité de cet homme.
Puis reste l’homme de la rue :
Les « contre » avancent l’argument suprême :
- Il a fui !
Dans le contexte de l’époque, et compte tenu de ses idées politiques, peut-être
aussi des raisons qu’il est seul à connaître, l’homme a
peut-être pensé que même innocent, il avait de fortes chance de passer
de nombreuses années en prison. En tous cas une fuite ne peut
être considérée comme un aveu de culpabilité, suffisante
pour justifier une condamnation à perpétuité, le spectre de l’erreur
judiciaire doit obligatoirement se présenter à l’esprit.
- Ses « complices » ne l’ont pas dédouané par une
prise de position franche !
Là encore, le doute reste permis, et condamner sur ces seules deux
bases est périlleux.
- Son père s’est excusé auprès de la veuve :
Son père est un ex-député, homme de bien et d’honneur. Il n’a pas
encore communiqué avec son fils, la presse, la rumeur, le ministre lui
même dit que c’est l’assassin, il doit donc en être ainsi,
voyons ! Il le croit, et en homme d’honneur, il demande pardon
à la veuve. C’est une preuve ? Irréfutable ?
Les « pour » ont quantité d’arguments à
avancer :
- La désignation officielle du coupable,ce qui met à
mal la présomption d’innocence.
Si cela était venu de l’homme de la rue, encore, mais d’un avocat de
métier, ministre de l’intérieur de surcroit, difficile
d’invoquer le « lapsus »....
- Une enquête sans reconstitution, ou des témoins
oculaires n’auraient pas été entendus ? ou écoutés
suffisament ?
- Des « complices » qui ont pu
subir des pressions,
- Des policiers et des juges qui , aux dires d’un avocat de la
défense, ont accumulé des dysfonctionnements, que Colonna était désigné
coupable avant même qu’il soit mis en cause pendant les gardes à vue...
la liste peut être longue. Alors coupable ou pas ? Personnellement
je ne saurais le dire dans l’état actuel de ce je connais de cette
affaire. En toute objectivité, je souhaite que le coupable
paie sa faute. le coupable ! et
personne d’autre. Quel qu’il soit, car si
on a le moindre doute , alors qu’un homme innocent fini sa
vie sous les verrous, pendant que l’ assassin court les rue en se
tordant de rire, cela ne peut pas être pour la société un motif de
satisfaction, et pour la famille du préfet assassiné et sa veuve, un
véritable motif d’apaisement.
Quand à « l’intime et absolue conviction « des
avocats, n’oublions pas que quand leur client a perdu son
proçès, leurs certitudes étaient érronées, et quand leur
client a gagné, elles étaient fondées ! Pourtant ils étaient
en possession exactement des mêmes éléments que les juges qui ont
tranché !
Pourvu donc que ce procès fasse enfin la lumière, mais gardons présent
à l’esprit, comme l’a souligné un des avocats, que se
serait une faute d’attendre de la défense qu’elle fasse la
preuve de l’innocence de l’accusé, alors que c’est
l’accusation qui doit faire la preuve de sa culpabilité.
Quelle queque
soit l’issue, l’opinion et les parties en cause ne pourront donc se
déclarer satisfaites que si cette condition est réunie. Si
elle ne l’est pas, on peut se poser la question : Yvan
Colonna peut-il aujourd’hui, s’il s’avère être innocent, être
acquitté ? Si oui, qui va payer les conséquences
d’une vie volée : les enquêteurs, les juges, les accusateurs,
ou le contribuable ? et de quelle façon ? De
toute façon, outre la terrible occurrence qu’un homme de bien a été
définitivement privé de sa vie, celle de l’accusé, encore présumé
coupable, condamné ou pas, peut être d’ores et déjà considérée comme
étant irrémédiablement gâchée.
A lire également le rapport
de la mission d'observation au 1er procès mandatée par la Ligue Suisse
des Droits de l'Homme.
Et aussi l'excellente bande
dessinée relatant le procès.
SOUTIEN A ABDELLATIF HEDHLI
Diverses
associations, dont U Svegliu Calvese, le réseau Education sans
frontières et d'autres, se mobilisent contre la menace d’expulsion
d’Abdellatif Hedhli, boulanger de profession. Habitant Calvi depuis
1999, Monsieur Hedhli a toujours travaillé et s’est parfaitement
intégré à la vie calvaise.
Son dossier de
régularisation est en cours d’instruction.
Malgré cela il
devait être expulsé du territoire français demain jeudi 5
février 2009 à 8 heures.
04/02/2009 : Devant cette forte mobilisation, la mesure a été reportée.