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L'actualité corse

Dernière mise à jour : 15/10/2025

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Mort d'Yvan Colonna: classement sans suite d'une enquête visant l'administration pénitentiaire

AFP le Lundi 13 Octobre 2025

Le parquet de Tarascon a classé sans suite l’enquête préliminaire ouverte en 2023 sur d’éventuels dysfonctionnements de l’administration pénitentiaire après la mort d’Yvan Colonna en prison. La justice estime qu’« aucune infraction » n’a été commise, écartant toute suppression de données ou faute dans la gestion du détenu ayant agressé le militant indépendantiste.

Le parquet de Tarascon a classé sans suite une enquête préliminaire ouverte en 2023 après le signalement de deux députés corses mettant en cause l'administration pénitentiaire dans la mort du militant indépendantiste Yvan Colonna en prison, a appris l’AFP lundi auprès du procureur.

Après avoir "mené une enquête de façon approfondie", "j'ai classé sans suite le dossier début octobre, estimant que les éléments sur lesquels s'appuyait la saisine faite sur les éventuels dysfonctionnements n'étaient pas établis", a déclaré à l'AFP le procureur de la République de Tarascon, Laurent Gumbau, confirmant une information de Corse Matin."Il n'y a pas eu d'infraction" de la part de l'administration pénitentiaire, a-t-il poursuivi.

Deux ex-députés, Jean-Félix Acquaviva (Liot) et Laurent Marcangeli (Horizons), à l'époque président et rapporteur de la commission d'enquête parlementaire sur l'agression mortelle du militant indépendantiste en prison en 2022, avaient écrit au procureur, dans une lettre datée du 5 juillet 2023 au titre de l'article 40 du code de procédure pénale, face à "l'existence de faits pouvant, selon eux, constituer une infraction".

Une enquête, confiée à la police judiciaire de Marseille, avait alors été ouverte notamment pour suppression de données informatiques dans un système de traitement automatisé mis en œuvre par l'État.Concernant le logiciel de traitement de données sur les détenus Genesis, interne à l'administration pénitentiaire, "il n'y a eu aucune suppression ou malversation des données", a estimé M. Gumbau.

Dans le cadre de leur commission d'enquête, une surveillante de la maison d'arrêt d'Arles (Bouches-du-Rhône), où a eu lieu l'agression, avait indiqué à plusieurs reprises avoir "reporté dans ce logiciel des faits importants", notamment un "changement d'attitude" de Franck Elong Abé, le détenu qui a mortellement agressé Yvan Colonna le 2 mars 2022, avaient relaté dans leur courrier les ex-députés.

Ils avaient également pointé de "graves défaillances" dans l'appréciation de la dangerosité de Franck Elong Abé. Un point également écarté par le procureur qui "n'a pas déterminé de faute particulière de l'administration qui aurait laissé à penser un futur passage à l'acte".

Yvan Colonna, condamné par trois fois à la perpétuité pour l'assassinat en 1998 du préfet Claude Erignac à Ajaccio, était décédé le 21 mars à l'hôpital de Marseille où il avait été transféré et où il est resté en permanence dans le coma.


02/07/2025

Promouvoir les artistes corses sur le continent

sarte

01/06/2025

Raoul Locatelli : "depuis le début, notre but est d'amener une frange du public des Musicales de Bastia à s'élever"

Les Musicales de Bastia se tiendront dans les prochains jours. Leur créateur, Raoul Locatelli, tirera sa révérence lors de cette 34e édition. Il revient pour nous sur cette belle aventure.

Les Musicales, cette année, se parent d'un air printanier. L'un des plus vieux festivals insulaires, qui fait habituellement danser les Bastiaises et les Bastiais à l'automne, se tiendra cette année les 5, 8, 9, 10 et 11 juin prochains.

Une nouvelle fois, la programmation témoigne de l'éclectisme et de la curiosité insatiable de l'équipe des Musicales, entre rap, musique tzigane, folk et musiques du monde. A travers les décennies, Raoul Locatelli et les siens n'ont jamais rien cédé aux modes passagères et aux saveurs du jour. Et les plus grands noms, de Léo Ferré à Nougaro en passant par Luz Casal, Dionysos, Manu Di Bango, Nina Simone ou Luther Allison, Jacques Higelin ou Michel Petrucciani, ont défilé sur la scène du théâtre de Bastia.

Cette 34e édition aura un goût un peu particulier. Raoul Locatelli, âme et cheville ouvrière des Musicales, tirera sa révérence, et laissera la place à de possibles successeurs, alors que l'époque lui semble bien moins propice à des festivals tels que celui qu'il a créé.

Nous sommes revenus avec lui sur 4 décennies d'une histoire d'amour peu commune, faite de rencontres, de frustrations, de joies et de déceptions.

Pourquoi ce changement de date ?

On était traditionnellement en octobre, puis en novembre. Mais au fil des ans, le trimestre est devenu de plus en plus chargé, avec Arte Mare, Bastia Ville Digitale, les Rencontres Musicales de Méditerranée... Ca se bouscule, il y a plus d'artistes que de spectateurs, à Bastia (sourire). Il faut bien sûr jouer le jeu de la concurrence, mais personne ne se concerte, ça prolifère de manière un peu anarchique. On s'est dit qu'on allait essayer l'avant-saison, afin de se positionner en amont des grandes manifestations de l'été.

Ca doit vous changer de vos débuts...

Il y a 34 ans, on était pratiquement les seuls ! Et puis c'était une autre époque. Les artistes étaient encore financièrement abordables. En remplissant le théâtre, on était tranquilles financièrement. La vie culturelle a beaucoup changé, ces dernières années, avec le téléchargement, qui a signé quasiment la fin des royalties sur les ventes de disques. Alors les prix ne cessent d'augmenter pour les concerts. A l'époque, Lavilliers, c'était 15.000 euros. Aujourd'hui, on ne le toucherait plus. On peut se permettre Ayo, qui est une immense artiste, et qui fait son retour sur les planches, mais qui a connu son pic de popularité il y a de nombreuses années, à l'époque de Down on my knees.

Aujourd'hui, il y a un rétrécissement

des goûts du public.

Comment on trouve son public, dans la profusion d'offres ?

C'est tout le problème. D'autant que la masse du public qui remplit les salles, c'est le public populaire, le grand public. Et je ne dis pas cela de manière péjorative. Mais malheureusement, de plus en plus souvent, il ne connait que quelques noms d'artistes. On peut les compter sur les doigts des deux mains. Et ceux-là, si tu les contactes, c'est 100.000 euros minimum. Je pense qu'en 2022, tu peux faire tous les festivals de France avec ces dix artistes. Ca ne gênera personne. Tout le monde me parle de Jul ! Jul, jul, jul... Mais c'est d'une platitude ! Alors qu'il y a tellement de rap de grande qualité. [Les Musicales proposent cette année une soirée Rap, avec Nalla et Kikesa - NDLR] Au début des Musicales, ce public avait une culture relativement vaste. Même les gens qui ne s'intéressaient pas au classique ou au jazz avaient entendu parler de Rostropovitch ou de Petrucciani. Grâce au service public, à des émissions comme Le grand échiquier. Aujourd'hui, il y a un rétrécissement du goût du public.

C'est ce bilan-là, qui vous a fait prendre la décision de vous retirer après cette édition ?

Mon départ était programmé depuis quelques temps déjà. D'abord parce que je viens d'avoir 75 ans... J'ai commencé le bénévolat associatif, je dirais même le militantisme, en 71. Il y a plus de 50 ans. J'ai commencé par le cinéma, à l'époque j'y voyais encore. Je m'occupais de la communication de la section Art & Essai du Studio, avec René Viale... Alors je me suis dit qu'à 75 ans, je commençais à m'essouffler. Et puis, au-delà de l'évolution négative du monde du spectacle dont on vient de parler, les dernières années ont été compliquées. On commençait à être moins nombreux, les bénévoles ont vieilli, ceux qui étaient les piliers ont commencé à quitter l'association. Il est très difficile de renouveler un potentiel humain.

Qui va prendre la suite ?

Ça, je ne peux pas le savoir. Je m'investis jusqu'à l'Assemblée générale qui se tiendra en automne, à l'heure du bilan 2022. Je vais quitter toute la structure à cette occasion, et ce que ça va devenir, c'est ce que d'autres en feront. Il faudra un président qui s'intéresse à tous les styles musicaux, mais il faudra surtout qu'il s'attache à trouver une personnalité au festival, à faire quelque chose qui lui ressemble. Il ne faut pas répéter ce que c'était jusque-là, c'est une nouvelle aventure.

On a beaucoup abordé les aspects négatifs, mais Les Musicales, on imagine qua ça a été un parcours semé de joies et de satisfactions, non ?

Bien sûr ! Mis à part les galères d'organisation, ça a été des rencontres humaines fabuleuses, avec Nougaro, Lavilliers, Lucky peterson, Stephane Grapelli, Lenny Escudero, Moustaki.... La liste serait longue. On a créé des liens, le festival est à taille humaine, on prend soin d'eux. Certains musiciens, comme William Sheller, qu'on nous avait présenté sous un aspect peu engageant, a été adorable, fantastique, par exemple.

Amener une partie du public à l'élever.

Pouvez-vous nous citer trois concerts qui ont marqué les Musicales ?

Le dernier concert de Léo Ferré, en 91, avec un orchestre symphonique de 75 musiciens. Sous cette forme, il n'a donné que deux concerts, à Marseille et à Bastia. C'était unique, même s'il était âgé, qu'il avait faibli sur le plan de la mémoire, qu'il mélangeait les pages des partitions... (sourire) Ensuite, Michel Petrucciani, dont les musiciens avaient raté l'avion. Mike, enfin, Michel, n'avait plus donné de concert solo depuis des années. Et il a joué tout seul, ce soir-là. Le concert a été... Les gens étaient envoutés. Et puis A Filetta, en première partie de Nilda Fernandez, un artiste d'exception, qui venait passer ses vacances chez moi, à Luri. Il s'est joint à une polyphonie d'A Filetta, avec sa voix très haute. Un moment fabuleux. Mais il y en aurait tellement d'autres.

Le bilan est donc plutôt positif, au terme de ces 34 ans ?

Evidemment. On a toujours eu une exigence de qualité, on a pu se tromper deux ou trois fois, mais aussi bien avec les artistes reconnus qu'avec les découvertes, on a offert de beaux spectacles. Mon regret, c'est que tant de spectateurs soient passés à côté d'artistes uniquement parce qu'ils ne les connaissaient pas. Et que donc, ils ne sont pas venus. La curiosité, c'est primordial. On a fait découvrir quand même de grands artistes. Juliette, en première partie de Nougaro, c'était quelque chose ! Depuis le début, c'était cela notre but. amener une frange du public à s'élever. Comme à l'époque du Théâtre populaire de Jean Vilar, ou de la naissance des MJC, dans les années 60. On me dit que je suis élitiste mais c'est l'élitisme pour tous, merde, quoi ! (rires)

Ca ne va pas vous manquer ?

Mais je ne compte pas prendre ma retraite, croyez-moi. Parole Vive va continuer, et puis, je ne l'ai encore dit à personne, mais ma prochaine folie, c'est de monter, pour le mois de décembre, un spectacle avec des comédiens et des musiciens professionnels, et moi, le seul amateur, au milieu, à l'occasion des cent ans de la naissance de Bobby Lapointe. Et ça va s'appeler Le monde fou, fou, fou de Bobby Lapointe. J'aime être passeur d'idées, échanger. C'est une passion.

Le programme :

Dimanche 5 juin à 18h, centre culturel Alb'Oru - Compagnie Rassegna
Mercredi 8 juin à 21h au théâtre municipal de Bastia - Ensemble instrumental de Corse, avec Sandrine Luigi / guitare, Glen rouxel / violon, Yann Molenat / Direction
Jeudi 9 juin à 21h au centre culturel Alb'Oru Soirée Rap - Kikesa, avec en première partie, Nalla
Vendredi 10 juin à 21h au théâtre municipal - Ayo, avec en première partie, Nicolas Torracinta
Samedi 11 juin à 21h au théâtre municipal - Florin Niculescu Gipsy All Stars, en hommage à Stéphane Grappelli. Avec, en première partie, le Jean-Jacques Gristi trio, en hommage à Django Reinhardt
Dimanche 5 juin - A 14h30, itinérance musicale autour de l'Alb'Oru - A 18h30, chants et musiques de Méditerranée avec la compagnie Rassegna


Jean-François Bernardini et la Fondation de Corse Umani :
De merveilleuses victoires !

le 25/04/2025

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Voilà plus de 20 ans, 23 ans exactement, que Umani, l’associu pè una Fundazione di Corsica, a été créée, fédérant « des gens de tous âges, de toutes origines et de toutes convictions pour œuvrer dans l’intérêt général, en passionnés de solutions ». Rompre le fatalisme, croire en l’humain, s’engager au chevet de la planète et de l’humanité, « ouvrir le champ des possibles », Umani conte plusieurs milliers d’adhérents, amis ou donateurs dans le monde entier et déploie des programmes à travers un engagement citoyen qui dépasse les frontières. Cela va de l’éducation à la non-violence, partout, et particulièrement auprès des jeunes, à réhabiliter des châtaigneraies, faire pousser des jardins, préserver la race de brebis corse, répandre la langue corse, organiser des journées d’échange, développer des solidarités, lutter contre le travail esclave au Brésil, bref, faire fructifier le meilleur de la Corse et le meilleur de l’Homme, ici, ailleurs. Son président, Jean-François Bernardini répond aux questions d’Arritti.

Voilà plus de 20 ans que la Fondation Umani s’emploie à fédérer autour de projets solidaires et constructifs pour la société. Quel bilan à ce jour ?

De merveilleuses victoires, tant d’urgences, de besoins, et tant de chantiers exaltants devant nous.

120.000 juniors et adultes sensibilisés à la non-violence, 250 journées de formation, un rayonnement sur toute la France, une antenne d’Umani en Suisse, des dizaines de projets « Rifà di a Corsica un giardinu », un soutien fidèle à i nostri pastori, à OS Ovins Corsia qui améliore la qualité génétique de la brebis corse, nos initiatives « Zeru-focu » pour composter les déchets verts, un soutien aux 105 producteurs de Casgiu Casanu, l’édition de 13 ouvrages traduits en langue corse par des jeunes – a literatura di u mondu in lingua corsa chì entre in le case.

Un soutien fort à la création de Terra di u cumunu – Terre de liens Corsica, outil anti-spéculatif par excellence. On vient de finaliser une première installation de paysan à Aléria, 50 ans après les événements…

Et tant de contributions auprès d’autres, de communes, d’aide à construire des PAT (plans alimentaires territoriaux).

Umani est aujourd’hui en France une des ONG les plus dynamiques en matière d’éducation à la non-violence. Reliés aux défis du monde, nous partageons notre solidarité avec les travailleurs esclaves au Brésil, des réfugiés de Birmanie, un lycée de Madagascar…

Le pouvoir, la créativité, la confiance qui poussent d’en bas, sont puissants. Depuis 2012, Umani a investi pour ces réussites, pour ces victoires, quasiment 1 million d’euros, et une force bien plus grande en bénévolat, en intelligence active et engagée.

Mettre nos énergies dans l’AGIR. Ne pas nous contenter de RéAGIR. Cela est essentiel, ici et partout.

Conférence sur le bien vivre ensemble début avril au collège Saint-Jean Baptiste de la Salle à Lisieux.

Parmi vos axes d’action, il y a la lutte pour la non-violence et cette volonté de tisser des liens, former les consciences. Nòviulenza brasse des milliers de jeunes et de moins jeunes, indéniablement ça pèse. Et pourtant, tu étais à la manifestation contre la mafia en mars dernier. Pierre Alessandri y était aussi. Il a été assassiné quelques jours après… Corsica n’averai mai bè ?

La Corse est une société dysrégulée depuis 250 ans. Dans un désordre juridique, social, économique, culturel, mais surtout intellectuel, dans quelle conscience, dans quel contrat social vivons-nous ? Comment vivre, comment vaincre dans une société où même la mafia n’était pas nommée comme telle.

Ce que l’on nomme et ce que l’on comprend, on peut le surmonter. Le 8 mars à Aiacciu, ce n’était pas qu’une manifestation, ce sont des années de travail des collectifs citoyens anti-mafia, et le signe d’une prise de conscience grandissante, populaire, irréversible.

Le combat non-violent est d’abord faire face à un mensonge de 8.000 ans d’Histoire. On nous a raconté qu’il n’y aurait que la violence qui paie. On nous dit : Si tu n’es pas violent, c’est que tu es lâche. On prétend surtout : Si tu n’es pas violent, tu ne luttes pas ! On nous a même raconté que le meurtre pouvait être un acte politique.

Si les Italiens ont progressé face à la mafia, c’est avec des moyens non-violents, populaires, qui misent sur la force du grand nombre.

Les Serbes ont renversé Milosevic en l’an 2000 sans une goutte de sang, après une lutte et des actions non-violentes aussi bien organisées qu’une armée. Aujourd’hui, ils sont des centaines de milliers en Serbie à défiler dans les rues avec le slogan « La corruption tue ! » après l’effondrement d’une gare mal restaurée qui a fait 15 morts, une sorte de Furiani serbe.

– Eux, ils ont appris les méthodes et la force de la non-violence !

« Corsica non averai mai bene » est le socle du fatalisme, de la résignation et de la soumission. à nous d’arroser les bonnes plantes.

La non-violence, ce n’est pas se battre contre la violence. C’est transformer, recycler son énergie pour être plus efficace. La non-violence, c’est la bonne analyse, le combat pour la vérité, et la recherche de moyens nobles pour défendre des causes nobles.

La cause de la Corse en est une. Elle mérite nos plus grands efforts pour inventer des formes de luttes intelligentes et efficaces, ou le peuple entier peut participer.

Oui, Pierre Alessandri a été tué. Pour que l’impunité et les rumeurs ne le tuent une deuxième fois, lui comme tant d’autres, le pouvoir citoyen, la voix citoyenne pour un état de droit, sont essentiels.

Conférence sur la gestion pacifique des conflits au Lycée de Balagne, en décembre dernier.

Il y a la Corse. Et il y a le monde. Partout ce n’est que violence et déchirement. L’Ukraine, Gaza, le Soudan, les menaces nucléaires, les guerres, les grands dirigeants qui s’affrontent dans des déclarations aussi abjectes que provocantes… la non-violence dans tout ça, comment y croire encore ?

Les robinets d’infos nous asphyxient avec leur appétence pour le négatif et la violence comme tête de gondole. Il y a là les ingrédients d’un empoisonnement psychique qui veut nous rendre spectateurs impuissants.

Face à cela, ce qui tient debout, c’est l’Action et la bonne Analyse. Le monde, c’est aussi des résistances quotidiennes et des réussites citoyennes, tant de petits pas possibles à la portée de chacun et chacune.

Poussé par les étudiants en non-violence de l’IUT de Saint-Denis, j’ai écrit un petit essai qui interroge : Dysrégulation, le mal du siècle ? Nous sommes au cœur d’une fabrique de dysrégulés. Cela commence dès la petite enfance. Un enfant victime de violence sexuelle toutes les 3 minutes en France, le Harcèlement, les violences intra-familiales – ce sont des indicateurs terribles.

Les détails des enfances d’Hitler, de Poutine, de Trump sont très apprenants, expliquent bien des choses et nous donnent des clefs.

Nous fabriquons des dysrégulés en masse. Aujourd’hui ils peuvent même devenir présidents, élus, applaudis par des millions de dysrégulés à qui l’on fait croire que le monde serait simple, qu’il suffirait d’exclure, de taxer, de vociférer, de twitter, de bâtir des murs, de mépriser la vérité, de s’enfermer chez soi.

Il n’y a dans le monde aucun exemple de réussite avec ces méthodes et ces moyens-là.

Un autre programme magnifique est celui qui veut « rifà di a Corsica un giardinu ». Des projets qui redonnent de l’espoir en l’humain… la Corse importe la majeure partie de ce qu’elle consomme, alors que des études poussées lors de l’élaboration du Padduc ont démontré qu’elle pouvait atteindre l’autonomie alimentaire en 2040… mais qu’est-ce qui gène les décideurs pour investir davantage ?

Pour une Corse définie comme pauvre, destinée à ne plus rien produire : la réussite semble totale. Le programme qui était prévu est une grande et terrible victoire. Cette victoire, elle a ses bénéficiaires, ses actionnaires pour que rien ne change.

En transformant nos jardins, nos vergers en désert, le nom même du « désert des Agriates » est une trace qui trahit cette destruction systématique de l’agriculture. La Corse a été un « Jardin d’Eden » au XVIIIe siècle. C’est un peu comme si nos ancêtres avaient eu le prix Nobel, mais nous ne le savons même plus.

Aujourd’hui la société corse s’est résignée et adaptée à ce désordre. On a délégué notre alimentation à l’extérieur.

La terre n’aurait de valeur que constructible et piscinable. On marche sur la tête. On décourage les vocations agricoles. On colonise l’avenir.

La terre est pourtant le premier outil politique. La lutte semblerait perdue, mais il y a des forces vives qui sont en reconquête de ce pouvoir : « pruduce ciò chè no manghjemu ! » Umani e Terra di u Cumunu/Terre de liens Corsica pìglianu parte à issa catena virtuosa.

La langue corse figure toujours sur la liste Unesco des langues menacées de disparition. Que penses-tu de l’initiative associative d’enseignement immersif comme Scola Corsa ? L’enseignement immersif est-il pour toi le meilleur moyen d’apprentissage d’une langue ? Salveremu a nostra lingua ?

Si la Corse a toujours créé des corsophones, c’est par le moyen le plus naturel pour apprendre les langues, les faire vivre : par l’immersion quotidienne, l’usage quotidien. Ce cycle a été volontairement rompu par un linguicide programmé.

Use it or lose it – Adopra la, o perdi la.

Scola corsa hè una bellissima iniziativa chè no sustenimu incù Umani.

La monoculture sévit partout. Comme la biodiversité, la sociodiversité régresse dans le monde entier. à passi uniti, inventemu i passucci cutidiani pe salvàla.

Incù i giòvani traduttori di u liceu Jeanne d’Arc, Umani publicherà prestu u bellìssimu libracciolu « Ne cane, ne gattivu ».

I passucci tèssenu e vittorie. Issi librucci chì èntrenu in le case, sò vere prumesse.

Linguaviva contru à Linguicidiu.

Le fonds de dotation AFC UMANI a été créé en 2012, c’est le premier fonds de dotation créé en Corse.
Ce fonds vient renforcer l’action d’UMANI en lui donnant un outil juridique et fiscal pérenne qui lui permet d’élargir ses sources de financement et de porter ses différents programmes.

Le tricentenaire de la naissance de Pasquale Paoli : 300 ans en quête d’avenir pour le peuple corse… l’autonomie, tu y crois ?

L’héritage de Paoli : Et le nôtre ?

Paoli n’est pas notre musée. Il est un encourageur à retraduire pour le XXIe siècle. Oui, le cadre institutionnel est important. Il peut offrir à chacun plus de liberté, et forcément plus de responsabilité.

Le prix de l’autonomie, c’est cela. L’aspiration est légitime. Mais il n’y a pas de cadre magique.

La qualité de vie, d’émancipation et de réussite d’une société ne dépend pas seulement du cadre que l’on se donne, mais du genre de citoyens que nous sommes chaque matin en nous levant. Dans quel état est notre Padduc intérieur, notre PLU intérieur ?

Aspirer à l’autonomie juridique, c’est aspirer à être autonome au niveau intellectuel, agricole, alimentaire, économique, culturel, énergétique. Le chantier est immense devant nous, et un mot ne peut résumer, à lui seul, tout ce qu’il y a à réguler, à émanciper, à restaurer, à mettre debout en ce pays.

Par exemple, sur la gestion des déchets, la communauté de communes de Balagna exerce son autonomie-responsabilité. Nous constatons que tant d’autres ne saisissent pas cette chance d’être Autonome-Responsable. Ce refus d’intelligence, ce refus d’autonomie-responsabilité est très inquiétant. Dans ce secteur emblématique, nous avons l’autonomie, nous avons la liberté, mais nous n’exerçons pas (encore) nos responsabilités.

Je crois à l’autonomie de nos actions de tous les jours. Je crois à l’autonomie du « Capu Sù – bottom up ». Je n’attends pas l’autonomie de la Mère Noël. L’autonomie est un marathon. Il ne s’agit pas seulement d’y croire, il s’agit de s’y mettre…

Pour autant, je pense que les traumas non reconnus, non-résolus, influencent plus qu’on ne croit la politique des pays. à mon sens, trop de raisons, surtout inconscientes, jamais travaillées, font qu’il est fort improbable que 3/5e des parlementaires de France s’accordent pour donner une autonomie pleine et entière à la Corse.

Cela ne doit en rien nous décourager, ni nous démobiliser de nos efforts pour une société plus juste et digne de Paoli.

Comment nos lecteurs peuvent-ils aider la Fondation Umani ?

Umani est un élan citoyen porté par des passionnés de solutions. On peut bénéficier de nos programmes d’actions. On peut adhérer, soutenir par un don, une contribution, une bonne idée, une implication. Chacun est invité à notre assemblée générale, ouverte à tous, qui aura lieu au Parc de Saleccia le samedi 12 juillet à partir de 10 h.

Comment se portent I Muvrini ? Quels sont les projets ? Les prochains rendez-vous ?

Depuis toujours, nous nous posons cette question : comment agir sur le monde ? Si nos créations, nos actes n’agissent pas sur les réalités, ils n’ont aucune valeur.

I Muvrini rentrent d’une tournée exceptionnelle de 23 concerts à guichets fermés en Belgique et aux Pays-Bas.

Conquérir les scènes européennes est un défi, et une immense victoire.

Le 30 mai prochain sera pour nous le jour d’un double événement : un nouvel album – u più bellu pè noi : « NULU 33 ». Et un livre : « Zeru Vergogna » que je co-signe avec Laurina Marchi, un livre, un regard « non conforme », un trouble au désordre public, que je vous invite à déguster.

Le 20 juillet nous chanterons sur le vieux port de Marseille où 20.000 personnes sont attendues.

Du 5 au19 août ce sera notre GIRU in Corsica. Puis, tournée française en novembre et décembre.

Et enfin, l’Olympia à Paris le 4 mars 2026. Grazie à u populu chì ci accumpagna. •


Sustenite l’AFC Umani

Pour offrir cette chance de contribuer aux valeurs et aux missions d’Umani au service du bien commun, toute personne qui souhaite transmettre un héritage, biens immobiliers, assurances vie, dividendes… peut devant son notaire faire un don sécurisé au Fonds de dotation Umani que nous avons créé. Une manière de transmettre des biens, mais aussi des valeurs : une promesse à l’avenir. Umani existera au-delà de nous, comme outil pérenne, comme ONG au service exclusif du bien commun dans la confiance et la transparence. Umani œuvre sous le contrôle d’un commissaire aux comptes depuis son premier jour. •

Contact : 04 95 55 16 16  / www.afcumani.org

Source : Arritti


“On a beaucoup de mal à se projeter et aller de l’avant” : les acteurs culturels de Corse toujours en attente d’un budget pour l’année à venir

Les acteurs culturels insulaires alertent sur leur situation depuis des mois. Certaines aides vitales n'ont toujours pas été perçues et la perspective d'une baisse des dotations dans le prochain budget de la Collectivité de Corse inquiète d'autant plus. Une réunion s’est tenue mardi 4 février à Corte.

à Corte, ce mardi 4 février, les acteurs culturels insulaires se sont réunis pour échanger autour de la programmation de la saison 2025/2026.  

Plusieurs d’entre eux sont signataires d’un communiqué de presse titré « inquiétudes dans le secteur culturel ». Le document dénonce une baisse potentielle du budget annuel de la collectivité de Corse alloué à la culture de 20%. 

Un risque d’autant plus important pour les structures qui bénéficient d’une majorité de subventions, jusqu’à 70% pour l’Aghja ou Locu Teatrale. “La priorité au niveau de L’Aghja, et d’autres structures, c’est de finir la saison 2024-2025 puisqu’une partie du budget 2025 est déjà engagé concernant la saison 2024-25, soutient Christophe Lampérière, directeur de l’Aghja. Mais pour l’instant concernant la saison 2025-26, on a beaucoup de mal à se projeter et aller de l’avant pour savoir ce que l’on peut faire, avec qui, comment... comme beaucoup de structures.” 

Le reportage de Jean-Philippe Mattei et Coline Davy :

Durée de la vidéo : 00h02mn12s

Vers des retards de paiements ?

De plus, le renouvellement en cours des conventions de subventions pour certains programmateurs risque de retarder les paiements, eux-mêmes potentiellement en baisse. 

Compliqué donc, et pas moins pour les artistes, un autre maillon de la chaîne. “On est un peu dans l’attente d’un vote du budget qui n’est pas très optimiste, indique Alexandre Oppecini, acteur et metteur en scène. Pour l’instant on est tous en attente, on a des options dans des théâtres, mais on ne sait pas exactement si cela va se faire ou pas. Il faudra très certainement attendre fin mars pour savoir à quelle sauce on va être mangé.”

"Un investissement majeur qui a permis à la Corse de rayonner" 

Contactée, la collectivité de Corse n’a pas donné suite à nos sollicitations. De son côté, invitée du Corsica Sera en décembre, Antonia Luciani, ancienne conseillère exécutive en charge notamment de la culture, refusait de faire porter la responsabilité de la gestion jugée austère de la culture de l’Etat à la Collectivité de Corse. 

Il faudra absolument que la Collectivité de Corse fasse tout pour défendre les intérêts, et notamment ceux de la culture, parce qu’il est inenvisageable que la culture ait à payer ces baisses. D’autant plus que depuis 10 ans, nous sommes passés de 7 millions d’euros à 14 voire 16 millions d’euros ces dernières années. C’est donc un investissement majeur qui a permis, aujourd’hui, à la Corse de rayonner.” 

Côté politique, Antonia Luciani cèdera définitivement sa place à l’exécutif à la prochaine session de l’Assemblée de Corse. De quoi rajouter encore plus d’incertitude sur les financements de la culture. 


   


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