John McLaughlin

Dernière mise à jour : 24/03/2025

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Né le 4 janvier 1942 dans le Yorkshire, le guitariste John McLaughlin, également connu sous le nom de Mahavishnu, a commencé sa carrière en Angleterre dans les années soixante au sein des formations de Duffy Power, Graham Bond et Georgie Fame, qui jouent principalement du rhythm and blues. Il enregistre à l'occasion comme musicien de studio pour David Bowie, alors inconnu, mais aussi pour les Rolling Stones.

Avec son vieil ami Jack Bruce, qu'il connaissait depuis l'époque du Graham Bond Organisation, ils enregistrent en 1968 l'album Things We Like, qui ne sera toutefois publié que deux ans plus tard.

Après un disque avec Tony Oxley et John Surman (Extrapolation), dans lequel s'expriment déjà sa grande technique, sa vélocité et son inventivité, il part en 1969 aux Etats-Unis pour rejoindre le Lifetime de Tony Williams. Puis il est engagé par Miles Davis pour In A Silent Way

L'enregistrement de l'album In a Silent Way marque un tournant dans sa carrière. Il devient un acteur essentiel du jazz-rock naissant, dans lequel il joue un rôle considérable.

En mars 1969, il rencontre Jimi Hendrix lors d'une jam session au Record Plant avec Dave Holland à la basse et Buddy Miles à la batterie. Des longues heures de jam évoquées dans les différents témoignages de la rencontre, il ne reste (à ce jour) qu'une demi-heure enregistrée. Celle-ci est constituée d'une jam autour du thème Driving South d'une dizaine de minutes où les deux hommes alternent les soli, d'un blues d'un peu plus d'un quart d'heure puis de quelques tentatives de mises en place informelles lors des dernières minutes.

John enregistre ensuite Emergency!, le premier album du Tony Williams Lifetime puis avec Miles Davis l'album Bitches Brew (dont un morceau s'appelle tout simplement John McLaughlin).

Avec les mois, l'influence de Jimi Hendrix sur son jeu devient plus importante. Il utilise désormais divers effets rapprochant son timbre des musiciens de rock. En février 1970, il enregistre son deuxième album solo, Devotion. Le terme jazz-rock prend ici tout son sens : McLaughlin mélange en effet les harmonies du jazz moderne avec le son et les rythmes de la musique rock.

Turn It Over, le second album du Tony Williams Lifetime (alors rejoint par Jack Bruce) et A Tribute to Jack Johnson, le manifeste rock de Miles Davis confirment l'évolution du guitariste. Il fait aussi une apparition remarquée sur le triple album Escalator over the Hill de Carla Bley en compagnie de Jack Bruce et Paul Motian.

Il joue également avec Miroslav Vitous, Larry Coryell et Wayne Shorter.

En 1971, il enregistre My Goal's Beyond, où il joue de la guitare acoustique. Une face de l'album montre l'attirance du guitariste pour les musiques extra-occidentales. En compagnie de Jerry Goodman, David Liebman, Charlie Haden, Billy Cobham, Airto Moreira et Badal Roy, il grave deux longues plages modales préfigurant les fusions que le jazz ne cesse ensuite de développer avec les musiques du monde dans les années qui suivent.

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Il fonde en 1970 le Mahavishnu Orchestra avec le violoniste Jerry Goodman, auquel succèdera Jean-Luc Ponty, Jan Hammer, Rick Laird et Billy Cobham. Ce sera le premier groupe de fusion jazz/rock avec des influences indiennes.Le groupe grave The Inner Mounting Flame puis Birds Of Fire, deux albums considérés comme étant des classiques du jazz-rock. La musique du Mahavishnu Orchestra se caractérise par une virtuosité technique d'autant plus remarquable qu'elle est combinée à une écriture complexe : les mesures impaires et la polytonalité sont présentes sur une majeure partie du matériel enregistré par le groupe.

En 1972, il enregistre Love Devotion Surrender en compagnie de Carlos Santana, où les deux hommes jouent un répertoire très coltranien. Outre le premier mouvement de A Love Supreme, qu'ils sont les premiers à reprendre sur disque, ils enregistrent Naima et Let us Go Into the House of the Lord, un titre associé à Pharoah Sanders.

En 1973, les rapports au sein du Mahavishnu se dégradent considérablement, conduisant John à ne pas sortir le troisième album studio du groupe pourtant déjà bien avancé (il ne sera publié qu'en 1999 sous le titre de The Lost Trident Sessions). À la place, John publie un live, Between Nothingness And Eternity, généralement considéré comme inférieur aux précédents albums du groupe.

En 1974, John continue l'aventure du Mahavishnu, mais avec un groupe entièrement remanié : il comprend désormais Jean-Luc Ponty au violon, Ralphe Armstrong à la basse et Narada Michael Walden à la batterie. Le premier album du groupe, Apocalypse, produit par George Martin, combine le groupe avec un grand orchestre. L'album suivant, Visions of the Emerald Beyond (avec Gayle Moran aux claviers) présente un jazz-rock plus classique, mais globalement moins inspiré que les premiers albums. Le dernier effort du groupe, Inner Worlds, est décevant et marque la fin du Mahavishnu Orchestra.

Changement radical avec la création avec Zakir Hussain de Shakti (l'énergie en sanskrit), groupe acoustique qui combine la musique indienne et le jazz.

Il publiera trois albums remarquables. John joue alors sur une guitare avec un manche scallopé, et possédant des cordes sympathiques lui permettant de se rapprocher de la sonorité d'un sitar. Le premier album du groupe, Shakti With John McLaughlin, présente un concert de 1975 où McLaughlin rivalise de virtuosité avec L. Shankar, violoniste du groupe. Le disque montre l'impressionnant travail d'appropriation de la musique indienne effectué par McLaughlin.

A Handful Of Beauty et Natural Elements, les deux albums suivants de Shakti, présentent une synthèse de l'Orient et de l'Occident avec une part d'écriture plus importante que le premier opus du groupe, où l'improvisation primait.

John McLaughlin participe également à des rencontres autour du flamenco avec Paco de Lucia et Larry Coryell, puis Al Di Meola. Ce sera le Guitar Trio.

Le groupe Shakti renaît avec Remember Shakti où, à côté de Zakir Hussain, il joue avec de grands musiciens indiens tels que U. Srinivas, V. Selvaganesh, Shivkumar Sharma et Hariprasad Chaurasia.
Saturday Night in Bombay est une rencontre au sommet. Sur "Luki", le premier thème, le chanteur Shankar Mahadevan suit de la voix les accents de la guitare et de la mandoline en une frénésie rythmique incroyable. Sur le plus long "Giriraj Sudha", écrit par le Madrassi U.Shrinivas, les tablas se mêlent à la voix. "Shringar"est une méditation onirique de près d'une demi-heure où les cordes sensibles de la guitare déclinent en de longs motifs les incroyables dérivations du santour, ponctués avec délicatesse des tablas et du kanjeera.

John McLaughlin revient ensuite au jazz avec Thieves and Poets et un disque dédié à Bill Evans.

Discographie (en tant que leader)
  • 1969 : Extrapolation 
  • 1970 : Devotion 
  • 1970 : My Goal's Beyond 
  • 1978 : Electric Guitarist
  • 1979 : Electric Dreams 
  • 1981 : Belo Horizonte 
  • 1982 : Music Spoken Here
  • 1988 : The Mediterranean (Sony)
  • 1990 : Live at the Royal Festival Hall  (JMT)
  • 1992 : Qué Alegría 
  • 1993 : Time Remembered: John McLaughlin Plays Bill Evans 
  • 1993 : Compact Jazz (Polygram)
  • 1994 : Tokyo Live (Verve)
  • 1994 : After the Rain 
  • 1995 : The Promise
  • 1997 : The Heart of Things 
  • 2000 : The Heart of Things: Live in Paris (PolyGram)
  • 2003 : Thieves and Poets
  • 2003 : The Montreux Concerts (Warner Music)
  • 2006 : Industrial Zen 
  • 2008 : Floating Point 
  • 2010 : To the One 
  • 2012 : Now Here This 
  • 2014 : The Boston Record (Abstract Logix)
  • 2015 : Black Light , John Mclaughlin and the 4th Dimension
  • 2021 : Liberation Time , John Mclaughlin and the 4th Dimension
Avec Mahavishnu Orchestra
  • 1971 : The Inner Mounting Flame
  • 1973 : Birds of Fire
  • 1973 : Between Nothingness and Eternity
  • 1974 : Apocalypse
  • 1975 : Visions of the Emerald Beyond
  • 1975 : Inner Worlds
  • 1984 : Mahavishnu
  • 1986 : Adventures in Radioland
  • 1999 : The Lost Trident Sessions
Avec Shakti ou Remember Shakti
  • 1976 : Shakti with John McLaughlin
  • 1977 : A Handful of Beauty
  • 1977 : Natural Elements
  • 1999 : Remember Shakti
  • 2000 : Remember Shakti – The Believer
  • 2001 : Saturday Night in Bombay
  • 2004 : Live at 38th Montreux Jazz Festival, 18 July 2004
En tant que co-leader

Avec John Surman, Dave Holland, Karl Berger et Stu Martin

  • 1971 : Where Fortune Smiles (Dawn)

Avec Carlos Santana

  • 1973 : Love, Devotion, Surrender (Columbia-CBS)
  • 2011 : Invitation to Illumination Live at Montreux (Eagle Vision)

Avec Al Di Meola et Paco de Lucía

  • 1981 : Friday Night in San Francisco (Columbia/Philips)
  • 1983 : Passion, Grace and Fire (Philips)
  • 1996 : The Guitar Trio (Verve)

Avec Jaco Pastorius et Tony Williams

  • 2007 : Trio of Doom (Columbia Records, enregistré en 1979)

Avec Chick Corea

  • 2009 : Five Peace Band Live (Concord)

Avec Jimmy Herring

  • 2018 : Live in San Francisco (Abstract Logix)
En tant qu'invité

Avec Twice as Much

  • 1966 : Own Up (Immediate), sous le nom de John McClochlin

Avec Gordon Beck

  • 1968 : Experiments with Pops (Majro Minor)[25]

Avec Miles Davis

  • 1969 : In a Silent Way
  • 1970 : Bitches Brew
  • 1971 : A Tribute to Jack Johnson
  • 1971 : Live-Evil
  • 1972 : On the Corner
  • 1974 : Big Fun
  • 1974 : Get Up with It
  • 1979 : Circle in the Round
  • 1981 : Directions
  • 1985 : You're Under Arrest
  • 1989 : Aura

Avec David Bowie

  • 1970 : The World of David Bowie - Guitare sur Karma Man et Let Me Sleep Beside You
  • 1997 : The Deram Anthology 1966–1968 - Guitare sur Karma Man

Avec Tony Williams Lifetime

  • 1969 : Emergency!
  • 1970 : Turn It Over

Avec Wayne Shorter

  • 1969 : Super Nova
  • 1974 : Moto Grosso Feio

Avec Sandy Brown and His Gentleman Friends

  • 1969 : Hair at Its Hairiest

Avec Miroslav Vitouš

  • 1969 : Infinite Search
  • 1970 : Purple
  • 2003 : Universal Syncopations
  • Avec Jack Bruce

    • 1970 : Things We Like) (enregistré en 1968)

    Avec Joe Farrell

    • 1970 : Joe Farrell Quartet) (sur 2 morceaux)

    Avec Duffy Power

    • 1970 : Innovations

    Avec The Graham Bond Organisation

    • 1970 : Solid Bond

    Avec Larry Coryell

    • 1970 : Spaces
    • 1975 : Planet End

    Avec Carla Bley et Paul Haines

    • 1971 : Escalator over the Hill

    Avec James Taylor

    • 1972 : One Man Dog

    Avec Carlos Santana

    • 1973 : Welcome
    • 2001 : Divine Light: Reconstructions & Mix Translation avec Bill Laswell
    • 2007 : Hymns for Peace: Live at Montreux 2004

    Avec Stanley Clarke

    • 1975 : Journey to Love
    • 1976 : School Days

    Avec Paco de Lucía

    • 1981 : Castro Marín

    Avec Bill Evans

    • 1985 : The Alternative Man

    Avec Herbie Hancock

    • 1986 : Round Midnight (soundtrack)

    Avec Dexter Gordon

    • 1986 : Other Side of Round Midnight

    Avec Zakir Hussain

    • 1987 : Making Music

    Avec Katia et Marielle Labèque

    • 1990 : Love of Colours

    Avec Leni Stern

    • 2002 : Finally the Rain Has Come

    Avec Ithamara Koorax

    • 2002 : Someday
    Musique de films
    • 1995 : Molom - A Legend Of Mongolia
    John McLAUGHLIN, Zakir HUSSAIN, T.H. « VIKKU » VINAYAKRAM & Hariprasad CHAURASIA – Remember SHAKTI
    (Verve / PolyGram)
    remember

    « Remember SHAKTI ? » Et comment qu’on s’en souvient ! Comment passer à côté de cette généreuse aventure musicale et humaine devenue une référence mythique de la déjà longue histoire affective entre le jazz et la musique indienne ? Le problème, dans le cas des « remembrances », en l’occurrence vingt ans après, c’est qu’on se demande toujours ce qui les motive. Difficile en effet de croire que ces hommes-là aient soudain retrouvé le tempérament qui les animait jadis à la faveur d’un plongeon inopiné dans une fontaine de jouvence de passage dans le coin. Car l’expérience de SHAKTI, pour unique et magique qu’elle ait pu être, est aussi l’histoire d’une initiation, d’une étape initiatique, avec ses flamboyances et ses limites qui, depuis, a été dépassée par chacun de ses acteurs. Leurs retrouvailles épisodiques, par la suite, ont pu témoigner de leur maturité musicale et spirituelle.

    Remember SHAKTI n’est donc pas SHAKTI tel qu’on l’a connu, mais son « réfléchissement » dans l’ici et le maintenant. (Pour parler plus prosaïquement, il s’agit un peu du thème « que sont-ils devenus ? ») Les acteurs ne sont pas non plus tout à fait les mêmes. Au demeurant, étant donné la participation exceptionnelle du maître flûtiste indien Hariprasad CHAURASIA aux quatre concerts donnés par le quartet en Angleterre en septembre 1997 (année de la célébration du 50e anniversaire de l’indépendance de l’lnde et du Pakistan) on peut se demander si ce double CD n’aurait pas mieux fait d’être baptisé « Remember Making Music » tant il paraît plus proche dans l’esprit de cet album, lui aussi légendaire, de Zakir HUSSAIN paru en 1987 chez ECM.

    John McLAUGHLIN reconnaît lui-même que SHAKTI avait des tendances purement démonstratives qui ont été gommées avec le temps, Making Music illustrant davantage la propension des musiciens à appréhender la musique par la notion épurative de silence que par celle de vitesse. Mais là encore, les acteurs ne sont pas non plus les mêmes.

    Si CHAURASIA n’a pas fait partie de SHAKTI, « Vikku » n’a pas participé à Making Music, et ni L. SHANKAR ni Jan GARBAREK n’apparaissent sur ce Remember SHAKTI. C’est encore une autre aventure, qui emprunte cependant au répertoire de SHAKTI, de Making Music, et de John McLAUGHLIN.

    Fait marquant, les compositions se sont allongées : The Wish (originellement inclus dans l’album The Promise de John McLAUGHLIN) et Zakir ont étendu leur espace d’expression ; quant à Lotus Feet, c’est précisément la partie manquante sur le premier LP de SHAKTI qui est ici exploitée.

    Mais la grande nouveauté a indéniablement été apportée par celui qui est présenté – suprême paradoxe – comme « special guest  » ! CHAURASIA nous offre donc une composition basée sur le raga Chandrakauns, qu’il interprète avec Zakir HUSSAIN dans la plus parfaite tradition indienne, et Mukti, pièce montée de plus d’une heure sur laquelle chaque musicien déploie ses fastes solistes pour le plus grand bonheur de nos oreilles.

    Allez savoir si la flûte bansuri de CHAURASIA y est pour quelque chose, mais l’atmosphère générale tend indéniablement vers plus de mesure et de sérénité que par le passé, même si, ça et là, l’émulation joviale reprend ses droits. L’inclination générale vers la musique savante indienne ne fait pas de doute, bien que l’approche musicale du quartet ne se confonde pas non plus avec les stricts critères des traditions hindoustanie et carnatique. Parler de jazz donne presque envie de rire (c’est juste nerveux), et le terme « fusion » paraît bien obsolète.

    Une chose est sûre : la modalité est souveraine dans cette dimension inaliénable où « l’intelligence créative, la beauté et la puissance » ont atteint de nouveaux sommets. Message à Zakir : ça va bonhomme, on sait que tu joues bien, ce n’est pas une raison pour mettre le volume à fond sur tes tablas !

    Stéphane Fougère

    (Chronique originale publiée dans ETHNOTEMPOS n°5 – octobre 1999)

    REMEMBER SHAKTI – The Believer
    (Verve / Universal)
    believer

    Si on ne refait pas l’histoire, on peut en modifier les formes. Il y a eu SHAKTI, REMEMBER SHAKTI et, en 1999, c’est un REMEMBER SHAKTI « II » que l’on a retrouvé sur les scènes européennes, une formation renouvelée porteuse d’une alchimie nouvelle, fondée sur la même symétrie que la version originelle de SHAKTI : deux instruments à cordes et deux percussions. The Believer retrace quelques-uns des meilleurs moments de cette tournée estivale de 1999. Plus qu’un souvenir de SHAKTI, cette formation rajeunie en assure véritablement la renaissance.

    Ce reverdissement est bien sûr dû à la maturité acquise par le prestigieux maître de guitare à la chevelure cendrée et par le « Tabla Wizard », mais également à leur nouvel entourage. Ainsi T.H. « Vikku » VINAYAKRAM a-t-il cédé la place à son fils SELVAGANESH, dont on a déjà pu applaudir les prouesses au tambourin (kangeera) et à la cruche (gatham) en 1999 au Théâtre des Abbesses à Paris lors d’une rencontre violons / percussions initiée par Zakir HUSSAIN. Rien que d’une main, SELVAGANESH sait faire résonner de sa discrète percussion des sons graves inattendus.

    L’autre tête neuve est celle du jeune prodige de la mandoline électrifiée, U.SRINIVAS. À douze ans, il était déjà la coqueluche de Madras et s’est rapidement taillé une réputation internationale. (Peter GABRIEL ne s’y est pas trompé en lui faisant enregistrer deux disques sur son label Real World.) Son jeu s’imprègne des techniques de glissando du violon carnatique et de la vîna, et l’électrification de sa mandoline lui a inspiré de nouvelles teintes ornementales. C’est en tout cas un complice à la hauteur pour John McLAUGHLIN. Il n’est que de plonger dans la composition qu’il a apporté à REMEMBER SHATI, Maya, pour s’en convaincre.

    REMEMBER SHAKTI peut ainsi explorer les modes indiens avec une perspicacité et une liberté renouvelées. McLAUGHLIN va même jusqu’à proposer un thème funk (Finding The Way), qui sert de plate-forme à un pétillant jeu de questions/réponses. The Believer retrouve la virtuosité joviale du premier album de SHAKTI et y ajoute le souci d’équilibrer les phases de vélocité débordante avec les instants de contemplation régénérante. On remarquera aussi comme les couleurs de l’ « alap-blues » Lotus Feet ne cessent de refleurir à chaque réincarnation de SHAKTI.

    Et puisque l’élégance gracile de REMEMBER SHAKTI se goûte aussi avec les yeux, l’édition limitée de The Believer comprend un CD-Rom avec une vidéo de trente minutes. Si avec ça vous n’atteignez pas la félicité spirituelle !

    Stéphane Fougère

    (Chronique originale publiée dans ETHNOTEMPOS n°7 – novembre 2000)

    REMEMBER SHAKTI – Saturday Night in Bombay
    (Verve / Universal Music)
    saturday

    Petit clin d’œil au désormais légendaire Friday Night in San Francisco datant de 1978, le prolifique guitariste John McLAUGHLIN nous revient cette fois-ci sans ses vieux comparses Paco DE LUCIA et Al DI MEOLA, mais avec le collectif REMEMBER SHAKTI au grand complet (ou presque !) pour une merveilleuse et envoûtante Saturday Night in Bombay ! Entouré pour ce faire d’une pléiade d’excellents musiciens indiens, John nous refait une belle démonstration de ce que peut donner la fusion du jazz et de la musique classique indienne, comme au bon vieux temps de… SHAKTI !

    Mais avant d’en dire plus sur ce nouvel opus live, un petit rappel historique s’impose : vers la fin des années 1960, John McLAUGHLIN croise la route de Zakir HUSSAIN, jeune et talentueux tablaïste indien. Le premier va bientôt incarner le renouveau du jazz, tendance fusion (collaborations avec Miles DAVIS sur des chef-d’ouvre du genre In a Silent Way ou Bitches Brew, création de l’incontournable MAHAVISHNU ORCHESTRA.), quant au second, celui-ci commence à faire parler de lui à une époque ou l’Inde a ce qu’on peut appeler «le vent en poupe» auprès de l’occident, flower power oblige !

    Les deux musiciens ont en commun un sens raffiné de l’improvisation, et dès 1975, le duo complice (bientôt rejoint par le joueur de mridangam T.H. Vikku VINAYAKRAM et le violoniste L. SHANKAR) est à l’initiative d’un premier disque de SHAKTI paru chez Columbia, rencontre étonnante et virtuose entre le jazz et la musique classique indienne, considérée pourtant à l’époque comme une véritable « institution sacrée » dans le pays des « 330 millions de dieux » ! Ce premier « sacrilège », époustouflant sur un plan musical, rencontrera cependant un vif succès (et pas dans le seul Occident !) mais ne connaîtra que deux uniques successeurs discographiques jusqu’en 1977, date à laquelle la formation cessera ses activités. Mais pas définitivement !

    En effet, à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance de l’Inde en 1997, le désormais légendaire SHAKTI se reforme, pile 20 ans après son heure de gloire, sous le nom astucieux de REMEMBER SHAKTI. John McLAUGHLIN enregistre pour cette occasion un nouvel album live (double qui plus est), témoignage numérique d’une série de concerts donnés en Grande-Bretagne dans le courant des mois précédents avec ses vieux acolytes (à l’exception de L. SHANKAR, remplacé par le célèbre flûtiste Hariprasad CHAURASIA).

    Et la magie opère toujours  au travers cette nouvelle aventure qui ne restera pas sans lendemain ! En effet, REMEMBER SHAKTI démarre une tournée européenne en 1999 et enregistre dans la foulée un nouvel album live intitulé The Believer. T.H. Vikku VINAYAKRAM est ici remplacé par son propre fils V. SELVAGANESH qui, tout comme son illustre père, officie aux percussions (comme le ghatam ou le kanjira), perpétuant ainsi avec génie la tradition familiale. L. SHANKAR sera quant à lui relayé par la mandoline électrique de U. SRINIVAS, musicien popularisé en Europe via ses deux albums étonnants sortis chez Real World respectivement en 1994 et en 1995 (dont une fructueuse collaboration avec le guitariste et producteur touche-à-tout Michael BROOK, sobrement intitulée Dream).

    Aujourd’hui, à travers ce Saturday Night in Bombay, d’autres invités viennent apporter un nouveau souffle à ce REMEMBER SHAKTI qui pourtant n’en manquait point ! (De 4 musiciens aux origines du groupe, on passe carrément à 13 sur ce nouveau disque !) Et il faut dire que les personnalités conviées font toujours figures de référence : après le maître incontesté de la flûte bansuri Hariprasad CHAURASIA, on trouvera entre autres sur ce disque Debashish BHATTACHARYA, roi de la guitare slide à la façon « hindoustanie » (musique classique de l’Inde du nord) et Shivkumar SHARMA au santour (cithare sur table à corde frappées, empruntée à la tradition persane).

    Le résultat musical est encore et toujours pure merveille, mêlant sensualité et virtuosité sans que jamais l’une ou l’autre prenne le pas sur la seconde. Sur Luki, titre d’introduction de l’album, le chanteur Shankar MAHADEVAN (également présent dans cet autre excellent groupe de fusion indo-jazz, MYNTA) suit de la voix les accents de la guitare et de la mandoline en une véritable et jouissive frénésie rythmique ! (Même schéma mais en plus calme sur Girirajh Sudha.)


    Quant au plat de résistance de ce nouveau live, Shringar, celui-ci démarre tout en douceur pour finalement continuer à nous immerger dans la méditation onirique du haut de ses 26 minutes de pure beauté, mêlant cordes sensibles de la guitare, de la mandoline et du santour (dulcimer), sur fond de tablas et de kanjeera, sorte de tambourin du sud de l’Inde. Une merveille, à l’instar du final Bell’Alla où les tablas de Zakir HUSSAIN jouent ici un rôle davantage énergique ! Et puisqu’on parle de ça, je conclurai en rappelant que « Shakti » en hindi signifie justement « énergie » ! Énergie communicative, sans aucun doute.

    Philippe Vallin - Source : https://rythmes-croises.org/remember-shakti-saturday-night-in-bombay/